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Full text of "The Graffenried manuscript C"






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LUNC-I5M F 40 



Digitized by the Internet Archive 

in 2012 with funding from 

University of North Carolina at Chapel Hill 



http://archive.org/details/graffenriedmanusOOgraf 



(Sermcm Ctmericcm Ctnnals 

CONTINUATION OF THE QUARTERLY 

AMERICANA GERMANICA 



A BI-MONTHLY DEVOTED TO THE COMPARATIVE STUDY OF THE 

Historical, Literary, Linguistic, Educational and Commercial Relations 

OF 

Germany and America 



ORGAN OF 

The German American Historical Society 
The National Get man American Alliance 
The Union of Old German Students in America 



EDITOR, 

MARION DEXTER LEARNED, 

University of Pennsylvania. 

CONTRIBUTING EDITORS : 



H. C. G. Brandt, 

Hamilton College. 
W. H. Carpenter, 

Columbia University. 
W. H. Carruth, 

University of Kansas. 
Hermann Collitz, 

Johns Hopkins University. 
Starr W. Cutting, 

University of Chicago. 
Daniel K. Dodge, 

University of Illinois. 

A. B. Faust, 

Cornell University. 
Kuno Francke, 

Harvard University. 
Adolph Gerber, 

Late of Earlham College. 



Julius Goebel, 

University of Illinois. 
J. T. Hatfield, 

Northwestern University. 
W. T. Hewett, 

Cornell University. 

A. R. HOHLFELD, 

University of Wisconsin. 
Hugo K. Schilling, 

University of California. 

H. Schmidt-Wartenberg, 
University of Chicago. 

Hermann Schoenfeld, 
Columbian University. 

Calvin Thomas, 

Columbia University. 

H. S. White, 

Harvard University. 



Henry Wood, Johns Hopkins University. 



New Series, Vol. 12. 



1914. 



Old Series, Vol. 16. 



published by 

THE GERMAN AMERICAN HISTORICAL SOCIETY 

E. M. Fogel, Business Manager, 

Box 39, College Hall, University of Pennsylvania 

BMMlaoetpbta. 



JBerltn : 'fflew H?orfc : 

MAYER & MULLER CARL A. STERN 

Xonoon : 
KEGAN PAUL, TRENCH, TROBNER & CO., Ltd. 



Xetp3i0 : 
F. A. BROCKHAUS 

Parte : 
H. LeSOUDIER 



Ap 



' 



(Birman Gmerican Cïnnals 

CONTINUATION OF THE QUARTERLY 

AMERICANA GERMANICA 

New Series, March — October. Old Series, 

Vol. XII. Nos. 2-5. 1914. Vol. XVI. Nos. 2-5. 

THE GRAFFENRIED MANUSCRIPT C. 

This manuscript, written in the French of the beginning of 
the eighteenth century, is the most complete of the Graffenried 
manuscripts relating to the settlement of Newbern, N. C. It was 
written down by Christoph von Graffenried's own hand (see 
German American Annals, Vol. XI, p. 20$i.) in 1716 (see 
p. 150, 1. 2), and is a careful revision of earlier sketches, con- 
tained in the A and B manuscripts. The earliest of these, the A 
manuscript, was written in French, and a translation of this into 
English has been published in The Colonial Records of North 
Carolina (1886), Vol. 1, pp. 905-985. The B manuscript, written 
in German, was printed for the first time in a foregoing number 
of the German American Annals. The C manuscript appears 
in print for the first time on the following pages. The maps and 
illustrations are a unique feature of this manuscript. Further- 
more, a large number of additional passages and a better ordering 
of the material, distinguish C from the A and B manuscripts. 

No excuses are necessary for the printing of this fasci- 
nating bit of colonial history in its several forms, for each 
of them, particularly the B and C manuscripts, are of vital in- 
terest because of their historical, literary, and linguistic content. 

The present copy was made from the original by an ex- 
perienced copyist of Bern, who used a typewriter. This type- 
written copy was then submitted to a trusted copyist of the 
Berner Stadtbibliothek, who compared it with the original and 

(63) 



64 The Graff enried Manuscript C 

made corrections. The present form can therefore be relied upon 
as a faithful reproduction of the original handwriting. 

The C manuscript belongs to the private library of Mr. 
W. F. von Mulinen, to whom I wish to express my gratitude 
for permission to publish the manuscript, as well as for courte- 
sies extended during the preparation of the copy. He has in 
many cases given his valuable judgment in the deciphering of 
treacherous forms and difficult passages. 

In the original manuscript, marginal notes appear through- 
out as guides to the material contained in the paragraphs; for 
convenience these notes have been printed here as paragraph 
headings. The paging of the original manuscript is indicated 
by the numerals in the text. 

Albert B. Faust, 

Cornell University, Ithaca, N. Y . 



1 RELATION DU VOYAGE DAMERIQUE 

que le B. de Graff enried a fait, en y amenant une Colonie Pala- 
tine et Suisse; et son Retour en Europe. 



PREFACE. 

Quoyq plusieurs Persones n'ayent demandé la Relation de 
mes tristes advantures d'Ameriq, je ne me serois pas disposé à 
cela, restoit que j'estois bien aise de me justifier tant auprès de 
ma Société aussi bien qu'a d'autres persones lesquelles auraient 
peutetre pu avoir despensées Sinistres de ma Conduite, Corne si 
j'avois entrepris cette Colonie légèrement et imprudement, et que 
j'aurais passé mon tems en Caroline en Luxe et oisiveté, en quoy 
on ce seroit bien trompé, et ma Relation en fait bien voir le Con- 
traire. On y trouvera aussi des particularités qu'on aurait bien 
pu laisser, mais accause des demarches irregulieres de certaines 
persones qui ont agis de mauvaise foy, tant a legard des pauvres 
Colonistes qu'envers ma persone, en estant même venus jusques 
a des actions noires et inexcusables, Je nay pu de moins que 



The Graffenried Manuscript C 65 

d'en faire mention, (quoy que bien charitablement puis que ie 
nomme persone) affin qu'on ne m'en impute pas, et que mon in- 
nocence soit au jour. 

Sans doute quelques Curieux voudraient scavoir les raisons 
d'une Entreprise si grande et éloignée de mon Pays et Patrie; 
Quelques uns les scavent, les autres ce contenteront de scavoir 
que des le tems que jeu l'honneur de faire quelq séjour chez 
feu le Duc d' Albemarle a Londre qui fust alors établis du Roy 
Charle II, vice Roy de Jamaiq, par la Relation qu'on me fist 
de la beauté, bonté, et richesses de l'Ameriq Angloise, j'en con- 
ceus une Jdée m'advantageuse, que sur les fortes invitations de 
ce seigneur je l'aurois suivis en ce Voyage avec empressement 
si je n'eusse esté détourné par les fortes remonstrances de mes 
Parents qui voulloient que je m'établisse dans ma Patrie, et 
non obstant touttes les douceurs que j'y pouvois avoir, il me 
resta pourtant toujours quelq/ 2 amorce et quelq chose d'attirant 
pour les pays susdits. Et la Fortune ne me regardant pas d'un 
oeuil si favorable comme je l'aurois souhaitté, après avoir finis 
mon Bailiage d'Yverdon grand et important a Contentement de 
mon Souverain, des Etats voisins, et des Ressortissants, Dieu 
soit loué, avec une Concsience bone et nette, mais n'y ayant pas 
profité pour y avoir eu des Contreferas, d'autre Coté n'ayant pas 
été homme a m'enrichir au depends des pauvres Ressortisants, 
outre les troubles de Neufchattel qui me causèrent beaucoup de 
perte, voyant encore que la Reforme nouvelle me privoit de pou- 
voir obtenir quelq charge profitable pour bien longtems ; dans 
l'espérance de faire une fortune plus considerable dans ces Pays 
éloignés de l'Ameriq Angloise, afin de mieux soutenir une 
Famille nombreuse selon mon Caractère et qualité : Je pris donc 
une forte resolution pour ce Voyage important pas moins dan- 
gereux que long et pénible, d'autant avec plus de Courage que ie 
fus invité fortement par diverses lettres des Pays susdits, aussi 
bien que de Londre. Je hesitois longtems si ie communiquerois 
mon dessein a quelq amy ou Parent, mais voyant qu'ils m'en 
disuaderoient, je n'en di rien pas même a ceux qui me touchoient 
de plus près, et partis secrettement. Cependant avant que de quit- 
ter le Pays, je m'arrestay aux frontières chez un amy, et fis une 



66 The Graff 'envied Manuscript C 

disposition de mes affaires que je n'avois pu entièrement régler 
avant mon depart, et l'envoyay a un de mes Parents, en comuni- 
quant mon dessein, mais le malheur voulust que ce pacquet de 
papiers fust intercepté ou perdu, ce qui causa beaucoup d'emba- 
rass et de confusion : Ne recevant aucune reponce pendant 8 ou 
10 jours, Je partis dont dans une ferme resolution de ne plus 
retourner, mais l'home propose et Dieu dispose. 

Mon arrivée en Hollande. Arrivée en Angleterre. Traitté avec 
les Lord. Prop, de Caroline. 

Lorsque j'arrivay en Hollande certaines Persones de Con- 
sideration m'auroient presq détourné de mon dessein me faisant 
des propositions, cependant ne les trouvant pas a mon goust, ie 
continuay mon Voyage en Angleterre ou je rencontray d'abord 
mes amys, et il y eust des Persones de haute Consideration et dis- 
tinction qui m'encouragèrent beaucoup pour continuer mon des- 
sein, avec promesse de toutte l'assistance possible, tellement que 
je suis entre en Traitté selon lequel les Lords Propriétaires de 
Caroline me firent des propositions et Conditions avec des Privi- 
leges si advantageux pour l'Etablissement de ma Colonie, que i'en 
suis venu a une Conclusion./ 

2 Arrivée de 10,000 Palatins à Londre. 

Justement en ce tems plus de ioooo âmes vinrent d'Alle- 
magne en Angleterre sous le nom de Palatins mais meslés de 
beaucoup de suisses et d'autres Provinces d'Allemagne, ce qui 
dona beaucoup a penser a la Cour aussi bien qu'aux Habitants de 
Londre et Provinces voisines pour les grands embarass et frais 
immences que ces gens causèrent. C'est pourquoy on publia 
d'abord un Edict, par lequell il estoit permis a Chacun de prendre 
de ces gens pour les soigner, et on en avois envoyé une bone 
partie dans les 3 Royaumes, ce qui n'a pas si bien réussi corne on 
lesperoit en partie — accause de la paresse des Palatins, et en partie 
par la jalousie des pauvres sujets du Royaume, ainsi on pris la 
resolution d'envoyer un bon nombre de ces gens en Ameriq a 
quoy la Reine fournis des grandes sommes. 



The Graffenried Manuscript C 67 

Assistance de la Reine pour le transport de mon peuple à Virginie 

et Caroline. 
Dans cette conjoncture diverses Persones de distinction qui 
avoient connoissance de mon entreprise me Conseillèrent que ie 
devois me preevaloir d'une occasion si favorable, me faisant 
espérer que si ie voulois prendre une assez grande quantité de ces 
gens, la Reine fourniroit non-seulement le transport mais grati- 
fieroit encore ces gens d'une assistance considerable, ce qui eust 
aussi son effect, et la somme ce monta jusques'a 40001b Sterlin. 
La Reine ou le Conseil Royal avoit promis de doner des Terres le 
long de la Riviere de Potomack autant que nous désirerions avec 
des fortes Reccomandations pour Mons. le Gouverneur de Vir- 
ginie : Tout cecy avec les promesses advantageuses des seig rs 
Propriétaires de Caroline dona pas peu d'Autorité a cette Entre- 
prise de la quelle j'esperois une issue pas moins heureuse qu'en 
paroissoit advantageux le Commencement. 

Mesures prises pour le transport de ma colonie. 
Jay dont pris une peine inexprimable pour le transport et 
entretiens de cette nouvelle Colonie. 1° J'ay Choisis pour ce 
sujet d'entre cette foule de Palatins des jeunes gens bien portants 
et laborieux, et de touttes sortes de metiers et vocations. 2 fait 
des Provisions des touttes sortes d'utencils. 3 Bones Provisions 
de Vivres. 4 des bons Vaisseaux ou bâtiments bien adjustez, 
bien équipés; 5 Item des bons Intendants et Surveillants ou di- 
recteurs pour avoir soin de tout et tennir ce monde en bon ordre — 
et discipline. 6° Et afïïn qu'on ne m'impute aucune negligence 
ny défaut, ie n'ay rien fait ny entrepris a l'insceu du Comité Royal 
et sans leurs advis et instructions. 7 pour premiers Directeurs 
de ce Peuple j'avois choisis 3 persones des principaux de Caro- 
line, qui par hazard ce trouvèrent alors a Londre et qui avoient 
desia demeuré plusieurs années en Caroline, l'un estoit le Receveur 
General/ 4 L'autre L'Arpenteur General, le 3 e Un Juge de Paix, 
qui touts trois ont paru pour cett effect devant le Comité Royal, ou 
ils ont receu leurs instructions et ont esté confirmé pour avoir la 
direction de ces Peuple, en mon absence, tant sur Mer que sur 
Terre, n'ayant pu partir accause d'une petite Colonie de Berne 



68 The Graff enried Manuscript C 

qui devoit suivre bientost outre d'autres affaires que j'avois en- 
core a régler. 8° J'avois choisis d'entre ce Peuple aussi douze 
Sousdirecteurs des plus Cerces et capables pour en avoir un soin 
plus particulier. 

Quelque Seig rs de la Corn: Roy Visitent les Vaisseaux. 

Apres que le Comité Royal eust confirmé tout ce que les 
Lord Propriétaires, ces Peuples et moy avions contracté con- 
clus et arrester par ensemble, j'avois encore prié les Seigneurs de 
la Commission Royale d'avoir la bonté d'ordoner quelques uns 
de leurs membres pour visiter les Vaisseaux de transport, si tout 
estoit bien en ordre, soit a legard de la provision, soit pour les 
matelots, le Vaisseau même et la place, et pour insinuer au Capi- 
taine qui tienne bien, et nourisse ce monde a suffisance et propre- 
ment: Ce qui fust bien exécuté et rapporté en la Comission 
Royale. 

Départ de la Colonie pour l'Amérique en Janv. ijio. Convoy du 

Vice Adm. Noris. 

Le jour avant le depart de cette Colonie je me transportay 
avec Monsieur Cesar ministre de l'Eglise Reformée Allemande 
de Londre a Gravesand pour consoler et encourager ces Peuples 
et leur souhaiter un heureux Voyage Leurs représentant par un 
petit discours tout ce que ie pouvois juger être bon et propre 
dans la Conjoncture : Et Mons. le ministre fist un sermon fort 
touchant a ce sujet. Je ne pouvois les accompagner alors, ac- 
cause que j'attendois encore une petite Colonie de Berne corne 
susdit, et quelq membres de ma Société avec les quells j'estois 
bien aise de conférer au sujet de cette Entreprise importante pour 
suivant prendre les mesures nécessaires. Ainsi après avoir rec- 
comander mes Colonistes a la Protection Divine, je les fis partir 
touttefois sous les precautions nécessaires accause de la Guerre. 
Pour ce sujet j'avois abtenu du Comte de Pembrock Grand 
Admirai d'Angleterre, la faveur, qu'il ordona au Chevallier Noris 
vice Admirai d'accompagner avec son Escadre nos deux Vais- 
seaux jusques a la hauteur de Portugal. 



The Graff enried Manuscript C 69 

L'un des Vaisseaux attaqué et pillé par un câpre franc ois. 
Contretems Premier. 

Il faisoit alors un tems fort doux quoy qu'au mois de Jan- 
vier mais quand ils eurent passé le Canal, il survient un si terri- 
ble orage et des Vents si Contraires q'ils eurent 13 semaines pour 
passer la Mer, ce qui fust cause que ces pauvres Gens furent 
bien tourmentez et devinrent touts malades a quoy ne contribuast 
pas peu la nourriture salée a laquelle il n'estoient pas/ 5 accou- 
tumez, et qu'ils etoient logés fort a étroit il en mourut plus 
de la moitié sur Mer, et beaucoup moururent pour s'être soûlés 
trop d'eau douce en arrivant a Terre, et de fruits crus; ainsi 
cette Colonie fust délabrée avant quelle fust bien établie. Et 
quand le reste de ces pauvres gens crurent être échappez, l'un 
de ces Vaisseaux qui estoit pourvu des meilleurs effects et des 
Colonistes des plus moyenés eust le malheur d'être attaqué et 
pillé par un Câpre Francois dans l'Embouchure de James River, 
en barbe d'un Vaisseau de Guerre Anglais, qui estant a l'ancre, 
et en partie dematé ne pus venir au secours. Voicy le premier 
orage d'Infortune. 

Arrivée des Collonistes Palatins en Virginie. 

Apres que le reste de cette Colonie s'estoit un peu repris, ra- 
frechis et raccommodé en Virginie ou ils avoient esté bien receus, 
ils ce sont mis avec leurs bagages et effects en Chemin pour Car- 
oline estants obligé de faire 20 miles par Terre, ce qui absorbast 
bien de Largent et causa des grands frais, n'ayant osez ce com- 
ettre en mer accause des Câpres, outre que les Eaux estant basses 
aux Embouchures des Rivieres de Caroline les gros Vaisseaux 
n'auroient pu passer ny entrer. 

Arrivée des Pal: en Nord. Carol. 

Estants dont arivéz en Caroline dans la Comté d'Albemarle 
sur la Riviere de Chouan auprès d'un Riche habitant — Colonel 
Pollock du Conseil de Nord Caroline, il en eust soin et pourvust 
ce monde de touts les nécessaires mais pour de largent ou Valeur, 
et les mist dans des grosses chaloupes pour passer le sound (un 



jo The Graffenried Manuscript C 

lac ou petite mer entre les dunes et la Terre ferme), pour entrer 
dans la Comté de Bath ou ils furent places par l'arpenteur gen. 
sur une pointé de Terre entre les Rivieres de News et Trent, 
appelle Chattoucka ou après fust faitte la foundation de la petite 
ville de Newberne. 



Les Palatins mal placés au commencement. 

Mais l'Arpenteur gen : y fist une lourde faute ou plutost un 
tour de malice et d'avarice, car au lieu de placer ces pauvres 
gens chacun sur sa plantation qu'il leurs auroit deu marquer, affin 
de gagner tems et extirper et deffrischer leur Terrein, il les a 
logé par interest sur une partie de son propre Terrein, sur la 
cote de midi sur la Riviere de Trent, justement a l'endroit le plus 
chaud et le plus mal saint, au lieu quil devoit les loger au moins 
contre le Nord sur la Riviere de Neuws, ou ils auroient esté plus au 
frais : Et ce qui estoit fort mallhoneste a cett Arpenteur gen :/ 
"C'est que nous luy avions payé bien cher cette piece ou pointe de 
Terre consistant en environ iooo arpents de Terre resachant qu'il 
n'enst aucun titre pour cela et que cet endroit estoit encore habité 
par les sauvages, nous ayant vendu la Terre franche et persuadé qu'il 
n'y avoit point d'Indiens. Cest la ou ces pauvres Colonistes fur- 
ent obligé de séjourner jusques au mois de 7 bre de même année 
dans la plus grande misère, obligez de ce défaire presq de touts 
leurs habits et effects pour ce pourvoir de vivres auprès des hab- 
itants voisins. 

Il faut que j'arreste icy le cours de ma Relation, affin que 
ie puisse aussi dire quelq chose de ce que j'ay negotié plus par- 
ticulièrement a Londre, item de mon depart, de ce qui s'est passé 
et ce que j'ay remarqué dans mon voyage, et de mon arivée en 
Nord Caroline ce même Mois de fîre 1710, après on continuera 
en ordre. 

8 Nayant touché qu'en passant ce que j'avois negotié a Lon- 
dre, ie diray quelq chose de plus particulier icy — pourtant le plus 
succinctement que ie pourray : Il sera bon de distinguer un peu 
ks deux visées des Colonies proposées, de celle de Virginie, & 
Celle de la Nord Caroline. 



Ù SV. Cf '\ iJfaiïfêo&ntU ^krfcQe 5%W ^ 



% (Srjina 




The Graffenried Manuscript C yi 

Proposition de L'Etat de Berne, a la Reine pour un district 
de Pays, en Virg. 

Pour Celle de Virginie nous avions des ordres de LL. EE. 
de Berne notre Souverain Magistrat de Sonder de sa Maj. La 
Reine de la Grande Bretagne si elle seroit disposée d'accorder a 
L'Etat de Berne un district de Terres pour la Colonie proposée 
avec Jurisdiction sous certaines clauses et sans dépendre d'aucun 
Gouverneur mais directement de la Reine ou son Conseil ; mais 
la Couronne ne voulant rien déroger de son Authorité et Gran- 
deur ne voulust s'entendre a cette Proposition, prétendant que 
tout devoit conformer aux Loix et Règlements du Royaume, ce 
qui fesant aussi de la peine a un Etat Souv : de sabbaisser d'au- 
tant, rien ne fust fait. 



La Reine nous accorde en particulier des Terres sur la Riviere du 

Potomack. 

Cependant nous en particulier ma Société et moy, sous la 
Reccomandation ou par assistance de Monsieur Stanion Envoyé 
extr. de sa Maj : Brit : obtînmes de la Reine la permission de 
prendre des Terres en Virginie au dessus de la Chutte de la Riv- 
iere de Potomack sous les mêmes Conditions que les autres Res- 
sortissants de sa Majesté, dans le dessein de partager notre Col- 
onie pour des bones raisons, mais corne on nous fist espérer plus 
d'advantage de la Nord Caroline et que ces Terres estoient a 
beaucoup meilleur marché, outre que nous y avions quelq Juris- 
diction et privileges particuliers, nous Commençâmes par la — 
et l'issue fatale fait voir que nous aurions mieux fait de co- 
mencer par Virginie d'autant que nous y aurions esté plus en 
seureté et mieux soutenus en cass de danger par la Couronne que 
par des particuliers en Caroline même la situation suivant le plan 
que j'en ay fait, ne cedoit rien a celle de Caroline ny en beauté 
ny en bonté — Cependant touttes ces demarches que dessus, me 
cousterent bien des pas inutiles de la peine et des frais, pour a la 
fin n'obtenir qu'un ombre de faveur, car lors que nous vouillions 
faire asseurer et arpenter les Terres sus mentionées il ce trouva 



72 The Graffenried Manuscript C 

qu'elles estoient desia prises par Mylord Coulpeper : tellement 
qu'il en faloit chercher la plus grand partie en Maryland, Pays 
appartenant en propriété a Mylord Baltimore : Il est vray que 
nous en fismes encore marquer & asseurer en d'autres endroits 
assez bons en Virginie mais éloignez des Plantations Chrest- 
iennes./ 

10 La Caroline par un don gratuit remise de Charles II. Roy 
d'Anglet: aux Scig>'s- Prop. 

A l'égard de la Colonie pour la Caroline ie n'eus pas moins 
d'embarass de peines et de frais, quoy que pourtant les Lord 
Propriétaires ayent esté bien disposez a me favoriser. Je crois 
qu'avant que dentamer cette negotiation, il ne seroit pas hors de 
propos de dire quelq chose de leur Pouvoir et Privileges cest ce 
qu'on voit amplement dans la Relation au journal imprimé de 
larpenteur general Lawson, ou est copiée la Charter, ou acte ac- 
cordé par le Roy, Charles II. Cette grande faveur et haute Juris- 
diction, qu'aucun particulier ny seigneur des 3 Royaumes n'a, 
a esté accordé a ces Mylords et Seigneurs, qui ont rappelle ce 
Roy de son exile, et ont favorisé son Retour dans le Royaume. 
Ce Roy nayant voulu être ingrat envers ses bienfaitteurs n'a 
sceu cornent les mieux reccompenser que pour une faveur si sin- 
gulière en donant et remettant la Province de Caroline a ces 
Seigneurs en pleine possesion, Authorité et pouvoir absolu corne 
le Roy même l'avoit possédée, aussi ont ils le Titre, Corne s'en 
suit. 

A Son Excellence N : N : Palatin, et aux autres Véritables 
et absoluts Seigneurs Propriétaires de la Province de Caroline 
dont il y a 2 Gouvernement du Sud et du Nord. 

L'un des Chefs de ces Seigneurs Prop : estoiet au Comence- 
ment Le General Monck Duc d' Albemarle. E'estoit luy qui pré- 
senta la Courone qu'il avoit fait faire au Roy — a son Entrée au 
Royaume, laquelle on garde a la Tour de Londre auprès de la 
veritable du Royaume et que j'ay veue, on les montre toujours 
touttes deux anx — Etrangers curieux. 



The Graffenried Manuscript C Ji, 

Grands Privileges des Lords Prop. Substance du Traitté fait 
avec Les Lords Prop. 

Entre d'autres Privileges que ces Seigrs. Prop, ont est le 
pouvoir de créer des Cassiques, des Comtes, Barons, Chevalliers 
& Gentilshomes en ces Provinces & Ceux qu'ils veulent bien favo- 
riser ils les font corroborer et registrer dans la Heroldrie Royale, 
Corne ils ont fait a mon égard, lors que pour me procurer plus 
d'Authorité auprès de mon Peuple, ils m'honorèrent des titres 
de Landgrave de Caroline, Baron de Bernbery, et Chevallier a 
l'imitation du cordon bleu d'Angleterre, du Cordon pourpre avec 
la Médaille, corne mes Patentes en font foy: mais le mail est 
qu'avec ses titres il n'y a pas un Revenu proportioné : tout le 
bien qui m'en est provenu et qu'ils m'ont doné le premier rang 
après le Gouverneur dans la maison haute des Parlements de la 
Province — et m'a conservé du Respect auprès des Ressortissants ; 
Car ayant au comencement paru au Parlement sans Cordon, j'y 
fus bien receus, mais en certaines occasions ie ne fus pas obéis 
corne cela ce devoit, C'est pourquoy on m'advisa de porter le 
Cordon/ n et la médaille quand ie paroitray dans les assemblées 
ce que ie fis, et j'apperceus incontinant leffect car certaines gem 
qui n'avoient assez respecté mes ordres vinrent après pour m'en 
demander pardon a genoux. C'est assez de l'Authorité & pouvoir 
de ces seigrs. Prop : Je diray succinctement quelq chose de ce au'il 
m'ont accordé notre Traitté estant trop ample pour l'inserrer icy. 
i°. Ils m'ont vendu 15000 arpent terre choisie que j'ay fait arpen- 
ter sur la Riviere de News & Trent, et 2500 acres sur Weetock 
River, a 10 livres Sterlins le 1000, ou une livre sterl: p cent 
acres, & 6 sols par 100 arpents cence foncière, ce qui fait la 
somme de 1751b sterl: ce que j'ay d'abord payé content. 2 II 
y a eu une reserve de 100 mille acres a choisir entre ces Rivieres 
cy nomées et Clarendon R. pour le même prix, et pour cela, j'ay 
eu 7 ans de terme pour faire le premier payemt. & des la 7 e : 
jusques a la 12e — le tout devoit être payé. 3 Les différents 
qu'auroient mon Peuple avec les Anglois ce dévoient terminer 
devant les juges Anglois, mais ce que mes Colonistes auroient 
de difficulté entre Eux cela ce terminerait entre Eux ou par de- 



74 The Graff enried Manuscript C 

vant moy: La haute Jurisdiction ou faits criminels a mort ré- 
servez aux Seigrs. Prop: 4 . Liberté de Religion et d'avoir un 
ministre de notre Pays qui pourrait préscher en notre langue. 5°. 
Droit de Ville et marché ou foire a Neuberne. 6°. francs de 
toutte taille et impots, dimes & Cences, hormis les 6 sols p 100 
acres annuellement, comme sus dit. 7 . Les Seigrs. Prop: ou la 
Province par leurs ordres me dévoient fournir pour 2 ou 3 ans 
de provision de vivres et bétail, pour moy et toutte la Colonie 
moyenant restitution après le terme prescrit. 

Quelques articles du Traitté avec les Palatins. 

J'avois aussi un Traitté particulier et bien exact avec les 
Palatins lequ'ell fust projecté examiné & arrêté, devant & par la 
Comission Royale trop ample a inserrer icy, seulement en sub- 
stance ce qui suit. i°. mes Colonistes me dévoient fidélité obéis- 
sance et Respect, et moy la Protection 2°. Je devois fournir chaq 
famille de provision pour la premiere année, d'une Vache de deux 
Cochons, & de quelques utencils, moyenant restitution après 3 
ans. 3 . Je devois doner a chaque famille 300 arp: de Terre et 
ils dévoient me livrer pour Cence foncière 2 sols par acre, en 
contre ie devois supporter les 6 sols p 100 acres de reconnais- 
sance envers les Seigrs. prop, come desia sus dit ; pour ce qui est 
du transport et nouriture de ma Colonie iusques en Caroline la 
Reine la gratifie & 30 shellings pour habits a chaq persone gros 
et petits./ 

12 Le Chevalier Fyper nous fournit 2 Vaisseaux et les vivres. 

Apres cela il Sagissoit de ce pouvoir de bon Vaisseaux, 
et il se présente une persone de ma Connoissance, le Chevallier 
Fyper qui entrepris de fournir deux Vaisseaux, bien équipez avec 
la provision de vivres nécessaires mais tout cecy ne pust estre 
exécuté avec telle régularité corne on lauroit souhaité. Corne ces 
Seigrs. les Directeurs ou proved iteurs de cette foule de monde, 
qui se trouva alors a Londre avoient assez affaire a pourvoir tant 
de 1000 âmes, l'Argent comenca a devenir rare, tellement que 
notre bon Chavallier qui fist ces provisions a Credit dans la ferme 



The Graff enried Manuscript C 75 

persuasion que l'argent luy serait livré a tout terns qu'il demande- 
rait, fust bien surpris de ce voir renvoyé tant de fois, ce qui dura 
même plusieurs mois, tellement que ces Créditeurs luy firent dé- 
noncer les arrests ce qui fust même exécuté pour 24 heures, Le 
Chevallier tout allarmé de ce procédé vient un mattin pour m'en 
faire de même ce tenant a moy pour touts ces inconvénients, ce 
qui me mist bien en peine. Corne alors ie me trouvay à la Cam- 
pagne pour prendre l'air et me reposer un peu de mes fatigues, 
je me hastay pour aller a Londre pour représenter aia Commis- 
sion Royale mes griefs sur le retard du payement de cett argent : 
on me dona des bones paroles, mais il ce passèrent encore plu- 
sieurs semaines avant que largent promis fust livré au Chevallier 
Fyper qui ne manqua pas de jour a autre de presser les Trésoriers 
a la fin le tout fust bien conduit et a souhait. 

Apres que ma Colonie fust partie dans les vaisseaux men- 
tionez ie me preparay aussi pour les suivre, après avoir disposé 
mes affaires particulières et pris Congé d'une partie des Seig- 
neurs de la Commission Royale & des seigrs. Propriétaires de 
Caroline. 

Traitté fait avec Will: Pe-nn et ma Société, il n'est pas fait 

mention. 

Je passe icy sous silence un Traitté fait avec William Penn 
Propriétaire de Pensilvanie pour des Terres et des mines; Et du 
Traitté particulier que j'ay eu avec une société de Berne sur la 
quelle ie me reposois pour en avoir l'assistance nécessaire dans 
une entreprise la quelle je me trouverois trop foible de soutenir, 
mais il auroit esté bien mieux pour moy de massocier pour un 
fait de cette importance avec quelq persone moyennée et enten- 
due d'Angleterre la quelle ne ce seroit peutetre pas laisser épou- 
vanter si viste de mes Contretems, corne ces Messieurs./ 

13 Mon depart de Londre Netvcastle. Curiosités dans la maison de 

Campagne du Comte d'Essex. 

Mes Colonistes Palatins estant partis au mois de Janvier 

1710 je les suivis et partis de Londre a la fin du mois de May 

même je me servis pour cela d'une voiture très comode, presq de 



?6 The Graff enried Manuscript C 

même que celle de Paris a Lyon. Je ne puis demoins que de 
parler icy quelq chose de ce que j'ay observé en ce petit voyage. 
Un Dimanche quil falust rester a une petite Ville nomée Harford, 
ou près de la il y a la maison de Campagne du Comte d'Essex 
fort antique que ie fus curieux de voir et j'y fus receu civilement: 
dans ce Palais magnifiq i'observay dans un grand dome des pein- 
tures grandes et extraordinaires dans le Cabinet du Comte quanti- 
tés de pieces rares et antiquitéz très curieuses ; et dans une grande 
sale ie crus voir sur une table de marbre un lutt de fluttes & autres 
instruments avec des livres déployez de musique, item un jeu de 
carte déployé, une bource de jettons plusieurs pieces d'argent & 
plusieurs autres gentillesses très bien faittes et quand ie viens 
plus près de la table ie fus bien surpris de voir la l'ouvrage dun 
second Appelles, que ces pieces que ie croyois effective n'estoient 
que contrefaittes en peinture, ce qui fust ou me sembloit le plus 
curieux est que la superficie de cette table de marbre estoit si bien 
polie qu'on auroit cru que c'estoit des peintures dessous un verre 
ou une glace, et on y pouvoit verser de leau sans gaster la table 
ny la peinture, asseurement il faloit que cela fust peint d'un vernis 
merveilleux. Apres avoir veu le reste du Palais et esté raffreschis 
d'une belle Colation et de bones liqueurs ie fis mes Compliments 
et pris Congé pour suivre ma routte. 

Apres quelq journées nous vînmes a York Ville antique assez 
grande et bien peuplée, ou jeus seulement le tems de voir la 
Cathédrale d'une très belle structure ou j'attendis justement une 
très belle symphonie au Vepre et messieurs les Chanoines my 
firent Civilité; des la nous vinmes a Durham assez jolie Ville la 
Catedrale est assez belle, L'Eveq de ce lieu a le titre seul dun 
Prince hormis celuy de Galle en Angleterre aussi a-il la prudence 
sur touts les Eveques hormis celuy de Londre : & après il ny eust 
rien de remarquable jusques a Neucastle. 

New Castle 
Neu Castle est une Ville grande bien peuplée, Riche, mar- 
chande, bien située au bord de la Riviere de Tyne qui s'égorge 
dans la Merr, toutt abonde en cette ville on y fait bone chose et 
a bon marché le saumon y est en abondance, cett Ville est remar- 



The Graffenried Manuscript C yj 

quable par houille au Charbon de piere qu'on y trouve il en part 
des flottes entières pour fournir la Ville de Londre et voisinage de 
ce charbon, et les Charboniers y sont en si grand nombre quil 
failoit alors y tenir garnison pour les tenir en bride il y a des con- 
cavitez si terribles par là qu'on diroit que c'est l'antichambre des 
Enfers, et il faut qu'un Etranger aye bon courage/ 14 d'y aller 
bien avant, on y fait aussi quantité de Sell marin et il y a plusieurs 
verrières et d'autres fabriques, outre les marchands il y a aussi 
des persones d'un autre rang bien Civiles, et honestes, avec les- 
quells on passe agréablement son tems; de 15 jours que j'y ay esté, 
ie ne saurais assez me louer des Civilitéz qu'on my témoigna ; Un 
des Chefs de la ville Alderman Fenwick me regala magnifique- 
ment et me procura plusieurs divertissements principalement d'une 
belle symphonie de musiciens persones de qualité. Il y a aussi un 
très beau boul en green, une très belle promenade ou il y a un jeu 
de boule entourée de plusieurs rangs de tilliots, et cela sur la 
hauteur de la ville, ou il y a une très belle vue. Cependant ie n'y 
ay pas esté sans chagrin que me causast le Capit ne du Vaisseau 
qui transportoit mes Colonistes suisses, il en estoit aussi le pro- 
priétaire bourgeis de Boston Capitale de la Nouvelle Angleterre, 
sans la mediation de ce galant home Mr. Fenwick j'estois pour 
moy ruiner en process avec ce Capit e . on avoit desia composé et 
conclu avec luy qu'il fournirait touttes les provisions nécessaires 
depuis Roterdam jusques en Amérique, Cependant lors qu'il 
aborda a Neuw Castle pour ces propres affaires tant pour y dé- 
charger des marchandises que pour en prendre d'autres pour 
Boston et partie de provisions de vivres qu'il aymoit mieux y 
prendre qu'en Hollande y estant en effect meilleurs & a meilleur 
marché ayant esté obligé de sy arrester près de 4 semaines, Il pre- 
tendoit que nous y fussions a nos propres frais avec toutte notre 
Colonie Suisse, ce qui me causa bien de lembarass. 

Mon depart de Newcastle. 

A la fin nous estant accomodéz tellement que nous partimes 
au commencement de Juillet pour L'Ameriq a l'embouchure de 
la Riviere de Tyne nous nous arrestames quelques heures pour 
faire provision de saumons tant verds que secs en un bourg situé 



78 The Graff enried Manuscript C 

au bord de cette Riviere ou il y eust une si grande quantité de 
saumons que tout le bourg en estoit tapissé les séchant au soleil 
devant les maisons aussi bien pour les exposer a la vente. 

Rencontre de 3. Flottes. 
Nous sortimes de L'embouchure environ les 3 heures du 
soir par un vent favorable et un très beau jour, quand nous fumes 
sur la hauteur de la Mer nous vimes quelques Vaisseaux tant plus 
que nous les approchions tant plus nous en decouvrimes a la 
fin passant outre nous nous trouvâmes entre 3 flottes, celle de 
Hollande qui estoit en ligne assez nombreuse qui venoit aux 
Costes d'Angleterre pour prendre du harang, entremêlée de Bâti- 
ments de pécheurs et de distance de vaisseaux de Guerre, d'un 
autre Costé estoit celle des Charbonier/ 15 qui revenoit a vuide de 
Londre: Et d'un Coté: celle pour Moscovie. Le Soleil qui s'en 
alloit coucher y donant a plein et le Vent ayant cessé, c'estoit 
le plus beau spectacle qu'on put voir, ces grands vaisseaux de 
Guerre parmy ces autres bâtiments paroissoient corne autant de 
superbes Chatteaux parmi des maisons médiocres et le tout en- 
semble paroissoit corne 3 belles Villes, basties sur Merz, le lende- 
main qui estoit un dimanche, d'un beau Calme, le Commandeur 
Anglois de la flotte de Moscovie dona le signal et touts les vais- 
seaux déployèrent leurs Pavillons corne de coutume a ce jour, 
après la devotion Les trompetes, haubois & tambours ce firent en- 
tendre on ce visita les uns et les autres, comme si on auroit esté 
en ville on passa le tems si agréablement que j'aurois alors sou- 
haitté d'etre toujours en merz : mais contre le soir il s'éleva sou- 
dain un Vent impétueux que ceux qui estoient en visite eusent 
assez de peine de ce sauver dans leur barquets pour se rendre 
dans leur navires, et même un bon biberon qui avoit de la peine 
de quitter sa bone liqueur pour avoir trop tardé, fust d'obliga- 
tion de rester dans les bastiment ou il estoit en visite et fust 
contraint de prendre un autre routte malgré luy. Pour nous 
qui estions en dessein de faire voile nord about cest a dire contre 
le nord au dessus des Isles de Shettland primes partis pour notre 
seureté de nous mettre parmis la flotte de Moscovie la quelle 
pour éviter les Francois avec qui on estoit en Guerre alors au 



The Graffenried Manuscript C 79 

lieu de passer la merz Baltiq prist son tour aussi par le Nord, 
nous estions 7 Bâtiments destinez pour L'Ameriq qui fîmes voil 
de compagnie avec eux qui estoient destinez pour Danemark, 
Suéde et moscovie; A la hauteur du Nord d'Ecosse nous nous 
séparâmes après avoir salué le Comandeur de la flotte mar- 
chande, de nos Cannons qui est lordre usité, Eux vinrent contre 
Nordoest et nous au nord et nordwest ; cependant corne le Vent 
ce changea en oest il nous fust si favorable, quau lieu de prendre 
notre routte par dessus les Isles de Shettland nous coupâmes et 
passâmes entre ces Isles et celles des orcades, pourtant la nuict 
mais heureusement, Dieu en soit loué. 



Rencontre de 5 Vaisseaux venant de Jamaiq. 

Quand nous fumes sur une certaine hauteur au dessus d'Ir- 
lande, nous vismes de loin paroitre quelq Vaisseaux faisants voil 
contre nous, cela nous mist en allarme ne sachant sils estoient 
Ennemis ou amys, nous primes d'abord nos licts et matelats 
pour border notre vaisseau, ce qui nous devoit servir de rempart 
et nous nous mires en aussi bone posture qu'il ce pust pour nous 
deffendre, nous en eûmes une petite peur accause que de 5 Vais- 
seaux que nous vismes, il y en eust avec les banderoles blanches, 
Couleur de France, quand nous fumes a portée d'un Canon, Le 
Commandeur/ 16 de cette flotille tira un coup perdu pour Signal 
que nous devions le reconnoitre, mais ny repondant pas, il tira un 
second en sérieux et nous pris a presq le grand mas, alors il 
faloit ce soumettre et nous repondimes de nos petit canons, 
arborant notre pavillon Anglois, et tendant le contre voile dans 
un moment le Comandeur nous joignist si près qu'on pust s'entre 
parler, et corne il ne fist pas grand Vent pour faire Civilité au 
Comandeur nous l'invitâmes de monter notre vaisseau, ce qu'il ne 
refusa pas estant bien aise de ce régaler de notre bone bière f resche 
angloise, et d'une piece de saumon a la marinade pendant 
ce petit intervalle ie pris mon tems pour écrire en Europe et 
remis ma lettre a ce petit Comandeur (qui accompagnoit 4 ou 5 
autres Vaisseaux Ecossois & anglois venants de Jamaiq, Barba- 
dos, et autres endroits ) et ma lettre fust bien remise a la poste et 



8o The Graff envied Manuscript C 

parvenue a Berne. Contre le soir nous nous quittâmes, et chacun 
prist sa routte. 

J'avois fait beaucoup de remarques de ce que ie vis sur 
Merz et de ce qui s'estoit passé en ayant fait un journal assez 
curieux mais le malheur voulust que une petite malle ou coffrete 
dans lequell il y avoit encore plusieurs raretéz d'amerique avec des 
autres papiers et quelques hardes, s'est perdu, quoi qu'il fust bien 
reccomandé a un capit e . d'un Vaisseau qui parti de Virginie ne 
layant pu prendre avec moy accause que j'avois un grand voyage 
a faire depuis Williambourg Capital de Virginie iusques ala 
nouvelle York, par terre, estant desia surchargé de hordes tant 
que mes deux chevaux purent porter, ainsi ie ne feroit mention 
que de quelq peu de chose dont ie m'en souviens bien que ie 
crois assez dignes de la Curiosité du lecteur, au reste il y a tant 
d'auteurs qui ont écrit des Merveilles de la merz, que iy renvoyé 
le lecteur. 

Oiseau Tropiq. 

Seulement diray ie a ceux qui nont pas lu ces Autheurs, que 
quand nous sommes venu sous la ligne Tropique du Cancer, ou 
sur une certaine hauteur de la Mer entre cette ligne et celle du 
pole Arctiq, nous y vismes des oiseaux blancs de la grosseur d'un 
Courbeau qui mêmes ce vinrent poser sur notre mas, les mattelots 
les tenant pour oiseaux de bon augure et ne souffrent qu'on tire 
dessus, ce qui est le plus remarquable est qu'on revoit ces oiseaux 
que sur cette hauteur de la merz et non pas autre part. 

Oiseaux de mauvaise augure. 
Mais pour oiseaux de mauvais augure il y a en a d'autre 
plus petits noirs avec un peu de blanc qui volent ca et la sur 
la merz et autant de fois qu'on les voit voler a l'entour du vais- 
seau et principalement sus le devant, on observe qu'ils présagent 
rien de bon, mais du maivais tems, ou tempeste ou terrible 
orages, ie pris cela au commencement pour des fables mais 
l'ayant remarqué moy même a diverses fois, ie suis presq obligé 
dy adjouster foy, ie crois au fond, si on voulloit philosopher la 
dessus qu'on trouveroit des raisons naturelles, de ces sortes 
d'événements./ 



The Graffenried Manuscript C 81 

17 Un poisson !e Dauphin. 
J 'ay encore observé une chose remarquable en un poisson nomé 
Dauphin, ce poisson est très beau dans leau ayant la Couleur de 
l'Iris, quand il suit un vaisseau il ne se tient qu'a deux pieds de 
la superficie de leau, C'est un charme de le voir nager, il est tou- 
jours accompagné de quelques petits poissons qui se tienent tou- 
jours près du Gouvernail et ne quittent pas ce poste que le Dau- 
phin s'en aile ou qu'il soit tué. Nous en primes un avec un tri- 
dent, et voicy corne on les prends, le baton ou perche ou est affiché 
le trident est attaché a une longue Corde, et lors que le Dau- 
phin nage assez près du vaisseau, un mattelot, ou qui voudra pour 
veu qu'il aye l'adresse, jette le trident contre le Dauphin quelq 
fois on l'attrappe du premier coup, assez souvant on y manque, 
quand on la piqué, on retire la corde et on le levé aussi beau que 
ce poisson est dans leau aussi vilain est il hors de leau, mais bien 
bon aprestéz nous en fines bone chère, tant plus jeunes tant meil- 
leurs et plus délicats. On y voit aussi des poissons volants, et 
tant d'autres sortes et chose merveilleuses a observer sur merz 
qu'on en feroit un volume ; quand il y avoit du calme ou seule- 
ment quelques petit air ie me plaisois a regarder et examiner 
tant de sortes d'insectes et autres choses provenantes de l'écume 
de la Merz; En certains endroits on voit des herbes et fleurs 
extraordinaires, il est surprenant ou ces herbes prenent racine au 
millieu de L'océan ou il y a de si terrible profondeurs : 

Convents de Merz. 

On appercoit en plusieurs endroits des Courents si forts que 
des habiles maitre de Vaisseaux ce détournent quelque fois de 
leur routte s'ils ne prenent bien garde, mais le plus curieux seroit 
de scavoir d'où vienent ces courrents. Ils y en a un qui vient du 
Golf de Mexique, mais pour dautre on y peut encore pénétrer d'où 
ils viennent. 

R'envoyant le Curieux aux Autheurs qui ont écrit ample- 
ment des raretéz de la Merz, je continue ma routte. Quand nous 
vinmes a la hauteur de Terre Neuve on me montra a peu près 
les grands bancs de cette Isle, ou il se prend une si grande quan- 
tité de morues dont la France et L'Angleterre ce pourvoient. 



82 The Graffenried Manuscript C 

Un capre francois nous suit. 

Par la un Capre Francois nous suivist une journée entière 
mais n'ayant eu le Vent favorable, il ne nous pust atteindre. 
Cependant nous appréhendions beaucoup. C'est pourquoy nous 
Consultâmes par ensemble et la Conclusion fust q'aussitost que 
le soleil seroit couché nous baisserions peu a peu & insensible- 
ment les voiles, affin que contre la nuit le Capre nous perdist de 
vue, et come sans doute il nous suivroit toujours contre le 
Continant il faloit changer de routte : aussitost qu'il fust obscur 
nous tendimes touts nos voiles et rebroussâmes chemin pour 3 
ou 4 lieux et prenant / 18 le haut de la merz nous fîmes nos 
efforts pour gagner la gauche du Capre et prenant en droiture 
contre Virginie nous echapames de ses mains; car nous aurions 
eu le dessous n'ayant eu que 4 Canons dans notre Vaisseau. 

Découverte de la terre ferme en Ameriq. Entrée dans la Riviere de 
James et arrivée à Quiquetan en Virginie. 

Peu de jours après nous découvrîmes le Courant, des herbes 
des hyrondelles de merz et bientost après des Canars et d'autres 
sortes d'oiseaux deau, qui est une marque seure qu'on n'est pas 
loin de Terre ferme, aussi fîmes nous monter un petit garçon tout 
au haut du mas qui ne pust rien découvrir encore, mais quelq 
tems après montant pour la seconde fois il remarqua du Terrein 
qui sembloit être une petite nuée, bientost après recconnoissant 
mieux que c'estoit du Terrein il cria "ou Rée" qui est le mot de 
joye ou d'aplaudissement des Anglois, et demanda pour boire ou 
un etreine. Nous nous aprochames du Continant et côtoyâmes 
les Provinces de Pensilvanie, Jersey et Maryland, iusqu'a ce que 
nous découvrîmes Cap Henry en Virginie a la gauche de L'em- 
bouchure de James River, Un vent de Nordoest nous favorisant 
nous entrâmes fort bien en cette Riviere et arivames heureuse- 
ment a Guiquetan présentement nomé Hampton un bourg assez 
joly le premier a lentrée de Virginie, après un Voyage ou passage 
de deux mois fort heureux n'ayant eu qu'un seul orage qui n'a 
duré qu'une couple d'heures, et n'ayant point eu de maladies nous 
y restâmes une nuict et un jour pour nous raffreschir. 



The Graffenricd Manuscript C 83 

Nunstmund. 

Apres avoir fait scavoir au Lieut: Gouverneur de Virginie 
notre arivée et luy remis la lettre de la Reine, le Gouverneur ayant 
été absent, nous descendimes la Riviere et entrâmes dans celle 
de Nunsimund cest la ou nous dechargames le Vaisseau de nos 
provisions et hardes et ou le Capit e . du Vaisseau prist congé de 
nous prenant la routte de la nouvelle Angleterre pour se rendre 
au Lieu de la naissance a Boston Capitale de cette Province. 
Et nous Louâmes des barques pour charger nos hardes & provi- 
sion pour les faire mener avec notre monde a une maison qu'on 
nous indiqua être la plus proche, chez un nomé Hamstead galant 
home qui nous receust fort bien et nous accomoda très bien tant 
pour les Vivres que les voitures pour des la prendre notre Chemin 
par Terre en Caroline./ 

19 Arrivée a un Village aux frontières de Virg. et Carol: Sommer 

Town. 
Aussitost que nous fumes arivéz a Sommertowne un village 
aux frontières de Virginie et Caroline une petite bande d'habitants 
de Nord Caroline me vinrent saluer et inoffrirent le Gouverne- 
ment représentants entre autres raisons persuasives que cela m'es- 
toit deu puisq dans un interrègne & aussi en absence du Gouver- 
neur Le Landgrave occupoit toujours la premiere place et ten- 
noit le Presidial. Je replicquay, que quand bien j'estois revêtus de 
cette digneté de Landgrave, que ie ne voullois pas me prevalloir 
présentement de ce Titre, Leurs remerciant civilement de l'hon- 
eure qu'ils me faisoient, je leurs representay a mon tour que 
Monsieur Hyde, nouveau Gouverneur ce trouvoit desia en Vir- 
ginie et qu'estant témoin occulaire corne il avoit esté eleu tell 
des Lords Propriétaires & que dans l'appartement de ces Seig- 
neurs j'avois eu l'honneur de le féliciter et d'autant qu'il estoit 
encore proche parent de la Reine approuvé et confirmé da sa 
Majesté, que ce seroit de mauvaise grace a moy m'ingerer dans 
une affaire de semblable nature; Et quand bien ce Seig r . n'avoit 
pas encore sa Patente qu'elle suivrait bientost, qu'ainsi les habi- 
tants de Nord Caroline ne dévoient pas faire difficulté de le rece- 
voir pour leur Gouverneur. Et cela tant plus facilement accause 



84 The Graff enried Manuscript C 

que Monsieur Le Gouverneur Tent avoit desia notifié au conseil 
de Nord Caroline l'élection ou Etablissement de Mr. Hyde, mais 
come ces gens estoient la plus grand partie des Nonconformistes, 
n'aymoient pas d'avoir un si grand Toris pour Gouverneur ma 
reponce ne leur plust pas, après avoir fait collation avec moy ils 
prirent congé et s'en retournèrent chez Eux. 

Arrivée à Chouan chez Colonell Pollock. 
Peu de jours après j'entray aussi plus avant dans la Province 
avec mon monde, et m'arrestay dans la Comté d'Albemarle sus la 
Riviere de Chouan après du Colonnel Pollock du Conseil et des 
plus moyennez de la Province. Incontinant on tint Conseil et on 
me pressa fort d'y assister quoy quen une affaire si delicatte ie 
n'en voulus pas être alors aussi quand nous fumes en seance on 
me fist un plan de la situation des affaires de la Province, d'alors, 
et je n'eux pas bien de la peine a deviner qu'ils auroient bien 
souhaitté de ménager dans leurs Partis, tant accause de mon 
Caractère, aussi bien que de la quantité du beau monde que 
j'avois avec moy et a ma disposition, car par la je pouvois faire 
le balanc de quell coté que ie me jetterais./ 

20 Lettre au Colon: Cary pour le disposer a prendre meill, partie. 
Apres avoir bien raisoné sur les matières de question on 
trouva bon que i'ecrivois une lettre forte au Colonel Cary, alors 
Lieutenant de Gouv. qui voulloit ce procurer le Gouvernement 
par force, pour luy représenter son devoir & que s'il ne voulloit 
ce ranger et ce conformer a la raison, que ie ne porrois de moins 
que de me jetter avec tout mon monde du coté de Mons : Hyde le 
nouveau Gouverneur etc. 

Col. Cary avec ses adhérants reconnaît Mr. Hyde pour President. 
Ce qu'ayant fait cela luy fist prendre d'autres mesures me 
faisant pourtant une reponce bien fiere, ayant fait reflexion sur 
son procédé hardis, il s'en rependit un peu et nous en vinmes a 
la fin a un accomodement qui fust souscrit et signé de part et 
d'autres. La substance en estoit; Que Col. Cary avec ses ad- 
hérants reconnoitroient Mons. Hyde pour President du Conseil 
en attendant les ordres plus preciss des Seig rs Propriétaires etc. 



The Graffenried Manuscript C 85 

Depart de Chouan. 
Dans cett intervale ie poursuivis mon Voyage vers le quar- 
tier ou ie m'estois formé le dessein de m'établir avec mon monde 
a News d'où les Palatins m'avoient écrit aux instantes prières 
de me haster, pour leur procurer les vivres nécessaires dans la 
dernière extrémité ou ils ce trouvoient ; Je fis dont quelques pro- 
visions mais n'en pus pas avoir a suffisance pour tant de monde. 

Arrivée a News trouve la Colonie palatine dans des grandes 
extrémités 2d Contre teins. 
Je ne scaurois assez exprimer L'Etat triste et deplorable 
dans lequell j'ay trouvé ces pauvres gens a mon arivée presq touts 
malades et dans l'extrémité et le peu qui restèrent bien portants 
désespérez. Dieu le scait dans quell Labyrinthe, voire danger de 
ma Vie, ie me suis trouvé alors : Je laisse a pencer le lecteur de 
quelle manière ma petite Colonie Bernoise regarda dans ce jeu, qui 
jusques alors ne manquèrent de rien, leur Voyage ou passage 
ayant esté heureux des le commencement jusques a leurs arivée 
en Caroline, la Saison bone et belle, bien fournis de touttes pro- 
visions, bien ecquipes, bien placess au large sur le vaisseau, pré- 
sentement de voir un si triste spectacle devant Eux ou maladies, 
disette et desespoir estoient dans l'extrémité; 

Ce qui augmenta encore le mail est que ces pauvres Palatins 
ayants employé la plus grande partie de leurs habits pour s'achep- 
ter de vivres dans la plus grande nécessité, furent bien déconcer- 
tez, lors qu'ils virent que les Directeurs sus noméz ayants la 
plus grand partie de leurs effects encore en mains, les retenoient, 
mais principalement un N. R. sous prétexte de ce reserver une 
bone partie pour ces peines et frais, et quand ie demanday a faire 
Conte/ 21 il me renvoya si souvant qu'a l'heure qu'il est le Conte 
n'est pas encore réglé, et cela luy fust bien facile accause des 
troubles survenus, il faut qu'il ce soit bien accomodé de ces four- 
nitures des Palatins puis qu'avant qu'il eust ses Effects en main 
il vivoit petitement et quapres il fist le gros monsieur : Il garda 
ses effects iusques a mon arivée et quand ie les voulu faire am- 
mener a notre lieu de residence ie ne les pus avoir partie seule- 
ment qu'a main armée et par force, même ne les pus avoir touts 



86 The Graffenricd Manuscript C 

quelle plainte que i'en fis au Gouvernement accause qu'il estoit 
de la Magistrature. 

Ce qui fust cause de touts ses malheurs, fust la méchante 
Conduite et infidélité dune partie des Inspecteurs dont le N. R. 
en fust aussi un que ie nomme pas accause de son Parantage con- 
siderable, supérieur et inférieurs, mais surtout la Témérité, in- 
fidélité & avarice et legerité du Colonel Cary, d'où sont non seule- 
ment provenut touts les autres malheurs mais la Ruine totale de 
moy et de ma Colonie et presq celle de toutte la Province. Cett 
home déterminé ce prevalust alors de la mort du Gouverneur Tent 
Gouvern 1 " de Soud Caroline et de celle du Gouv. de nord Caroline 
(pour s'intriger contre droit et justice et contre les ordres des 
Lords Prop.) dans le Gouvernement même come ie lay de bone 
part en dessein de faire la bourse des revenus des Lords Prop: et 
s'en aller a Madagascar endroit ou Residence de touttes sortes 
de voleurs et Pyrates. 

Col. Cary rejit touts les ordres des Lord, prop: et causes. j e contre- 
tons Capital. 

Ce même Col. Cary, Lors que le nouveau Gouverneur Mons. 
Hyde, les 3 Directeurs sus mentionés et moy voulûmes produire 
devant luy et le Conseil nos Patentes ordres et lettres en mépris 
des ordres des seig rs . Prop : nous renvoya effrontément sans nous 
voulloir écouter ce mocquant de touttes nos protestations : telle- 
ment que touttes les belles promesses des Lords Prop, sur les- 
quelles ie m'estois fondé, sur lesquelles touttes mes Entreprises 
voulloient furent frustrées et devinrent rien ; ce qui me mist avec 
toutte ma Colonie dans des terribles embarass et peines inex- 
primables & ce qui eust influence sur touttes les Traverses qui ari- 
verent depuis. 

A la fin ce Col. Cary devient Rebelle ouvert et déclaré, ce 
procurant une ligue de Rôdeurs & de mutins par le moyen des 
promesses et bones liqueurs ; tellement que le nouveau Gouv. mons. 
Hyde, n'sa entreprendre de ce mettre en possession de son Gour- 
vernement par force : et cela tant moins accause qu'il n'avoit pas 
encore sa Patente preste, quoyque les ordres estoient desia 
émanez en vertu de quelles Mr. le Col : Tent Gouverneur de Sud 



The Graff enried Manuscript C 87 

Caroline le devoit installer qui come desia sus dit avoit écrit a 
ce sujet au Conseil de Nord Caroline, mais le malheur voulust 
que ce même Gouverna Tent suivit bientost celuy de Nord 
Caroline et mourust subitement, ce qui fust cause ou plutost une 
occasion pour trainer ces Rebellions et desordres./ 

22 Cett Interrègne cependant ne m'accomoda pas, et dans 
une si pressante nécessité & disette (ou accause des troubles 
que cette Rebellion causa chacun garda ses petites provisions 
pour soy) il estoit question si je voullois risquer ma vie et lais- 
ser toutte cette Colonie a l'abandon, voire les laisser périr de 
faim, ou si ie me devois endebter pour tirer ces pauvres gens 
d'affaire dans une semblable extrémité. 

provisions de Vivres depuis Pcnsilvanie Virginie etc. 
A un honest homme il n'y avoit pas la matière de hésiter 
et corne par bonheur ma Reputation estoit assez bien établie en 
Ameriq et que mon dessein fist grand bruit j'envoyay d'abord en 
Pensilvanie pour Provisions de farine ou par bonheur j'avois 
desia doné ordre depuis Londre par precaution et aprehension 
que peut être les choses ne setoient pas si bien établies en Nord 
Caroline come on men faisoit croire : Je n'ay pas manqué d'en- 
voyer aussi en Virginie & dans la Province même pour me pro- 
curer les Provisions nécessaires, mais tout cela traîna si long- 
tems que pendant ce tems ces nouveaux Colonistes furent obligé 
de vendre encore partie des hardes & marchandises (quils avoient 
achetée a Londre pour faire profiter le peu d'argent qu'ils avoient) 
pour ce procurer les vivres nécessaires des habitants voisins pour 
ne pas mourir de faim. 

Terres distribuées et arpentées aux colonistes. 
Dans cette intervalle de tems ie mis ordre pour faire ar- 
penter les Terres, en distributant a chaque famille sa portion, 
affin qu'ils ne perdissent pas leur tems & qu'ils puissent extirper 
les bois, bastir leur maisonettes etc. A la fin on m'ammena des 
provisions en graines, sels, beure, porc salé & plusieurs sortes de 
legumes pour bien de l'argent : Pour ce qui est du bétail on eust 
de la peine a ce pourvoir, nos gens ne voulant l'aller quérir ou 
on l'auroit pu trouver et moi ie ne pouvois le leur livrer devant 



88 The Graffenried Manuscript C 

leurs portes : Cependant on trouva des expedients et on s'accom- 
oda si bien, quen 10 mois nos Colonistes ce logèrent & s'etblirent 
si bien qu'ils advancerent plus en ce peu de tems que les habitants 
Anglois en plusieurs années. Par exemple dans toutte la Pro- 
vince il n'y eust qu'un seul méchant moulin a Eau, les plus moyen- 
nez se servent de moulins a mains et les pauvres sont obligez de 
piler leur graines dans des mortiers de chesne ou troncs de bois 
creusez et au lieu de passer le plus fin par un tamis, le passent 
seulement par un espace de pannier a quoy on perd beaucoup de 
tems. En contre nos gens cherchèrent dabord des vaisseaux 
comodes pour y faire un espèce de battoirs, ainsi par le moyen de 
leau ils pouvoient battre ou piler leurs graines et employer le tems 
a autres choses, ce qui leurs fist beaucoup de bien : Et moy iavois 
desia commencé a construire un moulin d'eau très comode./ 
23 Mais helas ! quand nous espérions de jouir des effects de nos 
travaux après bien de peines, frais et soin, nonobstant tant de 
traverses et inconvénients : Lors qu'il y avoit très belle apparence 
d'un heureux Etablissement survient le 4 e orage d'infortune 
par les Indiens, tramez par une noire trahison provenue de la 
vengeance et jalousie des adhérants Rebelles du Collonel Cary, 
Autheur de touts nos malheurs. Cette advanture Tragique sera 
suivie dans son ordre pag. 37 & 43. 

Pendant que de mon coté ie fis touts mes efforts pour étab- 
lir ma Colonie corne ie viens de dire, d'autre coté on écrivit a 
Monsieur Hyde en Virginie ou il avoit fait quelq séjours en atten- 
dant une meilleure issue de sa pretention, qui ne manqua pas de 
ce rendre avec sa Famille au plutost en Caroline sur la Riviere 
de Chouan près du Colonel Pollock, & sur une Plantation d'un 
bon viellard Gentilhome de qualité Anglois, nomé Duckenfield 
ou il trouva assez bon logement. 

Col. Cary dcschire sa Signature de laccomodemcnt. Col. Cary 
vient a Newberne. 
Quand le Col. Cary vist qu'il ne pouvoit jouer le tour qu'il 
avoit en vue come sus dit, il fist ses efforts pour attraper subtile- 
ment l'original de laccomodement fait et sceut adroitement 
deschirer son nom & signature. La dessus il reccommanca son 



OWffrL^e- oz, j*J er/^^rtL^ 










T 



'—v 



The Graffenried Manuscript C 89 

vieux train, et par le moyen des bones liqueurs qu'il fist boire la 
Canaille il ce fist un grand partie tellement quil en vint a une 
Rebellion ouverte contre Mons. Hyde come sus dit. Mais corne 
ce perturbateur du repos public s'imaginant bien qu'il auroit un 
puissant partis en moy a combatre il ce servit de cette ruse. Sous 
prétexte d'une visite il me vint voir a Neuberne ou il dina avec 
moy, après le repas auprès dune bouteille de Vin de madère 
nous vinmes a des discours bien sérieux, et corne c'estoit luy qui, 
( en vertu de mes Patentes & ordres des Lords Prop : me devoit 
pourvoir de touts les nécessaires des revenus de la Province) 
me refusa tout, j'estois bien aise de luy en faire des reproches 
& luy représenter aussi l'enormité de son procède criminel, ce 
voyant convaincu par tant de bones raisons, d'autre coté pour 
m'endormir affin que ie ne travaille pas trop contre luy il ne 
promit en presence de 4 témoins de me livrer dans le terme de 
3 semaines en conte de ce qui m'estoit ordoné de la part des. 
Lord Prop : la Valeur de 5001b Sterl : soit en bétail graines et 
autres provisions. Concernant Mr. le Gouv : Hyde quil laissoit 
les choses in Statu quo et après il partit mais ie ne fis guère fond 
sur tout ce qu'il me dit puis qu'en sa barbe ie luy dis que ie 
craignois que les effects ne repondroient pas a ce qu'il me dit./ 

24 Ce Voyage de Cary n'estoit pas intenté sans quelque mau- 
vais dessein, et il vient about de ce quil s'estoit proposé, car il 
ne manqua pas d'insinuer a touts les Planteurs de par la, qu'ils 
épouvantassent mes Colonistes affin qu'ils ne prenent pas parti 
pour Mons : Le Gouverneur Hyde, en quoy ils réussirent fort 
bien, car pas un d'Eux n'osa sortir du quartier, ayant esté mena- 
cez que s'ils ne tennoient exacte neutralité qu'ils seroient détruits 
par les Indiens et habitants Carolins. 



M r . le Gouv: Hyde m'invite a l'assemblée générale. 

Peu de tems après Mr. le Gouverneur Hyde m'envoya par 
un express un paquet des Patentes dont il y avoit une par la 
quelle il m'etablist Colonel et Commandant de la Conté de Bath, 
laissant en blanc les noms des subalternes m'en deferent la nomi- 
nation avec instante prière de lassister de tout mon pouvoir con- 



90 The Graffenried Manuscript C 

tre les Rebelles. Sachant desia le Sentiment de mes gens pol- 
trons, ie fis reponce a Mr. le Gouv : que mon monde n'estoit du 
tout disposé a prendre parti, mais voulloient tenir une exacte 
neutralité, ce qui ne plust pas a Mr. le Gouv : et bientost après il 
vient un ordre plus fort avec cette clause que s'il ny avoit rien 
affaire qu'au moins ie devois me transporter incessament au 
Parlement ou assemblée Générale qui ce devoit tennir ce que ie, 
ne pas refuset d'autant que mes Titres et Caractère m'y obligoient 
par devoir : a quoy ie me résolus, non sans prendre bien mes pre- 
cautions d'autant que i'ay été menace de même que mes Colo- 
nistes et le chemin restoit pas trop assuré estant éloigné de deux 
journées, ou il faloit descendre et passer des grandes Rivieres et 
des forests assez dangereuses. 

Arrivée de l'Imposteur Richard Roach. 

Estant arivé heureusement chez Mr. le Gouverneur nous 
tinmes Conseil avant que de paroitre au Parlement et la question 
fust, quelles mesures prendre pour nous bien asseurer contre les 
insultes de Col : Cary et ses adhérants. Aussitost nous ordonames 
une Compagnie de Gens des plus affidéz pour notre garde affin 
d'éviter surprise et notre plus grand soin estoit cornent gagner et 
attirer a notre parti les habitants de la Province : Le malheur 
voulust que justement alors un certain personage mutin et turbu- 
lent nomé Richart Roach, ariva de Londre qui causa bien du 
desordre, celuy estoit facteur d'un des Seig r . Prop : mais de la 
secte des Trembleurs qui devoit venir en ces pays pour negotier, 
d'abord il fust gagné par les Rebelles, ce qui les fortifia baucoup 
accause qu'il estoit pourvu de quantité de poudre, plomb & armes 
a feu, ce qui les accomodoit parfaittement./ 25 Cett Imposteur 
fust bien violent et de la dernière effronterie pour mieux enflam- 
mer la Rebellion il s'advisa de débiter par des mensonges et Ca- 
lomnies atroces contre Mr. le Gouv. Hyde, disant qu'il avoit 
d'autres ordres des Seig rs . Propr: mais pas en faveur d'Eduart 
Hyde, ce qui fomenta la Rebellion & augmenta les troubles et 
nous fist bien de la peine : Ce même drôle me causa en particulier 
aussi bien du chagrin en ce qu'il me fiste la piece de me rendre 



The Graff 'envied Manuscript C 91 

infructueuse une lettre de change de 2001b Sterl : disant qu'il 
avait ordre de la protestes ou arrester quoy que son maitre de 
qui j'avois le billet de change fust desja payé en meilleure forme, 
ce qui me fist un tort considerable dans ma plus grande nécessité. 

Les Rebelles attaquent le Gouv. et le conseil. 
Les Chefs de Rebelles, Coll. Cary, Richard Roach & Eman. 
Low (qui quoy que trembleur s'eriga en Colonel) vinrent en une 
nuict dans un brigantin bien ecquipéz et armez d'environ 60 ou 
80 homes, avec quelq canons pour nous assiéger chez Mr. le Col. 
Pollock membre du Conseil chez qui nous tenions toujours Con- 
seil accause de la situation de sa maison aussi bien que pour les 
moyens et credit qu'il avoit. Contre le mattin ces Rebelles ou- 
verts et Ennemis déclarez tirèrent de leur brigantin deux coups 
de cannon contre la maison ou nous estions assemblez et effleurè- 
rent seulement le sommet de la maison, ce qui commença l'allar- 
me ; La dessus notre Compagnie de garde d'environ 60 homes 
ce mist en posture et nous chargames aussi le Brigantin d'une 
couple de boulets de cannon mais sans faire aucun domage. La des- 
sus les Rebelles firent descendre du Brigantin dans deux barques 
l'élite de leur monde pour mettre pied a Terre dans l'intention de 
nous surprendre ne croyant pas que nous eussions beaucoup de 
monde auprès de nous, quand nous observâmes ce manege nous 
nous mimes aussi en posture et descendîmes dernier une haye vers 
le bord de la Riviere qui est large par la de deux miles ; Ces 
Rebelles voyant parmy notre monde que mon Valet qui avoit une 
livrée jausne estoit aussi du nombre, furent épouvantez croyant 
que toutte ma Colonie en estoit, les chargants encore de quelques 
boulets de nos Cannons qui touchèrent tant soit peu leur mat cela 
fist un si bon effect que les barques n'osèrent aborder et s'en 
retournant au brigantin, la peur les saisit touts tellement qu'ils 
levèrent les voiles et prirent la fuite. 

Fuite des Rebelles. Amnistie gen. pour les Séduits. 
Nous ne manquâmes pas de les poursuivre d'abord, ecqui- 
pant une bone chalouppe du meilleur de notre monde, mais on 
ne put les attrapper, cependant lecquipage du Brigantin dans 



92 The Graffenried Manuscript C 

une teneur paniq ayant trouvé un endroit commode pour 
descendre mist pied a Terre et les principaux ce sauvèrent par 
une forest,/ 26 ainsi nos gens furent maitres du Brigantin, lam- 
menerent avec quelques provisions a l'endroit ou nous estions 
assemblez. Ce coup causa de la division entre les Rebelles ou 
autres mal intentionéz et fortifia notre partis, Ayant consultez 
la dessus nous trouvâmes que ne ferions pas mal de publier 
une amnestie générale pour Ceux qui auroient esté malineuse- 
ment séduits des Chefs de Rebel: mais les Autheurs et Chefs 
furent proclamez. 

On fist donc une liste de tout ceux qui ce sont soumis au 
nouveau Gouvernement et souscrits: Apres nous convoquâmes 
un Parlament, ou les affaires concernant ces desordres furent 
traittéez, on mis en prison & seureté les plus turbulents et a 
ceux qui confessèrent leurs fautes et se reconnurent on accorda 
L'amnistie. Parmy tout cela ie fus obligé de prendre le presi- 
dial contre mon gré car la matière estoit delicate et dangereuse: 
mon premier ouvrage estoit de travailler de touttes mes forces 
pour faire recconnoitre le Nouv. Gouverneur Mr. Eduard Hyde 
ce qui ce fist avec success et moy délivré, d'un grand fardeau, 
ainsi tout ce tranquilisa et chacun s'en retourna en paix chez 
luy. 

Le feu de Rebell, r'allums par Roach et autres. Ma deputation 
vers M r . le Gouv. de Virginie pour demander secours. 
Mais ce Calme dura pas longtems, les Autheurs de ces trou- 
bles ce recoligerent et le sus nomé R. Roach ce planta sur une 
Isle de la Riviere de Pamlico, pourvu de vivres et de munition 
de Guerre faisants touts les efforts pour rassembler les Rebelles 
dispersez et fugitifs. Mons. le Gouverneur en Persone avec 
son parti ce mirent après pour le dénicher de son Isle, mais il y 
fust si bien retranchez qu'on y fist rien, et on fust oblige de ce 
retirer. Ce feu de Rebellion ou des Conjurez ce ralluma peu 
a peu et s'augmenta si fort que le dernier fust presq pisq le 
premier, dans cette dangereuse situation, on s'avisa de chercher 
du secours au voisinage et fust conclus que je serois député 
-avec deux membres du Conseil auprès de Mr. Alexander Spot- 



The Graffenried Manuscript C 93 

wood Gouverneur de Virginie pour le prier de nous assister et 
paradvance on luy écrivit une lettre pour luy comuniquer notre 
dessein qui par honesteté nous marqua un endroit et jour aux 
frontières de Virginie & Caroline, ayant sans-cela eu envie 
d'exercer les trouppes dans ce Voisinage. 

Le secour désiré obtenus de M r le Gonv. de Virginie. 

Je partis donc pour ce rendez vous par eau dans le même 
Brigantin quavions pris aux Rebelles, n'estant alors pas bien en 
seureté de voyager par Terre outre questions bien aise de 
prendre quelques provisions de bouche dans le voisinage, mais 
quand nous avions fait un peu de chemin il se leva un si terrible 
orage que nous fumes d'obligation de rebrousser chemin nous 
primes dont un Canou, (cest un petit batteau a l'indiene, tout 
d'une piece long et étroit dont on ce sert sur les Rivieres par la 
& qui vont d'une grande vitesse) et montâmes la Riviere après 
que le vent fust un peu apaisé,/ 2T mais telle diligence que 
nous fîmes nous ne pûmes venir assez tost pour le Rendez vous 
fixé, Monsieur le Gouv : de Virginie laissa ordre qu'on le luy 
feroit scavoir a Williamsbourg lieu de sa Residence, aussitost 
que ie serois arivé: d'abord a mon arivée j'écrivis une lettre de 
compliment et d'excuse a ce Seigneur qui ne manqua pas de ce 
trouver au lieu fixé le lendemain avec son Secretaire & deux 
autres messieurs: Nous y tînmes dont conference ou Mr. le 
Gouv. nous venust fort civilement. Cette besoigne etoit plus im- 
portante que ie me l'imaginois, après avoir délivré ma lettre de 
Créance, ie comencay ma proposition, mais on my fist des fortes 
opositions. Que les Virginiens n'estoient pas d'humeur de 
combatre leurs frères voisins puis qu'ils estoient touts sujets égaux 
de la Reine de la Grande Bretagne, outre que le cas etoit assez 
problematiq d'autant que Mr. Hyde n'avait pas sa patente en 
main. Il faloit dont chercher d'autres expedients, et Mr. le 
Gouv: Spotwood pour luy avoir esté recommandé de la Reine 
et pour la premiere fois qu'il m'avoit vu auroit pourtant bien sou- 
haitté de me faire quelque plaisir et de ne me pas renvoyer sans 
m'accorder quelque faveur; Il me demanda dont si j'avois quelq 



94 The Graffenried Manuscript C 

autre chose a luy proposer ou quelq expedient qui fust plus 
facile pour m'accorder. Voyant donc que ces Virginiens n'estoi- 
ent pas disposé a notre secours, peutetre tenant Eux mêmes un 
peu de cett esprit libre et democratiq ; je m'advisay si on retrou- 
verais pas quelq soldats de trouppe réglées, Je demanday dont 
Mr. le Gouv. puis qu'il estoit vice admirai des cotes de Vir- 
ginie qu'il eus la bonté de nous envoyer un vaisseau de Guerre 
bien ecquipé, ce qu'il nous accorda: d'abord ce généreux Seigr. 
nous envoya un brave Capitaine, le quell fist très bien son devoir, 
ne doutant pas quaussitost qu'il paraitroit avec ces mariniers 
habillé de rouge livrée de la Couronne cela fist un très bon 
effect. 

Le Vaisseau de guerre de Virginie pour le secours arrive. 

Je pris congé de Mr. le Gouverneur et partis très Content 
pour m'en retourner au Gouvernement, et avant mon depart ce 
Seigr. me fist des caresses extraordinaires m'invitant chez luy 
et m'offrant ses offices en tout ce qui seroit en son pouvoir. En 
arivant au Gouvernement ie fis la Relation et ma negotiation 
fust aprouvée d'un applaudissement general de Mr. le Gouv. 
Hyde, du Conseil et de tout le peuple bien intentioné, ce qui 
n'augmenta pas peu mon Credit. Peu de tems après ce Capit e . 
de vaisseau ariva avec ces mariniers après qu'il eust fait ses 
Compliments et délivré la lettre de Mr. le Gouv: Spotswood par 
devant le Conseil, nous le priâmes de faire sa proposition par 
devant l'assemblée générale & de tout le Peuple, représentant que 
si les mutins ne voulloient ce ranger a leur devoir qu'il avoit 
ordre de les traitter avec la dernière rigeur etc./ 

28 Ce qui fist un si bon effect que persone n'osa plus se re- 
muer et les autheurs de ses troubles prirent la fuite: 

En ce même tems nous receumes des lettres de Londre par 
lesquelles nous eûmes advis corne les Seig r . Propriété avoient 
établis Mr. Eduard Hyde Gouverneur de Nord Caroline et que 
ses Patentes estoient remises a une persone affidée pour les ap- 
porter, ce qui fist bien du Calme & ses mallintentionez eurent bien 
de la Confusion. 



The Graffenried Manuscript C 95 

Col. Cary prisonier en Virginie et envoyé à Londre. 

Ce desia tant souvent mentioné Col : Cary fust arresté en 
Virginie avec d'autres de son Complot et envoyé a Londre dans 
un vaisseau bien équipé et on luy fist le process, ce qui fist bien 
du bruit, le bonheur luy voulust que deux Mylords prenent son 
partis luy sauvèrent la vie, N.B. cest une assez bone famille que 
les Carys, j'ay cy devant eu l'honneur de connoitre particulière- 
ment Mylord Hunsdon de la famille de Cary) ainsi il fust 
délivré moyennant Caution et on luy assigna son juge en Caro- 
line pour sa defence, ou ce fait fust accroché qu'a l'heure qu'il 
est son process n'est pas finis; mais ie crois qu'il n'a guère envie 
de presser le jugement d'une affaire si risqueuse. Dans la suitte 
du tems il fut relegé sur une Isle éloignée pour sa vie et y 
mourut. 

Touts ces troubles n'avoient pas peu contribué a l'invasion 
des sauvages en ce que quelques uns de ses Mutins avoient mis 
Mr. le Gouv. Hyde si mail dans lesprit des Indiens qu'ils le 
prirent pour leurs Ennemy déclaré. J'en eus des preuves puis 
que lors que ie fus pris par les sauvages dans la croyance que 
j'estois le Gouverneur, ils me traitterent fort mail jusqua ce 
qu'un Indien qui scavoit L'anglois et qui me connoissoit leur 
dit que ce n'estoit pas moy qui estois le Gouverneur Hyde, la 
dessus j'eus meilleur tems. 

Apres que tout fust calmé ie repris le chemin de Neuberne 
pour voir ce que mes pauvres Colonistes faisoient mais je ny 
pus pas demeurer longtems. Mr. le Gouvern 1 ". ayant receu ses 
Patentes publia une assemblée Générale affin qu'il ce pust pre- 
senter, ou il faloit aussi my trouver nécessairement, estant bien 
aise de me servir de cette occasion pour solliciter au près de ce 
nouveau Gouverneur ce que je ne pus obtenir de Col : Cary. Je 
trouvay en effect Mr. le Gouv : plain de bone volonté mais quand 
il faloit venir aux effects, il se trouva luy même tant a letroit 
qu'a peine y avoit il assez pour supplere a sa nécessité. Je fus 
dont obligé de m'adresser au Parlement & ala Province pour 
demander de que je n'avois pu encore obtenir pour le Conte 
des Lords Prop: ce qui pourtant estoit le fondement de mon 
Entreprise; d'autant dont que par cette inefectuation de Leurs 



go The G raff envied Manuscript C 

belles promesses, ie me trouvay avec tout mon Peuple/ 29 de court 
et bien embarassé, tellement qu'il estoit impossible de subsister 
de la manière, et que pour avoir des nouvelles subsistances de 
mon Pays il falloit bien du tems, cependant ne pouvant vivre de 
l'air, ie demanday que la Province m'assistasse, sur les mêmes 
conditions que j'avois avec les Lord Prop: cest a dire qu'ils 
dévoient me pourvoir de vivres et choses nécessaires pour 2 ou 3 
ans a Credit qu'après ie les rembourceray tout ce qu'ils y m'auro- 
ient advance, Je ne fus pas plus heureux auprès de Ceux cy, 
sous prétexte que les Guerres Civiles les avoient épuisez ie fus 
seconduit obligé de m'en retourner chez moy frustré de tout, 
cependant je fis encore des efforts et soulagay ma Colonie le 
mieux que je pus corne est a voir pag. 22. 

Trouve mes gens presq touts malades a mon retour. 

Le Sasafras y abonde, nessesaire de s'en servir. 

Le grand exercice contre la fièvre et la goutte. 

A mon retour a Neuws je fus bien surpris de trouver tant 
de malades et même plusieurs de morts dont deux de mes domes- 
tiques qu'on m'avoit amené de Berne en estoit du nombre. 
C'estoit sans doute la grande Chaleur quil fist ces 3 mois de 
Juin Juillet & ougst qui en furent cause nos gens venant dun 
pays froid et de montagne n'ayant pas esté encore accoutumé 
a ces pays plats & a cett air chaud ; Ils nemanquerent pourtant 
pas de médecins & chirurgiens qui en eurent soin, qui après devin- 
rent aussi malades; mais la principale cause en estoit, qu'ils 
avoient négligé en mon absence mes ordres de Regime lesquells 
j'avois doné d'abord a mon arivée en Ameriq lors que ie trouvay 
desia les Palatins si malades. C'estoit par bon advis de persones 
qui avoient fait long séjours en Caroline que ie leurs avois 
indiqué de ne pas trop boire d'eau crue et froide, mais de la 
cuire avec du sasafras dont les bois en sont touts plains et après 
la laisser raffroidir et en boire tant quon voudra, ie m'en servis 
le mattin avec un peu de sucre en place de Thée ce qui me fist 
beaucoup de bien; J'ay observé aussi que ceux qui ce mettoient 
dabord au lict quand il ce trouvoient malades, s'en trouvoient 



The Graffenried Manuscript C 97 

bien mall et beaucoup en mouvment : Il y règne en ce pays une 
certaine fièvre, cett un tribut general qu'il faut que les Etrangers 
payent au comencement, et la guerison en est fort particulière. 
Quand cette fièvre vous prend, le meilleur remède est au lieu 
de ce mettre au lit d'abord, il faut courir jusqu a ce qu'on 
sue a grosse goutte et qu'on tombe de lassitude même il n'en 
faut pas rester la, mais ce relever et continuer jusqua ce qu'on 
nen puisse plus, j'en parle par experience, aussi ne l'ay ie eu 
que 3 semaine au lieu que dautres ont trainé des années entière, 
ce sont enflés a la fin et en sont mort: j'advertis icy les pares- 
seux ce nest pas une maladie qui les accomode, les gens oisifs 
et paresseux y sont presq toujours malades, il y faut de lexer- 
cice preuve qu'il est nécessaire et bon. Cest que je fus atteint 
beaucoup de la goutte en Europe, et en ce pays j'en fus quitte 
quelques petites atteintes./ 

28bis j^ e Vinaigre qui sort des Chesnes pernicieux a la santé. 

Contrepoison merveilleux contre les morsures des Serpents. 
Les petits surons qui s'accrochent aux jambes. 
En ces pays les Chesnes rouges y sont si savoureux qu'en y 
faisant une petite ouverture d'une hasche il en sort quantité de 
jus qui est un vinaigre, mais il est pernicieux a la santé, nos 
gens s'en servirent dans les grandes chaleurs pour manger de la 
salade et ne s'en trouvèrent pas bien ; Il y avoit encore deux 
inconvénients pire lesquels il estoit nécessaire de ce precautioner, 
ce sont les serpents et les ticks, en f rancois surons ; II' y avoit 
un si merveilleux contrepoison et en assez grande abondance 
duquel il ne faut pas manquer de ce pourvoir il y en a 3 sortes, 
il y en a d'une sorte qui a une vertu particulière si on porte la 
racine avec soy on peut dormir librement sous un arbre aucun 
serpent ne saprochera, les Indiens s'en servent d'ordinaire, si on 
pile cette racine et qu'on en done dans une casse ou pot d'eau 
fresche a l'animal qui est mordu d'un serpent il en revient et se 
guérit en peu de tems; j'en ay fait le preuve sur un de mes 
chevaux et sur mon chien qui ont esté guéris. Les surons incomo- 
dent les gens jusques a doner la fièvre, on croit que c'est une 
rosée corrompue qui sattache a l'herbe cependant on n'en apper- 



o.8 The Graffenried Manuscript C 

coit que la ou il y a du bétail, pour les femmes elles ont plus de 
peine a s'en garantir, les homes en portant des bas de peau en 
sont quittes, les paysants qui ont la peau plus dure ne s'en sentent 
pas tant, cela ne dure que certains mois de lannée. 

Petite historiette du Roitelet de Chatoucka et de les Indiens. 
Chacun de mes Colonistes s'accomodant le mieux possible 
et selon sa capacité et adresse, Il sagissoit de n'en pas faire 
moins en Ville. Suivant la permission que j'avois et les privi- 
leges ie choisis dans une pointe de Terre — entre Trente et Neuws 
River, Endroit ou il y avoit un Roytelet Indien avec ses gens en 
une 20 e de familles le lieu s'appelloit Chatoucka; Il en est fait 
mention pag 6. Nous lavons achepté si cher accause de sa situa- 
tion advantageuse, Il sagissoit dont d'avoir ma place libre L'ar- 
penteur gen: Lawson qui l'avoit vendue voulloit que j'en dechas- 
sosse les sauvages mais ie n'en voulus rien faire bien loin de 
cela je me suis mis avec Eux acheptant d'un de ses Indiens une 
petite etndue de Terre ou je bastis ma Cabane en attendant 
mieux et fis même une espèce d'alliance avec ce Roitelet nomé 
Taylor et son monde, cela ce fist solennement quelq peu de tems 
après voyant que ces sauvages ne pouvoient s'accorder avec mes 
gens ny les miens avec les sauvages ie m'advisoy de leur pro- 
poser d'achepter encore une fois cette terre d'Eux et de leur as- 
signer un autre endroit ou ils pourroient demeurer aussi comode- 
ment et sur la même Riviere pas loin de ce lieu, ils commencè- 
rent de goûter mes raisons et on tient pour cela une assemblée 
solonelle./ 29bls Puis que je suis en mattiere de ces Sauvages 
avant que de parler du plan & fondation de la villette de Neu- 
berne je continue ou j'en suis resté avec les Indiens et diray 
aussi quelq chose de leur culte & de ce qui s'est passé. 

Payement des Terres de Chattouka aux Sauvages. 
Nous convînmes dont d'un jour pour faire notre accord. 
Ce Roitelet ce mist sur son propre mais d'une manière si cro- 
tesq qu'il paroissoit plutost en singe qu'un home, il vint avec 17 
Peres de famille on ce mist en pleine campagne en rond a Terre, 
moy ie mis aussi tout ce qui pust briller le plus me fis apporter 



The Graffenried Manuscript C 99 

une chaise, et prenant a mon costé un truchement un sauvage qui 
parloit bon anglois i'entamoy la matière et le sujet de cette 
assemblée après leurs avoir représenté mes raisons ils dirent aussi 
les leurs, et a parler sans partialité ils avoient dans leurs opposi- 
tions des meilleure raisons que moy: Cependant on en vint en 
une bone conclusion: Je leurs fis quelq petits presants de petite 
valeur, et pour pris d'achapt ie livray pour ce Terrein de ques- 
tion au Roy deux boutellies de poudre soit 4 livre, une boutellie 
contenant 2 liv: de poudre et avec cela 1000 gros grains de 
dragée de plomb ; a chacun des assesseurs une boutellie de 
poudre et 500 grains de plomb de la dragée un peu grosse, après 
ie les fis bien boire de Rum, eau de vie distilée de la lie de sucre 
liqueur ordinaire de ces pays: et voicy la pacte faitte. 

Feste tenue avec les Indiens troublée pr. M. M. 
Cette feste fust pourtant troublée par la brutalité de M: M: 
qui pour avoir bu copieusement avec quelques Anglois qui vin- 
rent disner avec moy, perdit le Respect et vint insulter ces pau- 
vres Indiens prist le Chappeau du Roy et le jetta si loin qu'il 
pust, et entra dans le cercle prenant l'un de leurs orateurs qui 
parla un peu trop contre notre procédé, par le bras et le sortit 
du Cercle luy donant quelq coup ! Je fis dabord prendre ce Mr. si 
touffus par quelques uns de mes domestiques pour le mener a la 
maison ou ces anglois invitez luy tinrent compagnie l'amusant 
le mieux quils purent. Le lecteur ce peut aisément imaginer que 
leffect aura produit un procédé semblable, aussi Le Roy s'en 
plaignant me dit que si les Chretiens faisoient la paix et leurs 
alliances de cette manière qu'il ne voulloit rien avoir affaire 
avec Eux: Je ne manquay pas de luy répliquer qu'il ne faloit pas 
faire attention a ce qu'un brutal gouverné par la force des liqueurs 
avoit fait que ie l'en reprimanderois fortement, memement que 
ie l'envoyeray loin dicy, qu'il ne les insultera plus, et qu'ils ce 
dévoient tenir a moy, qu'ils pouvoient sassurer que jamais je ne 
leur ferois aucun mal pendant qu'ils voisineroient bien avec moy: 
Content de ma réponse et de mon meilleur traittement ils s'en 
retournèrent chez Eux. Ce M : quoy que depuis un peu de someil 
qui devoit luy faire passer les vapeurs, il se fust tranquilisé ie ne 



ioo The Graff enried Manuscript C 

scay quelle mouche le piqua, après les 10 heures du soir que 
ie fus couché croyant tout en repos, il ce leva et sen allast vers 
les cabines des Indiens trouvant encore L'orateur Ind: debout il 
le traitta fort mail, mais d'abord le/ 30 Roy avec quelques Indiens 
mirent le hola; et j'admire sa patience et discretion de ces sauva- 
ges, de n'avoir a leur tour rossé ce barbare Chrestien. Le lende- 
main le Roy avec ses Conseilliers ne manquèrent pas de ce 
plaindre après de moy, du mauvais traittement réitéré de ce brutal 
pis qu'un sauvage, avec menaces que s'ils estoient insultez plus 
outre qu'ils payeroient de même monoye ; j'eus assez de peine a les 
appaiser, les fis encore bien boire et les renvoyay avec asseurance 
que ie ferois partir cett home turbulant, et qu'ils ne seroient plus 
insultez. 

Raison pourquoy ie nome pas certain personage que jay trouvé 
de mauvaise foy le notant par deux M. M. 
Apres le depart des ces Indiens, trouvant mon home dans 
son meilleur sens ie luy parlay sérieusement d'affaires, Il sera 
parlé de ce personage bien souvant dans cette Relation mais ac- 
cause de ces Parents qui sont de distinction de qualité et de 
mérité jen ay de la Consideration, et ie ne le nome pas ne le 
dénotant que par deux MM: de 8 associez que nous estions il 
en estoit l'un, mais a notre perte & ma Ruine et plusieurs autres: 
Le Bon Dieu le Convertisse et luy done a Connoistre tant de 
mail qu'il a causé. L'arpenteur gêner: a esté punis par une ter- 
rible execution des sauvages pour ses crimes et mauvaise foy: Si 
celuy ne se convertit il pourroit luy bien arriver la même chose, 
ne vivant pas mieux qu'un barbare il pourroit bien être châtié 
par les barbares et mort parmi les Indiens. Mail content de luy, 
iay cherché des expedients pour l'envoyer autre part, Il fe mist 
dont en chemin pour arpenter les Terres le long de la Riviere 
de Weetock et pour cela ie luy fournis tout le nécessaire a son 
retour il ariva un de ses vieux Camarades de Pensilvanie dans 
une chaloupe et un autre bon drôle avec luy, Entre Eux 3 le 
partis fust pris de faire un tour vers Cap Fear et d'arpenter des 
Terres le long de cette Riviere nomée autrement Clarendon 
River. Et pour cela ils firent des provisions de bouche et des 
marchandises tant qu'il ne m'en resta presq plus rien cependant 



The Graffenried Manuscript C 101 

ils firent une vie de couchons et des debauches outrées, ce manege 
ne me plaisant pas i'y fis mes Refrlexions, et un mattin avant 
qu'ils eussent déjeunez je leur representay que de la manière 
qu'ils s'y prennoient ie voyais qu'ils avoient plustost envie de 
ce bien divertir que pour faire une besogne nécessaire & profit- 
able que j'avois besoin de ces marchandises pour subvenir a ma 
nécessité et celle de la Colonie, que nous avions pour le present 
assez de Terres, qu'il faloit voir premièrement cornent réussirai- 
ent nos Colonistes, que puis qu'il faloit des grandes sommes 
pour soutenir une Entreprise de cette importance il faloit plus- 
tost songer a ce procurer de quoy pour subsister que de faire des 
dépenses inutiles et pas encore nécessaires etc. ma proposition 
déconcerta ces bons débauchez, et ils firent tout leur possible 
pour me desabuser mais ma resolution fust ferme et ie repre- 
sentay a MM: Quayant tant fait de bruit de ces mines d'argent 
que/ 31 même on en estoit venu a des Traittés authentiques tant 
avec Mons. Penn Propriétaire de Pensilvanie qu'avec J : Justus 
Albrecht chef des mineur d'Allemagne qui n'attendoit que nos 
ordres pour les faire vennir, que cestoit la ou il faloit travailler, 
quils dévoient dont aller a Philadelphia (Cap. de Pensilvanie) 
pour notifier a Mr. le Gouverneur mon arrivée en ces Pays, luy 
remettre notre Patente de Mr. le Prop: Penn & luy dénoncer 
qu'estions en dessein d'aller visiter les mines de question et 
que pour cela il nous donne l'assistance nécessaire, qu'après que 
le tout seroit prest et en bonne ordre asseuré contre les Indiens, 
que ie my transporterois etc. Ces deux drôles cy devant Com- 
pagnions de M:M: lors qu'il allast avec plusieurs autres a la 
découverte de la mine de question gousterent ma proposition et 
encouragèrent M:M: a cette expedition, il y dona a la fin la 
main, et partirent fournis des mêmes provisions qu'ils avoient 
prises pour le petit voyage de Clarendon R. 

Quelq iours après leur depart le Roy avec quelques de ses 
Ind: me vint trouver, ne sachant pas que pour d'autres sujets 
i'avois fait partir M:M: me témoigna bien de la joye de ce que 
je les avois délivré de cett home dangereux, et cett affaire me 
fist beaucoup de bien dans ma Captivité de Cathechna ou ce Roi- 
telet parla en ma faveur. 



io2 The Graffenried Manuscript C 

Visite les Indiens de Cores. 

La dessus nous nous promimes réciproquement bon Voisin- 
age, et les Indiens quittèrent bientost après cett endroit pour ce 
placer au lieu assigné pas loin delà. Quelq tems après je fis un 
tour a Cor Towne a 10 milles de Chatoucka, ou ie fis assembler 
les sauvages pour leur proposer que me trouvant dans leur Voi- 
sinage que ie pretendois de vivre bien avec Eux avec offre de 
mes services, cela fust bien receu, mais corne il y avoit deux 
chefs dans le Village l'un nomé Cor. Tom, & lautre Sam, le 
premier Enemy des Anglois et L'autre amy qui fust absent, ie 
n'y pus pas tout a fait régler ce que j'aurois bien souhaitté, Cepen- 
dant assez content de leur acceuil ie m'en retournay le même 
jour chez moy. Ce village de Cor est très bien situé il y a un air 
plus frais borde la Riviere de Neuws. Si ces Indiens auroient 
voulu changer de place j'en aurois eu bien envie. 

Culte, Religieux des Indiens de Chattoucka et de ce qui sy est 
passé. Plainte du Roy Ind: contre ccluy qui avoit taillé un 
de leur Idole. 

Venant de parler seulement cy dessus des Ind. de Chattoucka 
ie diray encore quelq chose de leur Culte, Religieux pour con- 
tenter la curiosité du lecteur, et de ce qui s'est passé avant leur 
depart. Ils avoient une sorte d'hautel entrelassé artificieusement 
avec des batons ou perches et voutéz en Dome, au bas il y avoit 
un petit portail sans porte par ou on mettait les offrandes, au 
millieu de cette Chapelle Indiene il y avoit une Concavité ou ils 
mettoient en offrande/ 32 des fasioles, Coralles et autres baga- 
telles. Contre le soleil levant ou oriant, il y avoit un potteau de 
bois plantez en terre, dont la tête estoit assez bien taillée, repré- 
sentant celle d'un beau jeune homme ce potteau estoit paint moitié 
en rouge & moitié en blanc devant cette posture il y avoit une 
perche en façon de sceptre (car le bout estoit couroné) aussi 
en couleur rouge et blanc plantez en terre. Cette figure repré- 
sentait le bon Esprit La Divinité qu'ils reverent. Contre l'occi- 
dent il y eut aussi un potteau plantez en terre en couleur de noir 
et rouge et le visage paroissoit affreux ce qui representoit le mau- 



The Graffcnried Manuscript C 103 

vais Esprit ou Demon lequell ils connoissent mieux le craignent 
mais ne Payment pas. Pour divertir le lecteur ie racconteray 
icy ce que mon Granger fist au sujet des deux statutes, en passant 
auprès il fust tellement scandalisé de ce que la statue qui repre- 
sentor le demon fust peinte de noir et rouge, Couleur de la 
ville de Berne, Capitale de son Souverain qu'il fendist cette 
statue d'un coup en deux avec sa hache, a son retour a la maison 
il ce venta corne d'un action heroiq disant que d'un seul coup 
il avoit fendu le Diable en deux. Il est vray que cette farce me 
provoqua un petit sousris, mais pourtant ie n'approuvay pas 
l'action : Bientost après ce pauvres Roitelet Ind : tout outré de 
ce sacrilege, vient ce plaindre après de moy: Je luy dis au 
Comencement seulement en raillant que c'estoit que le méchant 
jdole qu'il avoit taillé en piece qu'il n'y avoit pas grand mail, 
mais si mon granger avoit gâté (ie me suis bien gardé de le 
nommer mais dis un de mes ressortissants) le bon jdole que ie le 
punirois rigoureusement, que pourtant j'y mettrois de si bons 
ordres qu'a ladvenir cela n'arriveroit plus. Voyant que ce Roi- 
telet n'attendoit pas raillerie ie me remis sur mon sérieux et luy 
dis que laction de l'home qui avoit gâté cette statue ne me 
plaisoit pas, que le Roy ne devoit indiquer cett home que ie ne 
manquerais pas de le chastier, mais il ne pouvoit scavoir qui 
l'estoit puis que le granger fust seul quand il couppa ce potteau 
et prist bien garde si persone ne le verroit. Pour appaiser ses 
Indiens ie fis boire le Roy et sa suitte et les renvoyay un peu plus 
contents. J'ay au reste remarqué que ses Indiens avoient quel- 
que chose de plus aprochant du Christianisme que les Ind : 
plus éloignez ils ont encore quelq bons sentiments, et j'ay eu un 
entretien avec un de ces Roitelets voisins qui ne repugnoit pas 
beaucoup pour ce faire Chretien, de la manière qu'il me raisonoit 
en l'instruisant on l'auroit pu ammener a nous et si j'avois 
demeuré plus longtems en Caroline j'aurois fait un essay. Pour 
grossir ma Relation jl y auroit encore plusieurs choses a dire de 
ces sauvages et de ce qui est passé plus outre parmy Eux, mais 
ce n'est pas icy mon but, et il est tems de parler de ce que j'ay 
fait pour meilleur établissement de ma Colonie./ 



io4 The Graffenried Manuscript C 

33 Fondation de la petite ville de Neuberne. 

Ayant eu jusques icy des occupations plus pressantes Je 
n'avois pas fait encore grand chose pour l'Etablissement de la 
Ville, me trouvant un peu desoeuvré je pris l'arpentier general 
avec moy et son Clerc pour faire le Plan de cette nouvelle Ville. 
Corne en Ameriq on n'ayme pas être logé a letroit affin de jouir 
d'un air plus pur. Fordonay dont les rues bien larges et les mai- 
sons bien séparées l'une de lautre, ie marquay 3 arpents de Terre 
pour chaq famille pour maison grange, jardin, verger, chenevier, 
basse cour et autres places, je partagay la Ville en Croix et au 
milieu ie destinay l'Eglise, l'une des rues principales tendoit des 
le bord de la Riviere de Neuws droit avant dans les bois et lautre 
rue principale croisoit depuis la Riviere de Trent jusques a la 
Riviere de Neuws: après cela nous plantâmes des picquets pour 
marquer les maisons et faire les deux premieres rues Capitales 
le long et au bord des deus Rivieres et la miene estoit située a 
la pointe: Et corne les artisans sont mieux en ville quaux Planta- 
tions, ie leurs donay quelques privileges, au lieu que les habitants 
ou nouveau bourgeois estoient obligez de me payer annuellement 
pour mon droit et les 3 arpents de Terre un Escublanc, les gens 
de mettier estoient francs pour 10 Ars les autres seulement pour 
3. J'eus d'abord un bon nombre qui comencerent a coupper du 
bois pour faire leurs maisons. II y eust deux Charpentiers, un 
masson, deux menuisiers, un serrurier, un mareshal, un ou deux 
cordoniers, un tailleur, un munier, un armurier, un boucher, un 
tisseran, un tourneur, un sellier, un vitrier, un potier & tuillier, 
faiseurs de moulin daux, un médecin, un chirurgien un maître 
d'escole ; il y avoit encore ça et la aux Plantations encore quelques 
artisans, il ne manquoit encore qu'un ministre et un attendant 
celuy que ie faisois venir d'Allemagne, ie fis la fonction lisant a 
la manière Angloise le sermon, ayant même permission de Mr. 
l'Eveque de Londre de marier et babtiser, pour comunier j'en fis 
venir un ministre l'an une fois de Virginie. Il vint de Virginie 
un ministre qui preschoit en Anglois & Francois et je lavoy en- 
gagé pour ma Colonie estant très content de venir moyenant les 










& 






a. 
1&. JftJiantr 



feSÂ!^r, L ** 







Wl.V.K DER STADT N'EU-BERNE 1710. NACH EINEM PLAXE DER BIBILOTHEK VON MOLINEN. 



The Graffenried Manuscript C 105 

50ft St. que la Chambre de Londre de propagande Fide, ordone 
en semblable cas & une discretion raisonable que la Colonie en 
general feroit. 

Dans la Province aucun endroit fort de seureté. 
Apres qu'une partie de ses artisans eusent leurs Charpente 
preste et qu'il s'estoient au moins mis a couvert en attendant mieux 
et que jeus aussi accomodé un peu mieux la miene il sagissoit de 
doner un nom a la Ville ce que nous fîmes en grande solennité et 
nous joignîmes au nom de Neuws celuy de Berne, ainsi la villette 
fust babtisée Neuberne. Pour le comencement il ce devoit établir 
seulement dun mois une fois un marché et une fois l'an une 
foire. Enfin il y eut plusieurs autres règlements; Quand Mr. 
le Gouverneur le Conseil et beaucoup de Planteurs de Caroline 
eurent advis de notre établissement ils prirent non seulement 
touts en vie de sy loger mais effectivement ce firent marquer des 
lots, cela veu dire des places limitées./ 34 Et ils avoient raison, 
car dans toutte la Province il n'y avoit pas un seul endroit de 
seureté, ils n'avoient n'y provision générale de bouche ny de 
munitions de Guère, ny d'armes chacun estoit pour ainsi dire 
abandoné a la geule du loup si les sauvages estoient des gens 
un peu mieux fait a la guère ils auroient pu détruire les habitants 
de cette province quand ils auroient voulu si le Bon Dieu n'auroit 
pas mieux veillez ces Carolins légers, il n'en seroit pas resté 
un ame. Il y eust beaucoup de persones de Pensilvanie et plu- 
sieurs de Virginie qui prirent des lots, tellement qu'en peu d'an- 
nées on auroit une jolie ville & on y auroit transféré le Gouver- 
nement d'autant que Little River ou la Grande assemblée ce 
tenoit, il n'y avoit que quelque peu de maisons dispersées ou on 
estait fort mail et point en seureté. 

Construction d'une redoute nomée Mellfort. 
Pendant que ce m'occupois a établir de mon possible les 
affaires de ma Colonie, ayant même pour la seureté de la Colo- 
nie d'enhaut vers mellcreek fait construire une redoute pour 
tenir les Indiens en bride de ce coté: et fait aussi plusieurs règle- 
ments & ordonances tant pour le militaire que pour le Civil, mes 
provisions de vivres comencerent a diminuer et les marchandises 



io6 The Graffenried Manuscript C 

qui sont en ces pays comme de largent content aussi ; tellement 
que je comencois a faire des Remexions bien sérieuses sur mon 
entreprises, bien loin de recevoir aucune assistance et secours 
soit de la Province ou des Lords Prop: soit de mon Pays et de 
ma Société, au contraire il arivoit des billets de change protestez ; 
dans cette mauvaise situation d'affaires, ie ne scavois plus ou me 
tourner, ayant desia écrit plusieurs fois au pays & a la Société 
pour du secours n'estant suivis aucune réponse et de crainte quon 
ne prenne mes informations que pour des Contes, ie m'advisay de 
sonder si ie ne trouverois pas quelqu'un de la Colonie qui dé- 
goûté de ses misères eust envie d'aller au pays, j'en trouvay un, 
qui estoit justement un personage que deux membres de la so- 
cité avoient choisis pour soigner leur Plantation, mais qui voy- 
ant que ces messieurs ne fournissoient pas de quoy pour soutenir 
prist la resolution d s'en retourner chez luy me promettant même 
qu'il ne m'en couteroit que les frais iusques en Pensilvanie je 
luy livray pour cela 5 guinés & un petit billet de change pour en 
recevoir autant a Philadelphie. Mais le drille quand il fust arivé 
a Philadelphie ne ce contenta pas de si peu, et trouva un mar- 
chant assez facile, qui sans mes ordres, sur mon Credit luy ad- 
vanca plus quil ne faloit a Londre il en fist de même, et a Am- 
sterdam aussi ainsi plus outre jusques a Berne, & nos Messieurs 
associez vien surpris de voir ce visage & bien plus de son effronte- 
rie et grand conte./ ? " 3 Cependant avant le depart de ce méchant 
Pellerin, j'avois fait & remis un plan du Terrein & des Rivieres 
ou j'avois placé ma Colonie et un mémoire de ce que j'avois fait 
pour cett établissement aussi bien que les frais que j'ay eu a ce 
sujet avec un Conte de tout & avec une lettre préparée pour les 
encourager a me soutenir en cette Entreprise laquelle quoyq très 
difficile au comencement mais en ayant surmonté le plus dan- 
gereux il a avoit belle apparence de réussir remettant le reste a sa 
relation qu'il feroit de bouche principalement concernant la 
beauté & bonté du pays: ce qu'il a bien remis, & suivant que j'en 
suis informé il avoit rien obmis de ce qui pouvoit tendre a lad- 
vantage de cett Etablissement, et sans doute j'aurois obtenu le 
secours nécessaire sans le malheur qui m'est arrivé peu de tems 
après, corne il est a voir si après dans ma Relation. 



The Graff cnricd Manuscript C 107 

Achepte deux bâtiments pour mener les provisions. Envoyé ma 
sloop a Barmuidc. 

Dans cett espérance, dun prompt secours & suffisant, voyant 
que les vivres pour la Colonie me coutoient plus de voiture que 
d'achapt par advis de bons amis & persones entendue, j'acheptay 
une sloop, un bâtiment propre pour s'en servir sur merz & dans 
les Rivieres, cecy pour lettres de change ; Ces bâtiments me firent 
grand service aussi bien qu'a la Province, come on verra cy 
après et ie fus même contraint a cett expedient accause qu'il y 
avoit fort peu de ces bâtiments dans la Province & pendant cette 
guère civile ils furent touts engagé ne pouvant en avoir ny pour 
argent cependant il faloit vivre. Il y avoit en ce tems une si 
grande disette de sell accause que les estranger n'osoient le 
hazarder pendant ces troubles pour en amener, que ie fus d'obliga- 
tion d'envoyer ma sloop aux Isles de Barmuides pour quérir du 
sell, et corne il falut quelq chose pour échanger j'obtins de Mr. le 
Gouverneur Hyde permission d'amasser des graines (cest icy du 
bled Lombard ) ca et la dans la Province sur le Comte des Lords 
prop, et le sien, mais le malheur voulust que par un grand orage 
ces bleds furent mouliez, ce qui gasta mon marché & le profit de 
ce voyage fust fort petit, ce pendant le sell que j'eus de Bar- 
muides me fist beaucoup de bien et a mes voisins, & fus bien con- 
tent que pour la premiere fois mon bâtiment fust sauve & de 
retour en bon état hormis les voiles qui estoient bien deschiréz & 
quelques cordages gatéz, il avoit esté absent si longtems que je 
croyois tout perdu, cela me devoit bien mettre en peine mayant 
coûté 300ft) sterlins ; mais le plus qui me mettoit en peine c'est 
l'équipage, j'y avois de très bon mattelots. 

Dans l'incertitude de ce que dessus pour me desennuyer, je 
suis allé quelq fois arpenter des Terres & ie ne peu de moins que 
de racconter icy une advanture assez particulière qui précéda celle 
de Cathechna ou ie fus pris captif par les sauvages./ 3C Un jour 
que j'alois arpenter des Terres, le tems s'estant changé prévoyant 
une grande tempête, n'aymant pas coucher dans les bois, ie lais- 
say mes arpenteurs et pris le chemin de la maison avec mon valet 
la grande haste fist que ie pris un sentier pour l'autre, qui fust 
si long que la nuict me surprist, et ie tombay justement parmy 



io8 The Graff enried Manuscript C 

les Indiens qui délogèrent de lendroit ou ie mestois placez a 
Chatoucka présentement : Neuberne. Je laisse a pencer le lec- 
teur dans quelle apprehension j'estois et si les sauvages n'avoi- 
ent pas beau jeu de ce venger contre moy si ie les avois maltraitté 
& que je n'eus pas bien vécu avec Eux ; nayant rien eu a me re- 
procher a cett égard, ie me rasseuray un peu & par bonheur ils 
me receurent très bien; ce qui devoit augmenter mon apprehen- 
sion estoit, qu'un des Chefs des sauvages de Core, qui n'estoit pas 
bien porté pour les Anglois ce trouva justement la en visite auprès 
du Roy Taylor. Cependant j'en fus quitté pour une petite peur: 
Corne j'estois fort altéré pour avoir parcouru les bois toutte la 
journée, de crainte que bevant tant d'eau elle ne me fist du mail, 
par surcroy d'honesteté ils envoyèrent auprès d'une femme ma- 
lade qui avoit du sidre pour m'en faire avoir, ie ne l'apris que 
quelques jours après sans cela ie n'en aurois pas tant bu & ie 
me serois fait de la peine de priver cette pauvre malade d'une 
boisson dont elle en servoit plutost pour un cordial que pour con- 
tenter son palais; Pour mon souper le Roy me fist present d'un 
quartier de Venaison, mais ie me passay ce soir de soupper, 
fatigué de ma course ie fus bien aise de me reposer, ie fis donc 
tendre par mon valet ma petite tente pour y coucher mais ie ne 
dormis guère : Ils firent toutte la nuict des feu de joye dansant et 
chantant a l'entour faisant quelq fois des Corus & des cris qu'on 
auroit chassé les loups du bois, musiq différente de celle d'orphée 
qui apprivoisoit le bestes les plus farouches. Le Lendemain de 
bon mattin le Roy me dona pour convoy deux sauvages qui me 
mirent en bon chemin et m'accompagnèrent a la maison après 
leur avoir doné bien a manger & a boire ie leurs remis un petit 
present, pour le Roy Taylor & en place de son sydre ie luy en- 
voyay deux boutellies de Rum ou brantevin de sucre pour en 
faire part aussi a la pauvre malade cordial bien meilleur, ce qui 
fust très bien receu a ce que j'ay apris : Ce même Roy ne con- 
tribua pas peu a mon élargissement après l'assistance divine lors 
que ie fus condamné a mort par les sauvages de Catechna./ 

37 De quelle manière je fus pris prisonier des sauvages, con- 
damnez a mort & miraculeusement délivré; ce qui ce passa parmy 
les sauvages & ce que j'ay observé; Corne a la fin ie pus retournez 
et arivé a Neuberne, est a voir cy après. 



The Graffcnried Manuscript C 109 

Relation de mon advantnre tragiq vers Catechna. 

Un jour qu'il fist très beau même aparence d'un terns con- 
stant, L'arpenteur general Lawson vient m'inviter pour monter 
la Riviere de Neuws, me disant qu'il a avoit le long de cette 
Riviere quantité de bons raisins que nous pourrions ceuillir mais 
ce sujet fust trop foible pour m'y persuader; quelq iours après 
il revint me donant des meilleures raisons, assavoir que nous 
pourrions en même tems voir si la Riviere estoit navigable bien 
en haut que d'une certaine hauteur on pourroit faire un chemin 
par Terre en Virginie au lieu qu'il faloit passer le grand sound, 
un golfe, et tant de Rivieres larges, que ce chemin seroit bien 
court, au lieu que la routte ordinaire estoit éloignée et difficile, 
jtem pour voir en même tems le Pays d'Enhaut : Il a avoit desia 
longtems que ie desirois scavoir et voir moy même le distance 
de News vers les montagnes, item la situation & bonté de ces 
Pays. 

Nous sommes découvert par notre Ind: passant avec le cheval au 
Village de Catechna. 
Persuadez par les motifs que ie viens dire, ie me preparay 
pour un voyage de 1 5 jours, prenant avec nous tout ce que jugions 
neccessaire pour ne manquer de rien et avoir aussi nos comoditéz, 
demandant toutte fois Mr. Lawson en particulier, s'il y avoit 
du danger des Indiens de par la principalement de Ceux que 
nous ne conoissions pas & dont nous en estion pas connu, il me 
repondit non ayant fait desia ce voyage sans aucun danger, outre 
que vers cette branche de la Riviere ou nous tendion il n'y avoit 
point de sauvages, & que s'il y en avoit qu'ils en etoient bien éloig- 
nez. Et affin que nous ayons moins a craindre nous primes avec 
nous deux Indiens sauvages voisins, qui scavoient la langue ang- 
loise et que nous connoissions pour bons amys leurs ayant fait en 
mon particulier beaucoup de bien dans la ferme persuasion qu'ils 
nous serviroient de sauvegardes auprès des Indiens étrangers, nous 
les joignîmes dont a mes deux nègres pour ramer : cependant 
L'arpent. Lawson me proposa de prendre avec nous mes deux 
chevaux disant qu'il me seroit trop pénible & que ie ne pourrais 
endurer la fatigue d'aller si loin par les bois, prévoyant les in- 
convénients ie me fis de la peine de prendre avec nous ces chevaux, 



no The Graff enried Manuscript C 

a la fin il me persuada d'en prendre au moins un que nous 
fismes mener par l'un des Indiens avec le reste de notre equipage 
nous montâmes dont la Riviere & continuâmes parfaitement 
bien notre routte ; des longtems il n'avoit fait/ 38 de la pluye & 
la Riviere estant moins profonde le cours de leau fust moins fort 
ce qui facilita beaucoup notre voiture, tout le jour nous estions 
sur leau la nuict nous tendimes nos tentes au bord de la Riviere ou 
au moins pas loin du bord pour nous reposer & cuire notre soup- 
per & le diner pour le lendemain, et le bon mattin nous passâmes 
outre. Cependant notre Indien ne pust nous suivre toujours le 
long du bord ou près de nous, il falust passer la Riviere en un 
endroit ce qui fust cause de notre malheur, cae L'Indien vient 
vers le grand village de Catechna (ie ne scay s'il ce fourvoya du 
chemin ou s'il le fist par trahison) ou on le demanda d'abord ce 
qu'il faisoit avec ce cheval, car les sauvages ne s'en servent pas 
par la. Il repondit, qu'il le devoit nous amener, ne sachant rien 
de cela nous continuâmes toujours de monter la Riviere (ce qui 
allarma d'abord les habitants de Catechna qu'ils assemblèrent tout 
le voisinage, gardant le cheval & disant a notre Indien qu'il devoit 
aller promptement nous advertir de ne pas passer outre, que deviens 
rebrousser chemin par ordre du Roy qui residoit la. L'Indien 
nous dona le signal par un coup de fusil pour nous arrester ce 
que nous fîmes aussi après avoir repondu de même. Il fus desia 
tard lors qu'il nous aporta cette méchante nouvelle nous abordâ- 
mes vers la premiere fontaine ou source d'eau, affin d'y prendre 
notre quartier, mais nous rencontrâmes desia la deux sauvages ar- 
mez corne s'ils venoient de la chasse, je dis la dessus que cela ne me 
plaisoit pas, que nous ne métrions pas pied a terre mais rebrous- 
serions chemin. L'arpenteur gen : ce mocqua de moy, et voulust 
absolument aborder, mais a peine avions nous mis pied a terre 
la chose devient sérieuse et le rire luy passa. 

Une trouppe de sauvages armez nous arrcste et nous mené priso- 

niers auprès du Roy Hencock. 

Dans un clin d'oeuil une si grande quantité de sauvages 

sortants hors des buissons, d'autres passant a la nage la Riviere 

nous surprirent tellement qu'il nous fust impossible de nous def- 



The Graffcnried Manuscript C ill 

fendre, a moins qu'eussions témérairement voulu risquer notre 
vie et attendre des traittements les plus cruels & barbares ; Il 
falust dont nous rendre a une si grande foule de sauvages & 
plus barbares si nous leurs avions résisté dans lesperance que 
quand le Roy & son conseil auraient ouis nos bones raisons nous 
serions libereéz : après nous avoir pillez et jette dans la Riviere 
nos provisions hormis quelques biscuits de pain que quelques uns 
d'eux prirent, ils nous prirent prisoniers & nous amenèrent. Nous 
avions desia fait deux puissantes journées guère loin d'un autre 
village nomé Coerutha, & nous ne pûmes découvrir encore aucune 
montagne ny monticule, la Riviere y estoit encore assez large et 
auroit esté navigable par des batteaux plus gros, restoit la grande 
sécheresse qu'il fist alors./ 

39 Reception du Roy Hencock. 

Nous avions prié les sauvages de nous laisser en cett en- 
droit pour cette nuict avec quelques gardes s'ils doutoient de 
nous, que ie ne pourrais aller si loin a pied ayant les jambes fort 
foibles que le mattin nous descendrions la Riviere pour voir le 
Roy a Cathechna & nous justifier, mais nous ne pûmes obtenir 
cette faveur, une capture si rare et considerable les rendit fiers, 
car ils me prirent pour le Gouv : de la Province même, nous 
fumes dont contrainct de courir avec Eux toutte la nuict par brus- 
sailes & marets, iusquace que nous fumes arivé environ 3 heures 
du mattin a Cathechna ou Hencock Towne, cela veut dire le vil- 
lage de Hencock, ou le Roy nomé Hencock estoit assis avec son 
conseil on gloire sur un espèce d'eschaffot quoy que les Payens 
ou sauvages ont de coutume de s'assoir a Terre. Apres une har- 
angue a ce qui paroissoit fort outrée dite par le Conducteur ou 
Capit e . de notre escorte, le Roy ce leva avec son conseil et vint 
auprès de nous avec le premier Capit e . de Guère nous aprochant 
et nous parlant d'une manière fort civile mais ie n'y entendis rien 
hormis Larpent 1 ". gen. qui scavoit un peu de leur baragoin, bien- 
tost après le Roy entra dans sa cabine, nous restâmes vers le feu, 
(Les Ind. faisant du feu partout ou ils s'assemblent ou s'arrest- 
ent) nous estions gardez vers ce feu par 7 ou 8 sauvages contre 
les 10 heures chacun de ses Ind. sortit de sa cabine l'un icv lautre 



ii2 The Graff enried Manuscript C 

la, on tient conseil, & on disputa beaucoup si nous deviens être 
liez corne des criminels ou non fust conclus que non puisque 
n'avions pas été encore entendus, environ midy le Roy nous ap- 
porta luy même a manger une sorte de pain fait de bled lom- 
bard (ils appellent ce pain DumplinsJ et de la venaison, dans 
son bonnet fort dégoûtant, quoyqu'a lordinaire les sauvages ne 
se couvrent pas, Il est vray que i'en mangay contre mon gre, en 
partie pour ne pas offencer le Roy, et que j'avois bien faim n'ay- 
ant rien mangé de 24 heures, et on nous laissa la liberté de nous 
promener dans le village en attendant la grande assemblée. 

Grande F este ou assemblée gen: des Ind: Sauvages a Hencock 

Town. 
Contre le soir il y eust une grande Feste ou assemblée de 
touts les lieux voisins, au sujet de deux choses, i°. il sagissoit 
cornent ce vanger du mauvais traittement que quelq méchants 
Carolins Anglois bordant & demeurant le long des Rivieres de 
Pamptego, News & Trent leurs avoient fait. 2°. pour sonder si 
leurs voisins Ind : seroient enclins a leur doner du secours. NB : 
on observera icy que cest ny nous ny notre Colonie qui fust la 
cause de ce terrible massacre & Guerre Indienne corne on le 
verra ca et la dans ma Relation et principalement pag 47 Le 
lecteur apprendra icy que les Ind. sauvages ont de coutume 
d'avoir touttes les Années une grande feste ou assemblée, tant pour 
régler leurs propres affaires, que pour negotier avec les marchants 
chrétiens qui sachant ce Rendezvous general qui ce fait générale- 
ment au mois d'8tobre, c'y trouvent./ 40 Apres le soleil couché 
ariverent une foule d'Indiens de tout cotez avec les Roys voisins. 
L'Assemblée des Grands corne ils noment leur supérieurs, con- 
sistant en 40 Anciens assis a Terre a lentour d'un feu a leur ma- 
nière fust a 10 heures du soir, sus une grande plaine particulière- 
ment destinée a des grandes festes et executions. Le Roy Hen- 
cock en fust President, il y eust dans le rond ou cercle une place 
destinée pour nous, ou il y eust deux matts faits de jon ou rose- 
aux, marque de grande defrerence et honneurs parmy Eux, nous 
nous mimes dont dessus. L'Arpent r . gen. Lawson et moy et 
notre parlier l'Indien qui estoit venus avec nous sachant la langue 



*^ 





H 




The Graff enried Manuscript C 113 

Angloise ce mist a notre gauche : Le Roy fist signe au parlier de 
L'Assemblée qui fist une harangue d'une manière grave & il 
fust ordoné que le plus jeune de L'Assemblée représente et dé- 
fende les interests de leur Nation, ce qu'il fis en meilleure forme a 
ce que Mr. Lawson m'a dit, il estoit assis proche de notre parlier 
& interprète. Le Roy fist les propositions & les questions et on 
disputa la dessus dabord et en très bon ordre pour et contre, 
après la consultation suivit la conclusion. 

Gravité de l'assemblée générale des Indiens. 
J'ay vue beaucoup d'assemblées considerables & d'importance 
et j'ay même assisté en quelques unes, mais j'ay esté surpris de 
la gravité & bon ordre de ses payens de leur silence moderation, 
obéissance du Respect envers les supérieurs, persone ne parle 
qu'a son tour et cela qu'une fois et avec une grande décence & 
modestie, on y remarquoit point de passion & on donoit assez de 
tems pour répliquer. Enfin tout ce passe en telle bienséance que 
ie puis bien dire a la Confusion & honte de beaucoup de Magis- 
trats chrétiens, que ce process fust démené en aussi bon ordre que 
d'aucun Juge chrétien, & ont si bien raisoné que i'en fus tout 
surpris. 

Examen. 

La premiere question fust, a quell but nous avions entrepris 
ce Voyage? Notre reponce fust que nous estions monté la pour 
notre recreation de ceuillir des raisins n'en ayants pas chez nous, 
mais que le principal sujet estoit pour voir si la Riviere estoit 
navigable iusques en leur quartier affin de leur apporter ou am- 
mener des marchandises par eau a meilleur marché dans le des- 
sein de negotier avec Eux et d'avoir bone correspondance par 
ensemble. Le Roy nous demanda plus outre pourquoy nous ne 
luy avions pas comuniqué notre dessein disant, que nous ne 
devions pas passer sus ses Terres sans sa permission que si nous 
l'estion allez voir il nous seroit arivé aucun mail & nous répondî- 
mes que si nous avions passé plus près de luy, que nous n'aurions 
pas manqué de le voir et que nous n'avions pas cru d'etre obligé 
de luy demander permission pour passer par la que nous exigons 
pas autant d'eux leur estant libre de passer sur les nôtres ; il fust 



ti4 The Graff envied Manuscript C 

répliqué que touttes ses Terres apartenoient a Eux les Indiens 
come legitimes Posseseurs et que les chrétiens n'en estoient que 
des usurpateurs etc./ 

41 Je repliquay encore que ie ne repondois pas pour d'autres, 
mais que pour moy que ie n'avois pas seulement achepté une fois 
mes terres, mais que ie les avois payé deux fois & bien chères, 
témoin le Roy Taylor qui estoit bien satisfait de moy, et que si 
mes Colonistes en possedoient des quelles Eux les Indiens en 
tendoient que ie le leurs offrois quoy qu'il soit fâcheux de payer 
deux fois une même chose les ayant payéez aux Seig r . Prop, de 
Caroline etc. 

Notre Libération. 

Apres cela on fist encore une plainte générale, que les habi- 
tants des Rivieres de Pamptego Neuws et Trent avoient fort mail 
traitté quelques uns d'entre Eux les Indiens ce qu'on ne pouvoit 
plus souffrir nomant les Autheurs et même L'arpenf. gen : Law- 
son present, qui d'abord s'excusa le mieux qu'il put. La dispute 
finie & la deliberation en suivie, l'assemblée conclut que nous seri- 
ons libérez, et on nomma le jour suivant pour notre retour. 



2* Examen. 

Le lendemain il s'écoula assez de tems avant qu'on nous 
amena notre Canou, ou petit batteau, pendant cett intervale quel- 
ques uns des Grands avec deux Roitelet étrangers vinrent curieux 
de scavoir quelles raisons de justifications nous avions furent la 
cause d'un second examen qui ce fist dans la cabine du Roy Hen- 
cock a 2 miles du village ou nous avions couché & d'où nous voul- 
lions partir pour nous en retourner chez nous : Nous fîmes dont la 
même reponce et primes bien garde de nous pas coupper, par mal- 
heur un Chef du village de Core estoit la, qui reprocha quelq 
chose a Mr. Lawson qui ne manqua pas de répliquer, la dispute 
devient forte ce qui gasta toutte notre affaire, quoy que ie fisse 
touts mes efforts pour faire cesser Lawson a disputer ie n'en pus 
rien obtenir. 



The Graff envied Manuscript C 115 

Dispute de Lawson avec Cor Tom Cause de notre malheure. 
L'examen finis nous nous levâmes touts, après en nous pro- 
menants nous deux ie reprochay a Lawson fortement son impru- 
dence dans une conjuncture si delicatte, a peine avoisie achevé de 
dire ce que ie voullois 3 ou 4 des grands vinrent fondre sur nous 
tout effarouchez, nous prenant par les bras, nous menèrent & 
nous posèrent bien rudement a Terre a l'endroit ou nous avions 
esté auparavant a l'examen, il ny eust point de matts posé de- 
vant nous, ils prirent nos chappeaux & nos peruques & les jet- 
terent au feu, après des jeunes méchants garniments nous pil- 
lèrent pour la seconde fois visitant nos poches ce qui n'ariva pas 
la premiere fois, ce tenant alors seulement aux choses esterieures, 
prenant nos armes, meubles, utensils etc./ 

iz Condamnation de mort de Lawson et la mienne. 
En suite on tient conseil de Guerre & on ce trémoussa beau- 
coup pendant toutte cette nuict quoy que nous ne scavions pas 
ce qui pouvoit être la cause d'un changement si subite, voyant 
cependant par les demarches de ces sauvages qui nous regardoient 
d'un oeuil fort irrité que nous estions en grand danger, nous 
fîmes touts nos efforts tant par bones raisons que par promesses 
pour ramener ces esprits irritez, y estant trouvé par bonheur un 
Indien du voisinage qui sceut l'anglois, nos Indiens de Chatoucka 
ny estant pas, sestant absentez, sans doute de crainte que si nous 
les avions en notre quartier par soubson nous les ferions passer 
mail leur tems; outre qu'ils estoient obligé de ce mesnager et ce 
bien garder de faire paroitre la moindre defference ou penchant 
pour nous ; nous fumes toutte la nuit assis a terre dans la même 
posture corne on nous y avois mis jusques a l'aube du jour & 
rien ne fust capable de les émouvoir, il y eust un Indien assez 
charitable qui m'advertist que nous estions en danger de notre 
vie, La nuit estoit bien obscure aussitost qu'on voyoit un peu 
pour marcher, une trouppe de sauvages nous menèrent a la grande 
place dexecution, méchant signe pour nous, je me tournay vers 
Lawson luy reprochant comme son imprudence & dispute altérée 
avec Cor Tom, estoit la cause de notre malheur & que ie voyois 
bien que c'estoit fait de nous, qu'il n'y avoit rien de meilleur que 



n6 The Graff enried Manuscript C 

de faire la paix avec notre Dieu & nous preparer a la mort ce que 
ie fis en mon particulier avec tout le zélé imaginable. 

En arivant au dit Lieu Le Grand Conseil fust desia assemblé. 
Je vis par hazard dans cette foule de monde un sauvage habillé 
en Européen, avant qu'on nous fist entrer au cercle ou plutost 
presenter devant nos Juges, ie luy fis signe me persuadant qu'il 
scavoit quelq peu d'anglois il vient, et ie le demanday sil ne 
scavoit pas la cause de notre condamnation. Il me repondit en 
me rechignant, pourquoy Lawson avoit disputé avec Cor Tom? 
Et pourquoy nous avions menacé de voulloir nous venger contre 
les Indiens? Sur cela ie pris l'Indien a coté luy promettant tout 
ce que ie jugois capable de le tenter, s'il voulloit m'écouter et 
racconter mon innocence a quelq Grands, j'avois assez a faire a 
le persuader, a cela a la fin il m'ecouta, ie luy raccontay dont que 
j'estois bien fâché que Lawson avoit disputé si imprudement avec 
Cor Tom, que les assesseurs du conseil de Guerre avoient bien vu 
et pu remarquer Eux mêmes que j'avois repris Lawson plusieurs 
fois qu'ainsi ie n'en pouvois rien, et pour ce qui estoit des men- 
aces qu'on n'y avoit pas seulement songé, qu'il y avoit sans doute 
un mesentendu, que bien loin de songer a aucune vengence nous 
aurions plutost cherché les moyens de recconoitre leur bone 
Justice & bon traittement, que d'ailleurs, si nous/ 43 avions parlé 
fort que cestoit a loccassion de cette dispute sus mentionée & de 
mes nègres contre lesquells Lawson avoit fait des plaintes pour 
quelques insolence, n'ayant eu autre parole que ce que ie viens de 
dire. Apres que l'Indien m'eust écouté ie luy reiteray mes pro- 
messes et il me quitta. Je ne scay si ce drôle aura dit quelq 
chose en ma faveur ou non, mais en 4 heures après les anciens 
grandes revinrent et nous menèrent sus la grande place d'exécu- 
tion, nous posant a Terre nous attachant les bras et les jambes 
avec une corde, ils en firent de même au plus gros de mes nègres. 

L'Arpent: gen: Lawson & moy posés et lies devant le Tribunal 

Indien. 4 Contretems Capital. Cérémonie d'exécution. 

C'est alors que notre triste Tragédie comenca jen feray icy 

un petit detail. Au meillieu de cette grande place nous estions 

assis a terre a la manière jndiene, L'Arpenteur general Lawson 



The Graff enried Manuscript C 117 

& moy, Liez & déshabillez iusque a la chemise & les Culottes, tete 
nue, derrier moy dans la même posture le plus gros de mes Nègres, 
devant nous il y avoit un grand feu, de la du feu une pe peau de 
loup a terre, tout près un sauvage debout dans la plus affreuse 
posture qu'on pust inventer avec une petite hache, qui ne bougoit 
de la place, ce fust le bourreau sans doute, plus avant il y eust 
encore deux peau de loup érigées ou pendantes a une perche 
plantée en terre, plus en delà il y eust une trouppe de canaille In- 
diene de jeune homes, femes et enfants dansents en des postures 
a faire peur dans un cercle, que le Conjureur, (c'est ainsi que 
les anglois le noment) autrement le Grand Prêtre, fist avec de 
la farine ou sable bien blanc, il y eust en dedans ou plus au 
meilleu encore un rond ou semblable cercle dans lequell fust ce 
Conjureur qui fist des menaces & exorcissmes faisant milles sin- 
geries & postures, a l'ouverture du rond il y eust encore deux 
sauvages assis a tere qui battaient un petit tambour chantants 
d'un ton fort lugubre qui provoqoit plutost des larmes & de la 
Colère que de la joye ; Lors qu'il y avoit une pause dans la dance, 
le Conjureur reccomencoit ses singeries aux 4 coins des officiers 
armez battant des pieds animèrent les danceurs et a la fin de 
la dance tirèrent quelques coups. Apres qu'ils furent lass de 
dancer, ils coururent touts dans les bois avec des terribles cris 
& hurlements, et revinrent bientost avec des visages fardez de 
noir rouge & blanc, une partie avec des Cheveux ouverts deffait, 
engraissez et parsemez de cotton et petites plumes blanches, une 
partie couverts de touttes de peticeries; Enfin ils furent mas- 
quez dune manière si terrible et affreuse qu'on les auroit pris plu- 
tôt pour une trouppe de Diables que pour d'autre creatures, avec 
cette nouvelle decoration ils reprirent leur dance & selon lecqui- 
page ils firent des postures. Ce terrible spectacle me remit en 
mémoire nos dances & mascarades Europeenes, come encore un 
reste des ceremonies payennes dont les chrétiens s'en devroient 
passer, et autant de plaisir que ie prennois autrefois a la dance 
autant d'horreur en ayie présentement, ne les pouvant regarder 
quavec detestation./ 

44 Contre le soir la trouppe cessa de dancer pour aller quérir 
du bois dans la forest affin d'entretenir le feu en divers endroit 



n8 The Graff enried Manuscript C 

particulièrement ils en firent un plus avant dans les bois qui dura 
toutte la nuit et si grand que ie crus que toutte la forest estoit en 
feu, & pas loin du cercle ou ils dansoient ils firent une grosse tiche 
de bois assez régulière et c'estoit sans doute la dessus ou nous 
devions être brûlez. 

Derrière nous il y eust une rangée d'Indiens armez pour 
gardes ne bougeant de leur poste jusqu'à ce que tout fust finis ; 
derrier cette garde estoit assis a leur mode le Conseil de Guerre 
en rond fort occupé en consultations: Tout le jour et toutte la 
nuit ie fus la grande devotion toujours au même endroit et dans 
la même posture résolu de mourir ; Helas ! mille pensée roulèrent 
dans ma Cervelle tout me revenoit en mémoire des mon jeune 
âge iusques autant que ie m'en pus souvenir jusques au moindre 
pecatilles: Je m' appliquay et mis en usage tout ce que j'avois lu 
dans la S te . Ecriture, Psaumes, et autres bon livres, bref ie me 
preparoy si bien que ie pus a une fin salutaire; ouy ce Dieu 
miséricordieux me fist tant de grace que j'attendois ma fin d'une 
grande fermeté quoy que ie prevoyois une terrible execution. 
Apres avoir souffert des grandes angoisses plus fortes que la 
crainte de la mort même il me resta pourtant ie ne scay quelle 
espérance quoy que ie ne vis aucune marque de délivrance de- 
vant moy, de même que ce présentèrent auparavant devant moy 
mes pechéz passez, ie trouvay en contre une grande consolation, 
considérant les miracles que le Seig r . Jésus avoit fait de son 
tems en Terre, cela me suscita une telle confiance, que j'adressay 
la dessus mes prières ardentes a mon Divin Sauveur, persuadez 
que mes prières seroient exaucées & qu'il changerait ces coeurs 
sauvages & barbares plus dures que des Rochers a m'estre plus 
favorables & qu'a mes fortes instances et representations ils 
seroient touchez de pitié & de commiseration pour me faire grace, 
ce qui ariva aussi par la miraculeuse providence Divine. 

Mon dernier Refuge et represation au Conseil de Guerre. 
Lorsque le soleil ce coucha le Conseil s'assembla encore une 
fois sans doute pour mettre fin a cette terrible & triste cérémonie 
& execution ; Quoy que liés ie me tournay un peu en ariere, sa- 
chant qu'il y avoit un parmi Eux qui scavoit assez bien la langue 



The Graffenricd Manuscript C 119 

angloise, et ie fis un discour fort succinct représentant mon in- 
nocence avec insinuation, qu'il dévoient bien songer ce qu'ils 
faisoient, que s'ils ne m'espargroient pas, La Grande & Puis- 
sante Reine d'Angleterre vangeroit mon sang & que toutte leur 
Nation seroit détruite ce qui me faisoit plus de peine que de 
perdre ma vie, plaignant les innocents qui patiroient avec les 
Coupables, disant plus outre/ 45 que je n'estois pas venue dans 
ces Pays en mon particulier, mais que i'avois menez ma Colonie 
par ordre de cette grande Reine, par excellence les Indiens l'ap- 
pellent la Grande Reine, et non pas pour leur faire de mail mais 
plutôt pour leur faire du bien, que ie pretendois de bien vivre 
avec Eux, ce qu'ils verraient en effects s'ils me libéraient, leur 
offrant en ce cas mes services etc. 

Notre execution suspendue Députés envoyés chez les Tuscoruros. 
Mon discours finis, j'observay qu'un des principaux Parent 
du Roy Taylor cy dessus mentioné & qui avoit témoigné me voul- 
Ioir du bien lorsque ie fus encore en liberté m'ayant apporté a 
manger, parla fortement en ma faveur a tout apparence, car on 
prist une resolution la dessus d'envoyer une deputation vers leurs 
voisins les Tuscoruros et un certain Roitelet nomé Tom Blount 
en grand credit auprès des Indiens de Pamptego & amy des Ang- 
lois qui fust bien porté pour moy; N.B. Les Tuscoruros sont la 
Nation dominante des Indiens de Nord Caroline et d'une partie 
de Virginie il y a 7 villages capitaux qui ont L'Empire sur ces 
trouppeaux voisins les tenant en certaine bornes et soumission. 
Leur Résultat fust qu'ils ne trouvoient pas matière suffisante 
pour me condamner a mort et que pour moy ils dévoient avoir 
des égards particuliers mais que pour L'arpenteur Lawson, ils 
feroient ce qu'il leurs plairoit. 

Les Indiens nie libèrent et Lawson remis a discretion du Roy 

Hencock. 
Je passay toutte cette nuit en des grandes angoisses ne sa- 
chant ce que voulloit dire ce grand silence et retard sur tant 
de bruit qu'on fist le jour, toujours lié au même endroit ie ne 
cessay pas de prier & soupirer continuellement cependant mon 



I20 The Graffenried Manuscript C 

pauvre negre me fist pitié, l'examinant et exhortant le mieux 
que ie pus, qui me dona plus de satisfaction que ie me l'imagi- 
nois, L'Arpenteur gen: someilloit presq toujours, et moy qui 
n'avois pas dormis de 3 fois 24 heures ie fus obligé de me peincer 
et me mordre les lèvres et les doits pour ne me pas laisser surpren- 
dre du someil en un tems ou touts les moments estoient si précieux 
pour sauver mon ame que la vie. Le mattin environ les 3 ou 4 
heures les députez revinrent de chez leurs voisins Tuscoruros 
après avoir sans doute fait le rapport de leur negotiation au con- 
seil, meis fort secrettement et sans bruit, un d'entre Eux vint 
vers moy pour me délier & detacher, ne sachant pas ce que cella 
devoit signifier, ie me soumis a la volonté du Tout Puissant avec 
une entière resignation reccommandant mon ame au mérite de 
mon Divin sauveur & suivant mon homme corne une pauvre 
brebis a la boucherie. Quelle surprise? quand a 10 ou 12 pas 
de la, L'Indien me dit a l'oreille d'un baragoin anglois, que ie ne 
devois rien craindre que ie ne seray pas tué, mais bien Lawson, 
je laisse a pencer le lecteur quelle emotion une semblable nouvelle 
a pu causer a une persone dans une semblable extrémité, dans 
cette situation ie fus tout intdis & come tombé des nues/ 46 d'un 
coté, ie ne me fiois pas bien a ce que l'Indien me dit, d'autre coté 
ie ne desesperois pas de la miséricorde du Tout Puissant, ainsi 
ie dis en moy même Seigneur tu es Tout Puissant et miséricor- 
dieux ta Volonté soit faitte: a peu près de 20 pas plus outre ie 
rencontray une multitude d'indien hommes femmes et enfants 
qui unanimement témoignèrent de la joye de ma délivrance avec 
des acclamations que les bois en retentissoient & d'abord un de leur 
grandes m'apporte a manger, mais je n'eus pas appétit. Le 
même Indien après nous être reposez un peu me ramena sur la 
vielle place mais un peu plus avant, ou le conseil fust assemblé 
me félicitants a leur manière avec un sousris; Cependant L'Indien 
qui me ramena me deffendis en chemin faisant de ne rien dire a 
Mr. Lawson même de ne luy pas parler sous peine de Vie, mon 
negre fust aussi libéré mais ie ne le revis des lors: Le pauvre 
Lawson restant toujours au même endroit, voyant bien que c'es- 
toit fait de luy, prist congé de moy me priant de saluer ses amis. 
Helas! ie fus bien touché de le voir dans un si grand danger et 



The Graffenried Manuscript C 121 

de n'oser luy parler ny luy doner aucune consolation ie luy te- 
moignay ma condoléance par quelques signes. Un peu de tems 
après celuy qui parla en conseil en ma faveur me prist par la 
main et me mena dans sa cabine, ou ie me devois tennir que 
jusques a des nouveaux ordres. 

L'exécution de l'arpenteur gen: Lawson. 

Cependant on excuta le malheureux Lawson L'arpent: gen- 
eral, pour ce qui est de la forme d'exécution ie ne scay rien de 
bien precis. J'ay bien entendu dire de quelques Indiens qu'il fut 
menacé de lui couper la gorge avec le rasoir qu'on trouva dans 
sa poche ce que me dit aussi le petit nègre qui ne fust pas exécuté, 
avec cette circonstance que ne l'ayant pas pu achever on luy dona 
un coup de hache et après il fust mis sus la tiche de bois ou il 
fust brûlé avec les os en cendre. 

Les Indiens déclarent de vouloir faire la Guerre aux Carolins et 
qu'ils ne pouraient laisser retourner, tellement quil me falut 
rester plusieur semaines par la. 

Le jour après l'exécution de l'Arpenteur general les Princi- 
paux du Village & des environs me vinrent voir me donant advis 
qu'ils estoient en dessein de faire la Guerre aux Carolins, qu'ils 
en voulloient particulièrement a Ceux des Rivieres de Pamptego, 
Trent & Corsound qu'ainsi ils ne pouvoient encore me laisser 
aller chez moy par des bones raisons iusquace quils ayent achevé 
leurs expeditions; Que faire? il falut avoir patience car touttes 
mes raisons n'y firent rien, il m'estoit pourtant bien sensible d'en- 
tendre de si méchantes nouvelles et me voir hors d'etat d'em- 
pêcher ce malheur, ny seulement pouvoir doner le moindre advis 
a mes gens: Il est vray qu'ils me promirent qu'il n'ariveroit au- 
cun mail a Chatouka endroit de ma Residence et que ceux des 
Plantations dévoient ce retirer en ville, que sans cela ils ne re- 
pondroient pas du mail qui leurs en ariveroit./ 

47 II est vray que c'estoit des bones paroles, mais cornent le 
faire scavoir a mes peuvres gens puis que pas un Indien voul- 
loit porter l'advis. 



122 The Graffenried Manuscript C 

Le Sauvages remettent de leur brigandage avec leur butin et des 
prisoniers Carotins. 
Ceux qui commencèrent ce pillage et brigandage etoient au 
nombre de 500 homes bien armez partagés en plottons ils etoient 
de divers endroits, partie de Tuscoruros (mais aucun des prin- 
cipaux), des Marmusckits, Bay, Weetock, Pamptego, News, 
Trent & Cor Indiens, attaquant de nuict ou de grand mattin a la 
sourdine une Plantation icy et l'autre la quelques uns en surpri- 
rent même le jour, venant come amys ce faisant doner a manger 
tenants bone mine jusqua ce quils virent occassion a jouer leur 
coup pour les massacrer, sestant doné le mot de faire leur hor- 
rible expedition en un même tems ils firent un terrible brigan- 
dage, grand nombre de Carolins furent tuez les femmes et les 
enfants fait et ammenéz prisoniers, de ma Colonie il y en eus 
près de 70 tuez et prisoniers. Peu de jours après ces Brigands 
revinrent de leur expedition avec leurs butins: Hela! quell triste 
spectacle pour moy, le coeur me fendist presq quand ie vis am- 
mener ces pauvres femmes et enfants prisoniers, ie pouvois pour- 
tant leur parler mais avec bien de precautions, les premiers vin- 
rent de Pamptego les autres de News et Trent ; Justement l'In- 
dien chez qui ie logois amena avec luy un jeune garçon fils de l'un 
de mes grangers, beaucoup d'habits & de meubles que ie con- 
noissois, ce qui me fist bien aprehender qu'il y avoit du mail pour 
ma Colonie, ie ne manquay pas de veiller l'occassion pour parler 
seul et a l'insceu des Indiens a ce garçon pour m'informer ce qui 
s'estoit passé par la ; il me racconta dont avec des larmes que 
notre hoste avoit tué son Père, sa Mere, son frère, voire toutte 
la famille par la ie pouvois conclure ce qu'en estoit des autres 
quel Crevé Coeur que j'en eus d'un traittement si barbare & d'une 
perte irreparable tendant a ma Ruine totale, il faloit encore bien 
me garder de faire le moindre semblant de desaprouver un si hor- 
rible brigandage: Lorsque ie fus un peu reassuré de l'appuis de 
Mons. le Gouverneur de Virginie come on le verra cy après par 
le mandat quil envoya a la Nation des Tuscoruros, je leurs en fis 
pourtant des reproches pourquoy ils avoit si mail traitté mes gens 
ils me repondirent qu'estant meléz parmy les Carolins qu'on ne 
pouvoit les connoitre & qu'ils dévoient ce retirer a Chattoucka 



The Graff enried Manuscript C 123 

que la il ne leur seroit arivé aucun mall, outre qu'a l'expédition 
de News et Trent la plus grand part estoient des Indiens voisins, 
que pour Eux ils avoient agis presq touts le long de la Riviere de 
Pamptego. Ces raisons pouvoient passer pour des sauvages, mais 
semblables petites excuses n'auroient eu lieu auprès des Euro- 
péens, il falut m'en contenter sans beaucoup raisoner./ 

48 Je fus obligé de rester encore plusieurs semaines parmy 
ses sauvages, autant que ie les trouvois auparavant raisonables et 
équitables en leur Grand Conseil concernant mon examen autant 
les trouvay ie desraisonables et barbares en cette action de brigan- 
dage: Le lecteur peut bien s'imaginer que j'y ay passé ce tems 
de ma detention bien triste toujours en crainte dangers et cha- 
grins inexprimables. Je feray icy que la narration de ce que iay 
remarqué de leur culte Religieux & autres choses qui c'y sont 
passées pendant mon triste séjour en ces endroits. 

De crainte que les Tusc. m'enlèvent deux femmes me cachent dans 

la brussaille. 

Lorsque les Tuscoruros passèrent pour lexpedition de leur 
brigandage, de crainte que ie ne fus mail traitté et enlevé par ces 
sauvages étrangers, les hommes des Catechna estants desia par- 
ties deux femes vinrent touttes estoufflées pour me prendre et 
me cacher dans le fond d'un petit valon plain de roseaux et de 
brussaille il falut my coucher couvert de ces roseaux iusqu' a 
ce que ces Indiens étrangers fussent passez, cela me durant trop 
longtems ie m'y suis ennuyé et ne pus attendre plus longtems 
dans ce villain desert, m'imaginant que peutetre ses femmes mau- 
roient oublié, ie me levay dont et regarday si ie ne voyois per- 
sones, les hurlements que les Indiens font a lordinaire quand ils 
vont a quelq expedition estant calmez ie me rasseuray et pris 
le chemin de ma cabine ny trouvant persone ie my tiens quoy, 
quelques heures après ces pauvres femes touttes eplorées de 
m'avoir perdu vinrent dans la cabine et bien surprises de my 
voir; Elles ne manquèrent pas de m'en faire des reproches par 
des signes j'en fus quitte pour cela et rien d'autre ne m'arriva. 



124 The Graff enried Manuscript C 

Tout estant sorti. Cérémonie des Sauvages dans leur Fete de 
Triomphe. Funérailles des Indiens. 
Un autre jour pendant l'absence des homes de Guerre & que 
les femmes sortirent touttes du village pour ceuillir des cerises 
sauvages tardives & des patatos, racine très bone pour manger 
boullies ou grillées dans les cendres, ie fus dans une grande per- 
plexité me trouvant tout seul dans le village ie combatis fort si 
ie devois me sauver et m'en retourner chez moy dans cette in- 
certitude ie trouvay, que le meilleur partis etoit de prier le Bon 
Dieu pour ne mettre en pensée ce que ie devois faire en une con- 
joncture si delicatte & dangereuse, après ma prière faitte i'exam- 
inay la chose pour et contre, trouvant a la fin que le plus seur 
etoit de rester meconstant que celuy qui m'avoit délivré du 
premier danger, m'ayderoit plus outre; car si seulement un seul 
Indien m'auroit rencontrez j'aurois esté un home mort sans 
grace, et ces sauvages auroient ete tellement irritez & auroient 
brûlé tué saccage et pillé la ville et tout ce qu'il y auroit eu dedans, 
au lieu qu'ils l'ont épargnée. L'expérience a fait voir qua j'ay 
prist le meilleur partis./ 49 Quand ces payens eurent fait ou 
achevé leur expedition barbare ils revinrent a la maison & ce 
reposèrent pour quelq tems, avant leur arivée leurs femmes adver- 
ties par des avant coureurs ce préparèrent pour une grande Fete a 
la nuict chaque famille eriga sur la grande place d'exécution, ou 
ils font généralement leurs ceremonies publiques des echaffauds, 
ou ils apportèrent le meilleur qu'ils avoient pour faire bone chaire 
et se régaler avec leurs maris et la famille. Au meillieu de la 
place on fist un grand feu vers le quell le grand Prêtre ce tient 
de bout, les femmes prirent leurs ornaments, consistants en colliers 
de coralles de verre et d'ecaille d'huitres calcinés, et les attache- 
rent a des batons, les portant des leur cabines en cérémonie vers 
le prêtre ou conjureur come les Anglois les appellent, les plantant 
la a terre corne un sacrifice considerable; Il y eust encore au 
meillieu de cette place 3 perches plantées a terre ou estaient 
pendu une peau de cerf a chacune, servant d'Idole qu'ils n'ado- 
rent mais respectent. La Reine ou en son absence la premiere 
feme de consequence ce comanca la premiere a ouvrir la céré- 
monie en chantant des la cabine jusques a la grande place, ainsi 



The Graffenried Manuscript C 125 

touttes les autres quand le cercle fust complet, Elles dancerent a 
lentour du feu le Prêtre et les 3 peau de Cerf, jusqua ce quelles 
furent lasses, après chacune ce retira vers son eschauffaut pour 
manger: des la ses femmes retournèrent en la même process vers 
la grande place tenant en leurs mains d'autres batons ou verges 
entortilles de noir et blanc les quelles elles mirent a la place des 
autres ou estoient attachez les colliers de coralles les quells Elles 
remportèrent chez Elles. Cependant le Prêtre fist son office 
dans ce cercle, faisant milles singeries, menaçant les Ennemis et 
louant les braves soldats brigands les animant plus a semblables 
bravoures. Apres cela les jeunes hommes allèrent quérir des 
branches vertes dans le premier bois le plus proche, revenants du 
bois fardez de noir blanc et rouge au visage accoururent avec des 
cris et hurlements épouvantables vers la dite place et dancerent 
aussi corne les femes mais en des postures moins modestes. En 
suitte on mena les pauvres prisonieres dans le cercle femes et en- 
fants, et les femmes du premier rang les contraignirent a dancer, 
le refusant Elles les prennoient dessous les bras, tantôt les levant 
tantôt les baissant pour marque que les chrétiens estoient présente- 
ment contraints de dancer a leur mode et qu'ils estoient sous 
leurs nomination. Parmy les Indiens de Catechna ie n'ay pas vu 
ny pu observer autre culte Religieux et devotion hormis que le 
mattin avant que de ce lever ils chantoient une petite chanson séri- 
euse, au lieu de prier ce qu'ils font aussi en grande dangers. Leur 
mariages se font sans beaucoup de cérémonie, mais en leur funé- 
railles ils font beaucoup de façon./ 50 J'ay remarqué quelq 
chose fort particulier a l'ensevelissement d'une veuve ; Les sépul- 
cres ou tombeaux de ces Indiens sont faits avec beaucoup d'arti- 
fice, ils sont voûtez et faits décorce d'arbres, quand on porte le 
mort au sépulcre un ou deux Prêtres ce tienent debout auprès, en 
faisant des grandes Lamentations, ils font un long discours funè- 
bre selon leur manière, s'il y a quelq chose a espérer, ils louent 
beaucoup les actions et la conduite du mort, ou de ces Parents les 
consolent et font ie ne scay quell, exorcissme horribles. Enfin 
ils ce donent bien de la peine tant en gestes qu'en paroles, telle- 
ment que les prêtres etoient touts en sueur: Apres la cérémonie les 
hoirs ou les plus proches donent au Prêtre des colliers de coralles 



1 26 The Graff enried Manuscript C 

calcinées d'ecaille d'huitres leur plus précieux ornament qui sont 
de couleur purpre, jaunes et blanc reccompence la plus précieuse 
qu'ils puissent faire: (Les Indiens font de ces coralles des jare- 
tieres, colliers ceintures, si bien entrelasséz et avec tant d'adresse 
que j'en fus tout surpris). Apres que le sépulcre fust couvert 
i'observay une chose qui passa mon imagination, et si ie ne l'avois 
vu moy même, ie le croirois une fable: De dessus le sépulcre il 
s'éleva un petit feu flamboyant corne une grosse chandelle mon- 
tant droit en haut sans bruit passa en droite ligne par dessus la 
cabane de la défunte, et delà plus outre a traverrs dun grand 
marest plus d'une demiy lieu d'étendue iusquace qu'il disparut 
a faute de place dans un bois. 

Lorsque voyant un evenment si surprenant ie demanday ce 
que cela signifioit, les Indiens ce mocquerent de moy corne si ie 
devois scavoir que cela n'estoit point rare parma Eux, pour- 
tant ils ne me voulurent pas dire ce que c'estoit, tout ce que i'en 
pu apprendre fust, qu'ils tienent beaucoup la dessus, autant que 
cette lumière leurs est d'un bon augure & qu'ils en estiment 
heureux le défunt autant l'estiment ils malheureux lors qu'il en 
sort du sépulcre une fumée noire & epesse. Cette flamme vo- 
lante ne pouvoit pourtant pas être un feu artificiel accause de la 
grande distance, cela auroit pu ariver phisiquement corne des 
exhalalaisons de souffre, mais cette grande régularité passe la 
nature. 

Les Sauvages croyait a la transmigration de l'âme. 
Me trouvant une fois après mon retour chez Monsieur le 
Gouv: Hyde occupez avec le conseil a faire une bone paix avec 
les Indiens dont 7 ou 8 de ces Roitelets furent present come dépu- 
tez de leurs nations avec une suitte d'autres Indiens ie remar- 
quay qu'il y avoit parmy Eux un Prêtre lequell ie demanday ce 
que cela signifioit ce que ie viens de racconter cy dessus, dépassé 
20 Ind: quil y avoit la il n'y eust que luy et un ancien viellard 
qui purent m'en doner l'explication, disants que ce n'estoit que 
des vieux Prêtres expérimentez qui avoient la faculté de faire 
de semblables visions./ 51 Les demandant ce qu'estoit cette 
flamme volante montant de dessus le sépulcre du défunt ils me 



The Graffenried Manuscript C 127 

repondirent que c'estoit Lame du défunt ou de la défunte qui 
passoit dans une autre Creature, si la persone avoit bien vécu 
et s'estoit bien comportée ; mais que si Elle avoit mail vécu Lame 
passoit en une Creature vilaine méchante & malheureuse ; Les 
demandant plus outre par quelle voye ces Prêtres parvenoient a 
cette science d'autant qu'ils estoient Médecins et magiciens pou- 
vant même citer & convoquer le Diable & le renvoyer, ils me 
dirent la dessus une chose si fabuleuse que ie ne veu pas choquer 
les oreilles du lecteur de semblables sornettes. 

Le dernier remède Médecins ou Petres Ind: 
Je diray en peu de mots ce que ces conjureurs ou Médecins 
prattiquent quand un malade est dans l'extrémité, quand leurs 
remèdes ne veulent plus opérer. Ils font plusieurs grimaces, 
postures & figures et ie ne scay de quell enchantement ils soufflent 
leur haleine dans la bouche du malade avec un gros murmure 
et ronflement, si le malade en revient c'est une joye inexprimable, 
s'il meurt ils font des hurlements si lugubres que cela fait peur. 

Charité d'une veuve Indienne. Les bonnes qualités des Sauvages. 
Corne ie viens de racconter ce qui s'est passé aux funérail- 
les d'une veuve, ie ne peu de moins que de dire aussi quelque 
chose de la grande générosité & charité d'une veuve, la quelle me 
dona a manger des le comencement de ma detention auprès des 
sauvages, quoy que des ma liberation mon hoste ou ie fus logé 
ne me laissa manquer de rien, cependant cette bone veuve fust 
fort assidue a me soigner et continua nonobstant a m'apporter 
a manger: mais elle fist voir particulièrement sa générosité a 
legard de mes boucles d'argent que des jeunes garniments prirent 
lorsque ie fus posé et liez devant le Tribunal Ind: remarquant 
quapres ma liberation j'avois lié mes soulliers seulement avec un 
simple cordon, Elle n'eust point de repos iusqu'a ce quelle eust 
retrouvé mes boucles, et en attendant Elle prist ses belles boucles 
de cotton dont Elle boucloit son serrefront & les mis a mes soul- 
liers ; Ne faut il pas advouer que la charité de cette veuve fust 
bien grande a la Confusion de beaucoup de chrétiens qui n'en 
auroient pas fait autant. Je diray icy a la honte des la plus part 



128 The Graff enried Manuscript C 

des chrétiens quen general les Indiens sont plus généreux et 
charitables, j'ay observé bien de bones choses parmi Eux: par 
exemple, ils ne jurent pas, tienent exactement ce qu'ils promet- 
tent, ne chicanent point en jouant ne sont pas tent intéressez, 
n'ont pas tant d'orgueil, et ie n'ay rien observé d'indécent parmy 
les jeunes gens ny en paroles ny en gestes quoy qu'ils soyent 
presq touts nuds; ce que j'ay remarqué de plus méchant en Eux, 
est que leur colère est forte et tourne en furie. Pour ce qui est 
des manières barbares & austères des Ind : Payens, de quoy i'ay 
fait desia mention cy devant, j'advoue qu'ils sont furieux en 
colère, mais si on les laisse en paix et en repos, ils sont de bon 
aires et obligeants a leur manière, et offencent rarement les 
chrétiens sans qu'on leur en done sujet, et le plus souvent ils sont 
fort mail traittéz des chrétiens./ 

52 'Actions barbares des Indiens comparées avec celles des 

Chretiens. 
J'ay parlé avec plusieurs Indiens touchant leur Cruautéz, 
mais un Roitelet Ind : assez raisonable qui avoit du bon sens me 
repondit en me donant l'emblème d'un serpent disant que si on 
laisse le serpent en repos dans son cercle et qu'on ne le heurte pas 
qu'il ne fait du mail a aucune creature, mais si on le trouble dans 
son repos quil pique & blesse : Et que les chrétiens ou Européens 
ont este pis et plus cruels particulièrement les Hisp : qui avoient 
traitté leur ancestres si inhumainement. Pour ce qui estoit de leur 
manière d'hostilité qui sembloit aux Européens un brigandage 
accause quils ne vont pas en guerre de front, ouverte & formelle, 
quil faloit bien se prévaloir de leurs advantages que sans cela ils 
ne pourraient pas subsister et faudroient toujours succomber 
qu'ils n'estoient pas si nombreux ny pourvu de cannons, fusils 
espees, de quantité de poudre boulets et plusieurs autres inven- 
tions plus traitres et pernicieuses pour la destruction de l'home 
que leur manniere d'agir beaucoup plus réelle et innocente. Dans 
les armes et munitions de Guerre qu'ils avoient provenoit des 
Européens, inventi'ons plus nuisibles & frauduleuses & méchantes 
que les leurs & que les chrétiens ou Europ. traittoient non seule- 
ment les sauvages & Etrangers si cruellement, mais les chrétiens 



The Graff enried Manuscript C 129 

leur propres frères même, et qu'entre nous même nous cometions 
les plus grandes Tirannies, ce qu'en effect i'ay en particulier ex- 
périmentez moy même come il est a voir pag. 62. 63. 64. 

J'ay observé et apris encore plusieurs choses parmy les 
Indiens, mais puis que desia tant d'autheurs ont écrit la dessus 
ie n'ay pas voulu m'etendre plus outre de crainte que mes re- 
marques ne passent que pour des repetitions. 

M' ennuyant d'etre si longtems detenu parmy les Sauvages je 
songe un accomodement et propose une Paix. 
Ayant fait une petite digression accause de quelques obser- 
vations, je reviens a mon histoire, voyant que les Ind : n'estoient 
plus occupez a leur barbare expedition, ce donant du bon terni 
allants a peine a la chasse, passant leur tems a dormir et jouer, 
(les homes ne faisant rien du tout dans le mesnage laissant tout 
le soin a leur femmes) cette vie triste que j'y fis me devint bien 
longue, tellement que ie m'estudiay a connoitre la mauvaise ou 
bon humeur des Indiens a un jour que ie les vis fort oisifs 
badiner et rire ensemble ie demanday un Indien qui me vint voir 
quelq fois, sachant un peu d'anglois & qui me voulloit du bien, 
si présentement l'occasion n'estoit pas favorable pour parler aux 
Principaux de mon élargissement et pour les engager a une dis- 
position favorable ie leurs proposerois de faire une paix particu- 
lière avec Eux, sous promesse de donner aux chefs et principaux 
quelq presents, L'amy Indien goûta fort ma proposition & 
m'offrit ses services & pour mieux réussir nous parlâmes a mon 
hoste un des principaux en luy faisant des offres de reconnois- 
sance, ce qu'il accepta avec une mine fort gratieuse:/ 53 Ces deux 
Indiens s'estants entreparléz trouvèrent qu'il ne faloit pas parler 
a touts ceux qui ce trouvèrent alors en compagnie, mais qu'ils en 
parleroient a ceux quils trouveroient a propos, & que le lendemain 
ils sassembleroient en secret chez moy dans la cabine ou ie logois : 
Ce petit conseil s'assembla dont au tems et lieu fixé; Et le pré- 
liminaire fust ce que ie leurs voullois donner de rantion, je 
m'attendois bien a quelq chose de semblables : Je promis dont 
au Roy une casaq ou just 'au Corp d'ettoffe, deux bouteilles de 
Rum deux de poudre 500 grains de dragée de plomb, & a chacun 



130 The Graff envied Manuscript C 

de ce conseil aussi une casaque, et quelq bagatelle avec : Ils ne 
voulurent et contenter de mes offres, mais demandèrent encore 
plus de poudre et plus de plomb & des fusils, je leurs representay 
que cela estoit contrebande, qu'estant présentement Ennemis dé- 
clarez par leur dernière expedition, ie ne pouvois leur doner 
semblables marchandises & principalement des armes sans risquer 
ma vie. Qu'il me faloit être pour le moins neutre secourir ny 
les uns ny les autres, que sans cela nous ne viendrions pas about 
de notre Paix: acceptant a la fin mes propositions, quoy qu'avec 
bien de la peine nous nous accordâmes come est a voir par le 
Traitté conclus cy dessous. Il sagissoit dont quell expedient 
trouver pour enregistrer les articles de Paix & les conditions affin 
que de part & dautre rien ne soit oublié & qu'on puisse scavior si 
on observe exactement ou non cette paix. Les Indiens ne sachant 
ny lire ny écrire: (Les Indiens qui ont très bone mémoire et qui 
font tout par tradition de Père en fils, et quand il ce passe quelq 
chose de considerable faisant venir les Enfants et jeunes gens 
pour être present affin qu'ils remarquent et ce souvienent de ce 
qui passe) proposèrent de faire seulement des marques sur un 
arbre, les leurs sur l'ecorce de l'un et les mienes sur un autre, 
mais il y eust parmy Eux un qui avoit négocié beaucoup avec les 
Virginiens et qui même dans sa jeunesse avoit servy quelq tems 
auprès d'un Européens (pour gagner quelques marchandises come 
des noyaux, haches, couteaux, draps grossiers pour mantelines 
ou casaques, item poudre plomb fusiîs, piere a fusils, coralles de 
verre, et autres petites bagatelles qui ayant observé de quelle 
manière les Européens faisoient leurs contracts & traittéz, cett 
a dire mettant tout au nett sur un papier souscrit et signé : il 
proposa dont que i'en fis de même, qu'il me trouveroit bien du 
papier de lancre et des plumes, sans doute il en avoit vu assez 
dans les Plantations, il alla dont en chercher dans quelques unes 
qui furent pillées, et men aporta, mais corne les plumes ne valoient 
rien et n'ayant point de ganif il falut m'en accomoder comme ie 
pus, j'aurois eu beau jeu de faire ou dresser cett instrument de 
Paix a mon advantage mais il falut agir de bone foy, car quant 
j'aurois voulu raffiner les Indiens sans doute auront fait leur 



The Graff envied Manuscript C 131 

marque a part, et si ie les aurois trompé ie n'y aurois pas bien 
trouvé mon conte : J'écrivis dont le Traitté de Paix comme s'en 
suit./ 

54 Traitte de Paix entre B: De Graff envied & les Indiens de la 
Nation de Tuscoruros & Voisins. 

Soit Notoire a chacun par les présentes qu'au mois d'octobre 
171 1 a esté conclus et arresté entre Chr. de Graffenried, Baron 
de Bernberi, Gouverneur de la colonie Allemande en Nord Caro- 
line & Landgrave de Caroline: Et les Indiens de la Nation des 
Tuscoruros avec leurs voisins de Core, Wilkinsons point Le Roy 
Taylor, ceux de Pamptego et autres de cette contrée la corne s'en 
suit: 

i°. Que les deux partis doivent mettre en oubli le passé et 
être bons Amys a l'avenir. 

2°. Le soubsigné Gouverneur de la Colonie Allemande doit 
être toutafait Neutre pendant que les Carolins Anglois auront 
Guerre avec les Indiens sus noméz: Item le dit Gouverneur ce 
doit tennir quoy & en repos dans sa maison et ville, et ne laisser 
passer ny les Anglois ny les Indiens ny ne doit faire aucun mail 
aux Indiens, de mcme qu'Eux n'en feront point aux nôtres: En 
cas de mésintelligence entre les uns et les autres ils ne 
se doivent pas venger Eux mêmes, mais ce plaindre réciproque- 
ment aus Magistrats de question. 

3°. Le dit Gouv. de la dite Colonie Allemande promet de 
rester aux limites, et ne point prendre d'advantage de Terres sur 
Eux sans en advertir le Roy de ce district et la nation. 

4 . Item le Gouv: promet de procurer pour 15 jours trêve 
ou cessation d'armes, affin qu'on puisse choisir d'ordoner de part 
& d'autre des persones propres et capables pour proposée des 
bons & vraisonables projects de paix qui, s'il est possible seront 
agréables aux deux partis & que pendant cette negotiation on ne 
soit pas interrompus. 

5°. Il sera permis aux Indiens de chasser ou il leur plaira 
sans aucun empêchement hormis en dedans nos Plantations affin 
qu'il ne dechassent pas notre bétail, & qu'il n'arrive du malheur 
accause du feu. 



132 The Graffenried Manuscript C 

6°. On doit doner aux Indiens les marchandises & pro- 
sions a un prix raisonables. Plus outre on est convenu que les 
Indiens ne feroient aucun mail aux maisons de mes Planteurs ou 
colonistes, marquées de N. a la porte quoy qu'en guère avec les 
Carolins, ie veu dire les Indiens./ 

55 Ainsi on doit tennir exactement les conditions et articles 
cy dessus: En foy de quoy nous nous soumes signé les deux par- 
tis avec notre signature ordinaire 
au lieu du Sceau De Graffenried Gouverneur 

N: 
marque de News. ^^. de la Colonie Allemande, 

au lieu du Sceau ^> 

leur marque ordinaire: ,^> Indiens des Tuscoruros & Voisins. 

Non obstant cett accord ses sauvages défiants ne voulurent 
me laisser aller chez moy sans precautions seures et certaines; 
Ils voulloient que j'envoyasse mon petit Nègre a Neuberne, que 
tout ce que javois promis devoit être conduit a Catechna, pour- 
tant il ne ce trouva pas un seul Indien qui voulut aller avec luy, 
quoy que ie voulus doner un de mes gens restants monteroit en 
haut, puis qu'effrayez de meurtres tout récemment comis, et que 
mon nègre ne pouvoit monter seul la Riviere dans un batteau 
chargé: Ne pouvant convenir sur cett article, ie remis ce diffe- 
rent a l'Indien chez qui ie logois, qui fist une decision raisonable 
la dessus tellement que nous fumes contents de par et d'autre. 

Justement le jour que ie voulus envoyer mon nègre a Neu- 
berne avec une lettre adressée a la persone qui avoit le soin de 
mes affaires et de ma maison pour ramener la rention susdite a 
moitié chemin pour la seureté de chaq partis, des Indiens étrangers 
vinrent avec un cheval de la part de Monsieur le Gouverneur de 
Virginie avec une lettre ou Mandat corne le montre la copie cy 
jointe traduite de loriginal Anglois. 

Ordre de M r le Gouv. de Virginie pour ma délivrance. 
Nous Alexandre Spotswood Lieutenant Gouverneur et 
Comandant des Colonies et la Province de Virginie, corne au nom 
de sa Majesté Britanniq 

A la Nation Indienne qui tient le B : 
De Graffenriedt prisonier./ 



The Graffenried Manuscript C 133 

56 Apres avoir apris que le B: de Graffenried Gouverneur et 
chef de la Colonie Allemande en Nord Caroline es 1 , prisonier 
parmi vous, nous vous insinuons et comandons au nom de la 
Reine de la Grande Bretagne de la quelle il est sujet, qu'a veue 
de cellecy vous le deves libérer et envoyer dans notre Gouverne- 
ment et vous faisons scavoir par ces présentes, que si vous le 
tues ou luy faittes quelq violence et mall quell que ce soit, Nous 
vengerons son sang, et n'espargnerons ny hommes ny femmes, 
ny enfants. Doné sous notre grand sceau le 8 e Octobre 171 1. 

S. A. Spotswood. 

Mon Voyage vers les Indiens de Tasqui on fust le Negot. Virg. 
par ordre du Gouverneur. 
Persone ne sceut lire la lettre que moy, la lettre etoit bien 
forte, ie ne scens quelle contenance tennir, a la fin ie me pensay 
que les messagers scavoint bien le contenu, ainsi ie -la lus aux 
Principaux du village; Lorsque jeus achevé de lire, j'observay 
quelq chose dans leur visage qui ne me plust pas; Apres que le 
truchement le leurs expliqua plus particulièrement ils tinrent con- 
seil et il fust conclus qu'ils me laisseroient aller vers ce village, 
des Tuscoruros ou estoit le negotient virginien qui justement 
quelq tems aupravant ce trouva dans le village lors qu'on exé- 
cuta Mr. Lawson L'Arpenteur general, et a son retour a Wil- 
liamsbourg racconta notre triste advanture a Mons. le Gouver- 
neur; Ce Généreux Seigneur envoya incontinant le marchand 
susdit (qui entendoit et parloit bien leur langage) avec la let- 
tre susd. vers les Tuscoruros; Et luy même Mons. le Gouver- 
neur fust au premier village Indien nomé Natoway, ce tenant la 
avec une forte Escorte, avec ordre a la milice voisine de ce ten- 
nir preste pour agir d'abord en cas qu'on ne receut pas bone re- 
ponce. Je me mis dont le bon mattin en chemin sus le cheval 
qu'on m'avoit amené avec les messagers Indiens et 4 des Princi- 
paux de Catechna vinrent avec moy, vers le premier village capi- 
tal nomé Tasqui, qui marchèrent aussi viste que moy a cheval, 
nous y arrivâmes au soir entre jour et nuict ou se trouva aussi 
le marchant virginien. Ce village etoit fortifié avec des palli- 
sades & les maisons ou cabines etoient construites adroitement 



134 The Graffcnried Manuscript C 

d'ecorces d'arbres, situées en rond a lentour d'une grande place 
ou il y avoit un feu au millieu & a l'entour de ce feu ce teint assis 
en terre le Conseil consistant des Principaux de la Nation des 
Tuscoruros./ 57 On laissa de la place pour le marchand Virg: 
pour moy et pour les 4 Député qui vinrent avec moy, après que 
j'eus salué ce monsieur nous nous assimes a la place marquée. 
Parmi tout cela j'estois desia dans une joye secrette dans l'espé- 
rance de pouvoir aller a Natoway, ou mattendoit Mons. le Gou- 
verneur de Virginie, et d'etre une fois délivré des mains de ses 
sauvages, mais helas! cela ne me réussit pas. 

L'assemblée de Tasqui, fust jugé que ie devois libéré. 
Le Parlier de L'Assemblée comenca une grande harangue 
demandant les 4 députez Ind : de Catechna la cause de ma deten- 
tion et de mon crime : Apres que les députez Indiens furent en- 
tendus, et moy recconus innocent, il fust conclus qu'on devoit 
complaire et satisfaire a la demande de Mons. le Gouverneur et 
il fust représenté vivement quell danger il proviendrait du refus, 
le marchand de Virginie parla tant qu'il pust en ma faveur, mais 
les 4 députez de Catechna ne voulurent y doner les mains de 
crainte de perdre par la leur Rention, quoy que pourtant le mar- 
chand de Virginie promist seureté pour cela, leur prétexte fust 
qu'ils n'osoient rien faire sans le consentement des autres & du 
Roy; pourtant ils promirent de me laisser aller aussitôt que le 
Roy et le conseil seraient assemblés, mais ils voulurent avoir mon 
Nègre pour seureté, iusquace qu'on eust payé le Rention. 

Mon retour à Catechna. 
Le jour suivant tout a fait frustré de mon espérance et dans 
une terrible perplexité ie pris congé du marchant de Virginie 
(qui fust luy même surpris de l'austérité de ses sauvages, plaig- 
nant mon sort avec les larmes) et men retournay tout triste. 
Lors que nous nous aprochames de Hencock Towne, ou Catechna 
a 3 ou 4 miles près, nous entendimes des grands cris, et ie vis 
sortir des Indiens ca et la hors des buissons, de quoy i'en pris 
un méchant augure ; ce qui me mist en peine et pas sans raison 
d'autant que ie vis venir a moy des sauvages tout essoufflez et 



The Graff envied Manuscript C 135 

effrayez, me disant que les Anglois & les Palatins estoient tout 
proche de nous, et contrefaisant les Palatins par leurs gestes, et 
d'un visage courroucé, prononçant les mots ja, ja, me donerent 
a entendre par la que mes gens paroissoient contre Eux aussi 
corne des Ennemis. Ils me firent dont aller par un detour a 
travers d'un villain fosse, dou je vis de loin un feu et moy bien 
effrayé ne crus autre chose que d'etre brûlé sur ce gros monceau de 
bois allumé, ou d'etre massacré en secret dans cett affreux desert ; 
Apres mes prières faittes, ie m'estudiay cornent ie leurs ferois 
a croire que les Palatins n'etoient pas conjoints avec les Anlois, 
ie leurs explicquay que ses mots ja, ja, n'estoient pas Allemands, 
mais que s'estoit un Anglois corompu, ay, ay, qui veut dire en 
bon anglois yes, yes, et en f rancois ouy, ouy ; Je les tiens dont 
dans cette croyance si bien que ie pus : Lors que nous arivames 
a l'endroit ou estoit ce grand feu, ie vis avec surprise toutte la 
populace de Catechna, ou je fus prisonier, avec leur meubles et 
provisions./ 

58 Endroit on- les femmes et enfants de Catech. s'estoient retiré 
pour être en seureté. 
Cett Endroit, quoy que dans un terrible desert, auroit encore 
son agreement. C'Estoit un bon beau champ de bled Lombard 
ou ils avoit une grosse cabine Indienne, cette place estoit entuorée 
d'une petite Riviere profonde ce qui fist une petite Isle tellement 
que la nature avoit fait la un petit fort presq impenetrable par 
le marest et les buissons espais qu'il y avoit tout a lentour. Toutte 
cette Populace susdite consistoit en vieux homes infirmes femmes, 
enfants, et de la jeunesse sous l'âge pour porter les armes ; tout 
cela fust dans une terrible allarme, je ne manquay pas de les 
consoler tant que je pus affin de nrinsinuer auprès d'eux et de 
les tennir en seureté a mon égard, les asseurant qu'il ne leur 
ariveroit point de mail pendant que ie serois parmy Eux, je 
representay aussi aux Gens de Guère qui venoient de tems en 
tems pour leurs apporter quelq nouvelle et pour les encourager, 
qu'ils me dévoient laisser aller avec Eux, que ie tacherois d'en- 
gager les Anglois a une Paix, ou au moins une bone trêve, mais 
ils ne voulurent sy entendre. 



136 The Graffenried Manuscript C 

Retraite des Carotins pour n'avoir pu résister a la force des 

Sauvages. 
Le jour suivant les Indiens voisins armez au nombre de 300, 
bon drôles, vinrent et sattroupperent, cherchant les chrétiens qui 
n'estoient qu'au nombre de 60, et pas plus loin de Catechna que 
de 4 miles angloises; Les Palatins qui ne sceurent corne faire la 
guerre avec les sauvages furent presq touts blessez et un ou deux 
Anglois de tuez; voyants que les sauvages estoient trop forts ils 
prirent la fuitte et se sauvèrent. Les sauvages les suivirent mais 
ne firent pas beaucoup de mail hormis quelq butin qu'ils attra- 
pèrent. Ainsi les sauvages revinrent deux jours après a Catechna 
avec des chevaux, provisions de bouche, quelques surtouts, cha- 
peau et bottes, lors que ie vis tout cela et particulièrement une 
pair de bottines propres avec la garniture d'argent, sachant que 
persone par la n'en avoit de semblables que moy, ie vis bien que 
c'estoit les miennes de quoy i'en fus tout effrayé craignant qu'ils 
eussent pillé ma maison et le magasin mais il n'y eust pas tant de 
mail, de mes domestiques s'en etoient servis pour cette expedi- 
tion. 

Les Sauvages reviennent triomph. avec le butin et les, prisoniers 

Chretiens. 
Sur ses nouvelles nous sortîmes de l'endroit sus mentioné 
ou nous estions cachez retournant a notre vieux quartier a 
Catechna; et ses soldats sauvages revinrent en grande gloire et 
triomphe a la maison, il y eust grand feste parmy Eux pendant 
quelq jours de la manière que ie l'ay desia recité pag. 49. Apres 
ces festes finies ie commencay a devenir impatient et demanday 
quelques uns des Grandes s'ils ne me voulloient pas laisser re- 
tourner a la maison puis qu'ils estoient victorieux. Un de la 
trouppe me repondit d'un petit sousris, qu'ils convoqueroient a ce 
sujet le roy et son conseil. 

Mon entière Liberation et depart de Catechna. 
Deux jours après ils m'amenèrent le bon mattin un cheval 
pour partir sans autre façon, deux des principaux m'accompag- 
nèrent jusques a 2 lieus de Catechna ou ils me donerent un mor- 
ceau de pain et me délaissèrent./ 



The Graffenried Manuscript C 137 

59 Lors que je vis que j'avois bien du chemin a faire, ie les 
priay de me doner le cheval que ie le renvoyerois sans faute ou 
qu'ils dévoient venir un peu plus avant avec moy, mais ie ne le pus 
obtenir, ils restèrent a l'endroit ou ie les avois quitté et firent un 
grand feu, m'advertissant qu'il y avoit dans la forest des In- 
diens étrangers que ce devois dépêcher et aller bien viste que ie 
pourrois, ce que ie ne pus pas faire toutafait corne ils me le dirent 
n'estant pas fait a cela come Eux, cependant ie fis mon possible 
iusquace que la nuict me surprit et que ie vins auprès d'un grand 
fossé bien affreux profond bien remplis d'eau et de brussailles, 
il me sembloit que si j'aurois seulement encore pu passer ce fosse 
de jour que j'aurois esté sauve, mais il fust desia bien obscur. 



En mon retour de Catechna obligé de coucher et passer la nuict 
auprès d'un fossé affreux, ic faillis detre dévoré par les ours. 

Je fis dont la auprès ma premiere couchée a mon depart de 
Catechna, mais Dieu scait de quelle manière triste ie passay la 
nuict, dans la crainte detre déchiré par une quantité d'ours qui 
mumurerent près toutte la nuict la a l'entour, avec cela ie fus 
tout estropié pour avoir marché si viste et si longtems et pour 
ma seureté, ie n'avois ny armes, pas seulement un coutteau ny de 
quoy pour battre du feu ; jestois presq pour mourir de froid par un 
vent de nord qu'il fit toutte la nuict. Le bon mattin a l'aube du 
jour, lors que ie voulus me lever de cette couche humide et froide 
mes jambes furent si roides et enflées que ie ne pus m'advancer 
d'un pas, mais corne ie ne pouvois rester la il falut de loger a 
quell prix que ce fust, pour ce sujet ie me servis de deux batons 
que ie cherchay en grimpant par la pour passer mon chemin : 
j'avois encore assez a faire pour passer la fossé, il falut chercher 
quelq arbre qui traversast le fossé ce que jeus peine de trouver 
a ma fantasie, a la fin ie passay en rampant par dessus une longue 
branche de la quelle ie me jettay a l'autre bord ; delà ie suis 
marché doucement avec deux autres batons cett autre journée et 
a la fin avec bien de la peine i'approchay de mon quartier de 
Neubern. 



138 The Graff 'envied Manuscript C 

Arrivée à N eu-Berne. 
Voyant de loin ma maison fortifiée et remplie de monde ie 
fus un peu consolé dans la crainte que tout estoit brûlé, saccagé 
par les Indiens aussi bien que les maisons des pauvres colonistes, 
ne mattendant pas de trouver que fort peu de mes gens puis que 
ie n'en scavois que trop de la cruelle expedition que ces brigands 
sauvages firent le long des Rivieres de Pamptego, News et Trent, 
brûlants, pillants, tuants et saccagant tout ce quils rencontrèrent, 
dans la resolution de ravager tout le Pays. 

Surprise de mes gens de moi voir m'ayant cru mort. 
Lorsque mes bones gens me virent de loin bazannéz corne 
tin Indien, pourtant considérant ma stature et juste au corp bleu 
ils ne sceurent que croire, mais dans la ferme opinion que ie 
n'estois plus en vie ils crurent tantost que c'estoit un fantôme, 
tantost un espion sauvage qui avoit mis mon justaucorp, enfin il 
ce mirent en posture et quelques avant gardes sadvancerent pour 
me recconnoitre lors que ie les vis ainsi en peine, ie comancay 
a leur parler de loin, furent si surpris qu'ils reculèrent de quelq 
pas, criants aux autres,/ 60 Venez, Venez, notre monsieur est 
resseussité cest bien luy même, que nous avons cru mort: ainsi 
touts accoururent en foule, homes, femes, et enfants, avec des 
fortes acclamations me saluant tout emus de surprise, spectacle 
étrange, voyant ce meslange de tristesse, de joye, de pleurs & de 
ravissements, j'en fus tellement touché que cela me provoqua des 
larmes : Apres m'etre entretenu avec ce monde qui m'environoit 
quoy que bien lass, j'entray a la fin dans mon vieux quartier, 
Apres avoir fermé mon cabinet ie fis mes prières ardentes rendant 
grace au Bon Dieu pour une délivrance si miraculeuse et gra- 
cieuse peut bien passer en ces tems pour un miracle. 

Fâcheuses Nouvelles, "jo Palatins et Suisses massacrez. Parties 
des Palatins désertés Le reste tout a ma charge, enfin touts 
réduit a l'extrémité. 

Le jour suivant ie demanday ce qui sestoit passé en mon 
absence, mais j'appris tant de fâcheuses nouvelles que le coeur 
«l'en fist mall, le pis estoit qu'outre la perte de 60 ou 70 Palatins 



The Graff 'envied Manuscript C 139 

et Suisses qui furent massacres le reste qui ce sauva fust pillé, 
et une partie des restants quittèrent ma maison et la villette ou 
estoit pourtant le magasin de leurs propres biens, et cela par insti- 
gation d'un certain Guillaume Brice (home ingrat qui j'avois fait 
beaucoup de bien, le quell même les Palatins et moy avios tiré 
de la misère) qui cependant sans songer a nos bienfaits affin de 
pouvoir tant mieux défendre sa maison seule, me déboucha pour 
touttes sortes de promeses et ruses mes gens pour en faire avec 
quelques rôdeurs Anglois une garnison. Les femmes et les en- 
fants me restèrent sur les bras et ie n'avois que 40 hommes por- 
tants armes il falut entretenir les uns corne les autres, touttes 
mes provisions en graines, gros et menu bétail fust employé ie 
pretendois bien d'envoyer ces bouches inutiles qui m'estoient bien 
en charge, autre part, mais il, n'y eust rien a faire, au moins ie 
voullois que les femes & enfants de ceux qui avoient déserté 
suivissent leurs maris, mais elles me repondirent qu'estant valoit 
il de les tuer, qu'elles y creveroient de faim que si nous estions 
attaqué qu'elles ce deffendroient peut être mieux que bien des 
homes etc. 

J' envoyé une Relation a M r Hyde de ce qui c'est passé et demande 

secours. 
Dans cette extrémité ie ne sceu mieux faire que d'envoyer 
un exprès ou deaux avec une lettre a Monsieur le Gouverneur 
de Caroline et Conseil, tant pour leur notifier ma délivrance et 
mon retour que pour les prier instament de nous envoyer promp- 
tement le secour nécessaire des provisions de vivre, aussi bien 
que munitions de Guerre et des trouppes bien armées, affin de 
repousser ses brigands barbares s'ils vennoient nous attaquer, 
j'envoyay aussi copie de mon Traitté de paix ou Trêve avec les 
Indiens, avec les indiens, avec mes raisons, mais prévoyant bien 
que cela ne subsisteroit pas ie fis mes instances tant plus fortes, 
représentant que si on ne remedioit de vive force que le mail 
viendroit toujours plus grand et qu'il y eu a craindre que tout le 
pays ne périsse, disant même qu'il estoit surprenant voire scanda- 
leux de voir une telle froideur et si peu d'amour auprès des hab- 
itants de la conté d'Albemarle qu'ils peuvent ainsi a bras croisé 



140 The Graff 'envied Manuscript C 

regarder come cette sauvage et barbare nation fait bouchère de 
leur plus proches frères que même ils ne doivent s'attendre a un 
meilleur sort, d'autant qu'ils sattirent Eux mêmes ses malheurs 
par une si profonde letargie quant ils devroient avoir plus a 
coeur la perte de leur frères et leur propre peril : Il est guère 
moins suprenant/ ei de voir si peu de police de precaution et 
d'ordre au près de la magistrature, exceptant icy en meilleure 
forme Monsieur le Gouverneur qui n'aura pas manqué de doner 
les ordres nécessaires, mais qu'ils nont pas esté exécutez, etc. 
Suitte de la Guerre Indienne, Sujet de cette Guerre 
ma justification et ce qui s'est passé a mon 
égard, item les motifs qui m'ont poussé d'aller 
en Europe, & de quitter la Colonie. 

Motifs de la Guerre Indiene. 

Ce qui alluma cette Guerre Indienne, ou des sauvages, avec 
les Carolins, furent les calomnies et instigations de quelq mutins 
contre Mons. le Gouveneur Hyde, de même contre moy, faisant 
croire aux sauvages que j'estois venu en ces pays pour les de- 
chasser de leur Terres, quainsi ils seroient contraints de loger 
et se retirer bien avant contre les montagnes et endroits éloignez ; 
de quoy ie disuadey les sauvages et ce qui fust vérifié par mes 
manières douces et honestes dont j'en usay enver Eux; Et par 
le payement que ie leur fis pour les Terres ou ie m'estois placés 
au commencement, c'estoit la ou ie avois mis la fondation de la 
petite ville de Neuberne, quoy que ie les eus payées desia au 
double aux Propriétaires chrétiens et principalement L'Arpen- 
teur general Lawson me le devoit remettre libres, sans qu'il y 
eust aucun sauvage : vide pag. 29 ou ie fis une Paix et alliance 
avec le Roy Taylor & ses habitants qui fust très content: La 
plus grande preuve de mon innocence en cette guerre Indienne 
est mon absolution en la Grande Assemblée des Tuscoruros, ou 
il n'y eust pas une seule plainte contre moy, mais on indiqua bien 
les autheurs de ses troubles. Ce qui allarma le plus ces sauvages 
fust le traittement rude de quelq Carolins turbulents et de mau- 
vaise fois qui trompoient ses sauvages dans le négoce, ne voullant 



The Graffcnried Manuscript C 141 

aussi souffrir quils chassasent près de leurs Plantations et ce 
sous ce prétexte leur prirent leur chasse armes et munitions, ouy 
il y eust même un Indien de tué duquell on ne leur dona aucune 
satisfaction ce qui leurs fust bien sensible et avec justice il ce 
pouvoint recrier dun semblable tort. Ces pauvres Indiens insul- 
tez en diverses manières de quelques rustres Carolins plus bar- 
bares et inhumains que les sauvages même, ne purent dont souf- 
frir plus longtems ces sortes de traittements ; songèrent dont a 
leur seureté et vengeance, ce qu'ils firent bien secrettement. Ele 
le mail voulust que me croyant dans une profonde paix avec Eux, 
ie voulus me promener en haut la Riviere, et que s'estoit iuste- 
ment alors quils avoient fixé un Rendez vous general pour déli- 
bérer sur la manière de question. Au reste la grande nonchalance, 
negligence et le peu de precaution des Carolins pour leur seureté, 
nayant ny lieu de retraite, ny de provisions soit de vivres soit 
d'armes soit de munitions, ne les encouraga pas peu au dessein 
projecté./ 

62 Ce qui m'est arrivé parmay les Chretiens a mon retour 
fust bien aussi dangereux & fâcheux que ce j'avois parmy les 
sauvages: Devant le Tribunal payen j'avois mon accusateur ou- 
vert tout ce fist en bon ordre rien clandestin et en cachette ny 
d'une manière turbulente et séditieuse; mais quand ie crus de me 
trouver a mon retour parmy des amys et chrétiens, pour pouvoir 
un peu respirer, ce fust bien pis. 

5* Contretems Complot d'une bande de rôdeurs et turbulants 
drôles Carolins contre moy. 

Une bande de mutins rustres jaloux et turbulent drôles ha- 
bitants Carolins accause que ie ne voulus daboard entrer dans 
leurs sentiments précipités et cruels, (qui pretendoient que ie 
leurs devois livrer a discretion ou tuer un sauvage qui vient 
suivant laccord fait avec les Tuscoruros Indiens pour me deman- 
der la rention promise et a qui j'avois promis sauf conduit) form- 
èrent une bien injuste et forte accusation contre moy après avoir 
pris une information secrette ou il y eust bien du bruit ne par- 
lant pas moins que de me faire pendre, quoy que javois des 



142 The Graff enried Manuscript C 

raisons bien fortes pour ne pas prendre partis avec Eux pour 
faire la Guerre d'une manière si inconsidérée contre les Indiens, 
et cela d'autant que nous n'avions ny provisions de Guère ny de 
bouche, ny monde suffisante, et encore la moitié des Palatins 
avoit ils déserté pendant mon absence, et ce qui fust le plus im- 
portant, c'est que 15 Prisonniers Palatins me dévoient être livrez 
après que j'aurois payé ma rention. Navois ie pas raison de 
songer a la délivrance de ces pauvres gens, il falut dont bien ce 
garder i°. de manquer de parole, 2°. de risquer ces pauvres pris- 
oniers pour complaire a des étourdis qui ne scavoient ce qu'ils 
faisoient. 

Accusation fausse contre moy, dun Maréchal Palatin. 

Depuis un tribunal Payen, il sagissoit dont pour me justi- 
fier de paroitre encore devant un tribunal chrétien, mais qui au- 
roit été pis que qu'un Payen, si les affaires servient allées au 
souhait et suivant la conspiration faitte de ces garniments en- 
ragés et séditieux: Tout cecy fust tramé d'une perfidie la plus 
noire qui ce put contre moy, par le moyen d'un méchant homme 
maréchal de vocation, qui pour ce venger d'une peine infligée 
pourtant bien modique, pour avoir fait des terribles execrations, 
comis des larrecins, pour désobéissance et des terribles menaces 
tendants jusques au meurtre me trahit corne s'en suit. 

Le Maréchal passe la Riviere pour me noircir auprès des Ind. 

Celuy d'abord après la soufferte qui ne consistoit qua sier 
des tronvs d'arbres pour la seureté publiq durant un seul jour, 
dont la peine n'aprochoit pas le crime, passa la riviere pour ren- 
contrer les Indiens auprès desquells il me rendit bien suspect 
leurs disant que ie ne tennois pas ce que ie leurs avois promis, cett 
a dire aux Indiens, que ie les amusois & trompois, qu'au lieu de 
garder la Paix et une exacte neutralité, ie tennois le partis des 
anglois, même que ie leurs fournissois des armes & munitions de 
guerre: Les Indiens qui avoient de la peine a croire un semblable 
perfidie de moy, ce doutterent de ce que le drôle rapporté, haz- 
arderent un de leur trouppe, qui sceut bien l'anglois ce fust même 



The Graffcnried Manuscript C 143 

mon interprète de Catechna, pour l'envoyer auprès de nous quoy 
qu'avec beaucoup d'appréhension d'etre pris et en danger de 
vie./ 63 Sue quoy ariva une assez plaisante advanture; C'est In- 
dien ayant passé deçà la riviere veilla l'occasion de parler a 
quelq'un de mes gens, pour scavoir la realité de ce fait quand 
l'Indien voulust aprocher un de mes Colonistes le pauvre home 
fust tellement épouvanté qu'il vient tout essoufflé mettre l'allarme 
dans mon quartier et m'advertit qu'il avoit vu un sauvage s'ap- 
procher, que sans doute les autres n'estoient pas loin, ce qui en 
effect m'allarma un peu et ie mis mon monde en posture. Ce- 
pendant ie m'imaginay pourtant que les Indiens impatients d'avoir 
leur Rantion pouvoient avoir envoyé quelqu'un pour voir a quoy 
on en estoit : J'ordonay dont au même home qui avoit pris l'épou- 
vante de ce remettre au même endroit seul, que de loin ie posteray 
des gens pour le deffendre en cas de danger, ce qu'on fist, peu 
de tems après, le sauvage ne manqua pas de ce montrer, et sap- 
prochant luy fist signe qu'il ne devoit rien craindre, notre home 
faisant le même signe a lautre ils sapprocherent a la fin et s'a- 
bouchèrent ; Ils vinrent dont sur le chapitre du marschal qui avoit 
parlé contre moy, sans pourtant que jamais le sauvage voulut le 
nomer, mais il en parla bien d'une manière qu'on pouvoit deviner 
qui s'estoit : notre home qui avoit son instruction représenta que 
les sauvages estoit mail informé, et que s'estoit un malhonest 
home qui avoit fait ses sinistres rapports, que ie gardois une 
exacte neutralité, bien loin, que les Anglois n'estoient pas con- 
tents de moy, en ce que ie n'avois voulu me joindre a Eux, me 
contentant de garder mon poste, insinuant plus outre que les 
sauvages dévoient rammener les Palatins prisoniers, quels voul- 
aient avoir leur Rantion, et plusieurs autres choses que notre 
home eust ordre de dire; Apres sans faire beaucoup de bruit il 
laissa aller l'Indien luy insinuant qu'a l'advenir aucun des sauv- 
ages ne devoit plus venir par icy, que s'ils avoient a dire quelq 
chose qu'ils dévoient faire un feu vis a vis de notre quartier, 
qu'après i'envoyeray quelqu'uns a batteau pour leur parler, mais 
qu'on leur parleroit que sur leau et Eux les Indiens dévoient venir 
encontre et pas plus de deux a la fois. 



144 The Graffcnried Manuscript C 

La trahison du Marschal découvertes échappes et va auprès de 
ses Carolins mutins, me noircis de la même manière corne 
auprès des Indiens. 

Ayant découvert de cette manière la trahison et qu'en secret 
ie voulus me saisir du personage de question pour le punir selon 
son crime, il en eust vent et ce sauva, s'en allant auprès d'un 
nomé Brice chef de cette bande sediteuse qui me fist tant de cha- 
grins, ou il débita les mêmes calomnies distant tout autant sur 
mon conte et au delà corne il en avoit dit aux sauvages tellement 
qu'il me fist passer pour un traitre auprès de la nation Angloise, 
on fist une liste de passé 20 articles contre moy dont il n'y eust 
pas un seul de vray. Voyant ce qui ce tramoit contre moy de 
criminel, sans aucune aprehension ayant bone conscience, j'écrivis 
a Messrs. les Gouverneurs de Virginie et de Caroline, les inform- 
ant exactement de tout ce qui ce passoit, qui bien loin de me 
blâmer approuvèrent ma conduite, et tout autres persones de 
bons sens. 

Complot d'un nomé Brice avec sa bande de Rôdeurs contre moy. 

Come ce traitre de maréchal, recconnu pour criminel de moy 
et de ma Colonie, me devoit beaucoup, ie fis dont inventariser le 
peu quil avoit pour le mettre en main tierce en seureté. Le sus- 
nomé Brice qui auroit bien eu envie d'avoir ces utensils princi- 
palement ceux qui servoient pour raccomoder les fusils,/ 64 s'ad- 
visa de les ravoir par finesse s'il ne les pourroit avoir autrement, 
résolu même de les prendre par force, estant bien aise de l'asseu- 
rer de moy en même tems, pour m'ammener corne criminel et ac- 
cusé de haute trahison, a Mons. Iw Gouverneur Hyde: Pour 
venir a cette execution lâche, noire et séditieuse, ce Brice concerta 
avec sa bande de rôdeurs de quelle manière ils entreprendroient 
leur méchant dessein, le conclusum fust que si ie ne leurs voul- 
lois remettre les utils (prétextant que s'est pour la defence et 
service de la Patrie) ils s'empareroient par force, et corne sans 
doute ie voudrois faire le fier la dessus qu'alors ils me prendroi- 
ent prisonier pour me mener auprès de Mons. le Gouverneur. 
Par bonheur il y eust un petit garçon palatin dans la chambre lors 



The Graffenried Manuscript C 145 

qu'ils tramèrent cette noire conspiration, a qui ils ne firent pas at- 
tention, croyant qu'il n'entendoit pas l'anglois, mais celuy ayant 
entendu leur prenicieux dessein, fist son possible pour sortir 
adroitement de la chambre sans qu'ils s'en aperceurent, et en 
parla a sa mere; laquelle ce mist incontinent sur une nasselle 
pour passer la riviere et m'en dona avis de ce qui avoit esté 
tramé contre moy. 

Brice avec ses adhérent armés mènent pour me surprendre mais 
me trouvent en bon posture. 
Incontinent ie fis battre l'assemblée par mon tambour, ie fis 
fermer les portes et me mis en bone posture de defence: a peine 
avois ie posté mes gens, que Brice avec 30 ou 40 de ses adherents 
vinrent paroitre, armez, parmy lesquels fust ce scélérat le maré- 
chal susnomé et une 15 e ou 20 e déserteurs Palatins: ne sachants 
pas que le pâté fust découvert, ils crurent me surprendre facile- 
ment & pretendoient d'entrer dans mon petit fort sans difficulté 
mais ils trouvèrent visage de bois et les portes fermées, ne s'at- 
tendants pas de me trouver en si bonne posture : Quand ils de- 
mandèrent une des sentinelles que cecy voulloit dire? pourquoy 
on leur fermoit les portres? on leur repondit que c'estoit contre 
les Indiens, et chrétiens sauvages il fust répliqué si on les pren- 
noit dont pour Ennemis? il fust encore repondu, que ce n'estoit 
pas de la manière qu'on visitoit les amis, qu'on avoit sujet d'etre 
sur ses gardes, principalement quand on voyoit des scellerats, 
traitres, & déserteurs tells qu'on voyoit la; Cependant si leur 
Capit : Brice avec encore un des moins soubsoneux desiroient 
d'entrer, qu'on me le diroit ne doutant pas que ie ne leurs ac- 
corde l'entrée pour me dire leurs raisons; quand on me vient 
annoncer cela, ie les fis entrer sous une bone garde fermant bien 
les portes après Eux : Quand ce Capit. Brice désira de scavoir 
pourquoy ie le traittois tant en étranger et en ennemy? ie re- 
pondis que j 'avois sujet, que son dessein criminel et téméraire 
séditieux et injuste ne m'estoit que trop connus, mais que ie 
scauray faire mes plaintes et demander justice contre tell pro- 
cédé en tems et lieu requis. Je luy plus outre si c'estoit de la 
manière qu'il faloit agir envers ses supérieurs? que ce seroit a 



ufî The Graff enried Manuscript C 

moy, come Représentant du Duc de Beaufort, Lieut, de Gouv- 
erneur, Landgrave de Caroline et Commandant de ce District 
qui serois en pouvoir et aurois sujet de le prendre prisonier et 
l'envoyer lié a Mr. le Gouverneur pour être punis suivant qu'il 
l'a bien mérité et cela en exemple d'autres semblables mutins, ce 
qui auroit esté fait si javois eu des témoins suffisants contre 
luy./ 65 Ainsi ie me contenday de les renvoyer chez Eux avec 
une bone réprimande leur donant citation par devant le Parlern*. 
prochain. Si je voudrois mentioner icy tout ce qui m'est arivé 
de fâcheux, et les insolences comisses de ce Capit. Brice, ses ad- 
herents et les déserteurs Palatins contre moy & le reste de ma 
Colonie il y auroit a faire un livre entier, j'en diray seulement 
quelq peu en passant. 

Brice et ses adh. accusent la Cessation d'armes au Trêve avec les 

Indiens. 

Il est a scavoir que ma convention ou Traitté avec les In- 
diens pag 54 a esté faitte pour sauver ma vie & pendant que ie 
fus prisonier, tellement que ie n'aurois pas été obligé de le tenir 
et observer, si ne n'aurois voulu puisque c'estoit par contrainte, 
cependant n'estant pas de lopinion, quod hereticis non habends 
fides, j'estois résolu de tenir autant que ma conscience me dictoit 
et qui refust pas contraire au devoir avec lequell ie me trouvois 
engagé envers la couronne d'Angleterre. J'avois ménagé les 
choses dune belle manière que si on m'avoit laissé faire, il en 
seroit résulté un grand bien a la province et on auroit évité bien 
des malheurs et meurtres, mais ce Brice avec sa bande enragée, 
furent tellement échauffé contre ses Indiens, que sans examiner 
la raison, le peu de monde qu'ils est estoient, le peu de provision 
de Guerre et de bouche qu'ils avoient, ny faisants reflexion a tant 
de pauvre prisoniers detenus par les sauvages, enfin sans prendre 
aucune mesure, mais d'une manière aveugle, brutale & d'une pas- 
sion enragée ils récusèrent la cessation d'armes ou Trêve que 
j'eus ordre de proposer, que j'avois obtenu avec bien de la peine, 
mais agissants d'abord avec la dernière hostilité et cruauté contre 
les Indiens : Il est vray qu'on eust sujet de s'allarmer et deschener 



The Graff enried Manuscript C 147 

contre Eux accause de leur invasion et meurtres comis, mais 
quell juste sujet qu'on aye, toujours faut il user de prudence et 
de precaution. 

Importance de cette Trêve et Neutralité. 
Si on m'avoit laissé faire 1 ° par la Trêve on auroit gagné 
tems que toutte la Province et nous eussions pu nous mettre en 
bone posture pour agir offensivement et deffensivement en nous 
pourvoyant de suffisants vivres, armes, munitions & de monde, 
2 j'estois desia en oeuvre pour sauver et retirer ses pauvres 
femmes et enfants prisoniers, car ce fust le sujet pourquoy ie 
n'avois pas encore livré ma rantion, prétendant premièrement de 
savoir ces pauvres prisoniers des griffes de ses sauvages ce qui 
fust accordé avec bien de la peine et du danger dans ma premi- 
ere entrevue avec les sauvages ; N. B. on en pourra voir l'im- 
portance de ce fait dans la relation de la guerre Indienne pag 
Ji, ou on verra de quelle manière il falut ménager les sauvages 
accause de ses pauvres prisoniers, au lieu que, si on eust retiré ces 
pauvres gens corne ie me l'estois proposé et qu'on en estoit con- 
venu de part et d'autre ; après on auroit pu agir contre les sauv- 
ages avec moins de crainte et plus de success, peutetre auroit on 
mis fin a cette cruelle Guerre a son commencement. 3 Quand 
ie fus au plus fort de ma negotiation touchant ses pauvres gens 
detenus encore parmy les sauvages et que j'eus desia gagné du 
tems pour, par le moyen de ma neutralité ou Trêve, pouvoir dé- 
terrer ce que les sauvages avoient pris et volé a ses Planteurs 
Carolins, Palatins et Suisses, et pour tacher d'attraper autant 
de gros et menus bétail que nous aurions pu : Voicy Brice avec 
sa bande plus insensés et cruels que les sauvages, qui par une 
attaque mail concertée et inconsidérée (la quelle même réussit 
fort mail ) vinrent me gaster tout mon jeu, tellement que ma 
negotiations devient infructueuse./ 

SR Z> Chretiens pins cruels que les Payais, rôtissent un Roy Ind. 

tout vif. 
La trahison noire du maréchal prédit que cette action ou 
attaq inconsidérée détruisit toutte la confience que les Indiens 
avoient en moi, tellement qu'après cecy ils agirent aussi d'hos- 



I4>S The Graff enried Manuscript C 

tilité contre ma colonie au lieu que jusque icy elle fust épargnée 
(ie dis après le Traité fait). Cett action prématurée et impru- 
dente de ses Carolins fust donc cause que les sauvages recom- 
mancerent de nouveau de détruire tout ce qu'ils purent, et les 
maisons de mes colonistes quoy que réservées et marquées d'une 
marque N: ce qui signifie News, furent brûlées, les meubles, 
utensils et autres affaires cachées déterrez, emporté ou gatéz, 
et le bétail tué, et ensuite les Plantations ou habitations sur 
les Rivieres de News, Trent et Pamptego furent detruittes enti- 
èrement, tout pillé, volé, bruslé et les gens tuez, et ce qui emeust 
les sauvages a user de tant plus de cruauté envers les chrétiens, 
et le cruel et plus que barbare procédé de Brice s'estant saisis 
de quelq Indiens de la Riviere de Bay (qui proprement ne furent 
pas en action contre Eux mais soubsonéz d'etre du partis de leurs 
enemys) le chef ou leur Roy fust traitté cruellement, il fust 
rôtir tout vif auprès d'un feu et en mourust; cett action plus que 
barbare, anima tellement les Indiens aussi ensuitte avec plus de 
cruauté : Ce qui ne me f ascha pas peu fust, qu'un de mes dé- 
serteurs Palatins J :Mr. mist la main a une action si noire et té- 
moigna même y prendre plaisir, ce fust bien ce même drôle qui 
fust l'autheur de la desertion de la moitié de mes colonistes 
Palatins. 

Il y eust parmy la bande de Brice des gens assez téméraires et 
de courage mais sans conduite et bruteaux, si partie des planteurs 
ou habitants des autres endroits de Caroline avoient eu meil- 
leure conduite et qu'ils n'eussent pas été tant poltrons on auroit 
été plutôt le maitre des sauvages et il n'y auroit pas eu tant de 
mail. 

Justification de ma conduite à l'assemblée générale, Plainte contre 
les informations secrettes et Calomnies faittes contre moy. 
Come dont il m'importoit beaucoup de justifier ma conduite 
dans une affaire de cette nature ou toutte une Province etoit en 
danger detre perdue et dedruitte ; affin qu'on ne m'en impute pas, 
mais que ie pus faire voir au public l'enormité du procédé de 
Brice et sa bande brouillante : Quand l'Assemblée Générale fust 
convoquée ie ne manquay pas de m'y transporter: Premièrement 



The Graffenried Manuscript C 149 

je me presentay dans la maison haute consistant de Mons r . le 
Gouverneur des Représentants des Lords Propriétaires des Con- 
seillers & Cassiques ou Gentilshomes de la Province. Apres que 
j'eus fait mes plaintes et m'etre justifié de ma conduite ie me 
transportay a la maison Basse, consistant en Députez des com- 
munes, après un petit discours au sujet de question, ie demanday 
après ses calomniateurs qui avoient pris information secrette 
sans aucun ordre de Magistrature, voulus qu'on me les nommast 
et qu'on me produisit, ou l'original ou copie des 20 ou 23 articles 
qu'on avoit formé contre moy, je voullois absolument que 
l'accusateur ce produisit, affin que ie le puisse convaincre de 
fausseté m'innocenter et justifier en due forme, mais persone 
n'osa ce produire n'y seulement ouvrier la bouche au suiet de ses 
fausses accusations./ 

e7 Sans doute les faux accusateurs eurent vent et aprirent 
de quelle manière ie m'estois justifié après de Mrs. les Gou- 
verneurs de Virginie et Caroline, et voyant que ma conduite fust 
aprouvée ils n'osèrent poursuivre leurs accusations de crainte de 
succomber. Cependant parmy tout cela mon honneur et Repu- 
tation souffrit beaucoup et même ie fus en danger de ma vie, 
d'autant que parmy les Palatins de mes Ressortissants même il 
s'estoit trouvé des faux témoins, que faire dont dans cette mal- 
heureuse situation d'affaires? Voyant que persone ne voulust 
parler, je commancay moy même a nomer les accusateurs ful- 
minant contre Eux, et demandant justice ; mais helas ! dans un 
Gouvernement si confus ou le premier feu de sedition ne fust 
pas encore tout a fait éteint, une bone partie des membres de ce 
Parlement gardant encore des rancunes secrettes et qui estoient 
bons amis, de ce Brice qui en fust aussi, et qui auroit été bien aise 
que quelq affront m'ariva pour avoir trop tenu le parti de Mons r . 
le Gouverneur: d'autre coté embarassés de cette guerre Indienne 
ie ne pus avoir aucune autre satisfaction si non que de voir un 
profond silence sur ma representation et defence. Il est vray 
que Mr. le Gouverneur et la maison haute me firent des excuses 
et un compliment, me renvoyant au reste a demander justice 
selon les formalitéz usitées en teins de Paix contre mes calomnia- 
teurs. Songes mon cher lecteur combien de tems il auroit falu 



1 50 The Graffenried Manuscript C 

attendre pour avoir ma due satisfaction, puis qu'a l'heure 
[A° 1716] quil est la Guerre Indiene n'est pas finie. 

J'avois envoyé bien des lettres et mémoires a Mr. le Gou- 
verneur sur cette matière avec des deductions bien amples et des 
particularitéz historiques de tout ce qui s'est passé dans ses 
fâcheuses entrefaites: cela feroit pitié quand on verroit quelles 
traverses j'ay eu. 

Encore d'autre motifs ou Sujets de la guerre Ind: 

Corne a la page 61 il n'est fait mention que de quelques 
sujects ou causes seulement de la Guerre Indiene, je diray encore 
qu'outre la negligence et nonchalence des Carolins qui ce sont 
trop fié aux sauvages, ils n'ont pas fait les moindre ordonances 
pour la seureté commune, de quelle manière il faudrait ce gou- 
verner en cas d'irruption, bien loin de faire des bons amas de 
graines et autres vivres, ils ont vendu au plus fort de ces dan- 
gers et troubles des bleds, du salé, des legumes etc. des batimens 
tout chargez pour des choses moins nécessaire pour le subsistance 
come pour du sucre malassis etc. enfin tout estoit en desordre 
et miserable disposition. Au lieu d'assembler un petit corp de 
trouppes ou deux, pour agir contre ces sauvages et les pousser 
hors des frontières de leurs habitations ou Plantations ; chacun 
pretendoit garder et défendre sa propre maison, tellement que 
ces sauvages avoient beau jeu pour détruire une Plantation après 
l'autre, et si le Bon Dieu n'avoit pas eu plus de soin d'eux qu'Eux 
même toutte la Province s'en alloit être perdu : On avoit bien de 
la peine a mettre ces Carolins a la raison, les uns n'avoient pas 
du courage, et ceux qui etoient moins poltrons entreprirent les 
choses d'une manière si étourdie et attaquèrent les sauvages avec 
si peu de monde, que les sauvages de beaucoup supérieurs bon 
tireurs, et bien pourvus de tout chassèrent ce pauvre troupeau 
de Carolins corne une bande de loups furieux, un troupeau de 
brebis, et sans le secours/ 68 de la colonie Palatine et Suisse ils 
auroient été écrasez et défaits entièrement corne est a voir a la 
page 58 et cy après ; en cette page 58 ie nay pu faire mention de 
ce que ie diray encore icy qui est une suitte de cette expedition 



The Graffenried Manuscript C 151 

accause, qu'ayant écrit a Mr. le Gouv. cett article de ma Relation 
ie n'avois pas encore ces advis, et il les pouvoit avoir mieux que 
moy. 

Il y eust dont delà la Riviere de Pamptego un petit corp 
de Carolins d'environ 150 homes qui ce tient au Vilage de Bath, 
ceuxcy avoient done le mot aux autres, que sur le premier signal 
qu'on leur doneroit, ils viendroient au secours, Eux mêmes le 
dévoient doner mais ces poltrons neurent jamais le coeur de 
passer la Riviere et laissèrent leurs pauvres voisins dans la 
nécessité et en danger après avoir mangé le pain et la viande des 
pauvres habitants de ce district de la Comte de Bath s'en re- 
tournèrent chez Eux. 

Je ne puis pourtant pas de moins que de racconter aussi 
quelq chose du voyage i'ay fait pour aller a l'Assemblée générale 
ou resident Mr. le Gouverneur et le conseil dans la comte d'Albe- 
marle. Apres avoir considère a fond le miserable état, tant 
celuy de la Province que le mien et celuy de la Colonie, point 
d'assistance de la Province, l'impossibilité de pouvoir a la longue 
nous soutenir de la manière, même estants réduits a l'extrémité 
de quelle manière toute la colonie a été détruite et ruinée par 
l'invasion des sauvages corne est a voir pag. 60 et plus outre, 
le retard et le refus de secour de notre pays et l'eloignement le 
peu d'espérance d'en pouvoir revenir d'une perte si considerable 
et d'un rétablissement comode ; Item ce pauvre Gouvernement 
et la situation malheureuse de la Province et de ses habitants, tout 
cecy et d'autres bones raisons m'ont obligé a songer de plus près 
mes affaires et a prendre d'autres mesures. Ayant dont 
comuniqué ce que dessus a plusieurs persones de distinction, de 
mes patrons & amys de Virginie, de Maryland et de Caroline 
même ils m'ont conseillé unanimement de prendre d'autres 
mesures et on me fist des offertes très advantageuses pour 
m'etablir avac la colonie en Virginie aussi bien qu'en Maryland 
ce que j'av bien goûté Voyant ma colonie divisée d'autant que 
la moitié des Palatins m'avoient quitté, ie pris la resolution de 
changer de quartier avec le reste des Palatins plus fidelles et le 
petit trouppeau des suisses. Je fis dont raccomoder ma sloop 
espèce de brigantin, pour ce voyage en pacquetay quelques hardes 



152 The Graffenried Manuscript C 

dans l'intention que si ie ne pouvois obtenir meilleure assistance 
de Mr. le Gouvern. Hyde et du Parlement ou assemblée générale 
ie pousseray outre. 

Dautré mesures prises après avoir réduits à l'extrémité et ne 
voyant d'autres resources. Mon voyage pour La Cour et 
après plus outre en Virginie. Phénomen particidier sur le 
mas de notre Vaisseau, presage d'un orage arivé. 

Apres avoir fait assembler mes pauvres colonistes, leurs 
représentant la nécessité de changer de partis et de quartier, si 
la Province ne nous assistoit mieux que du passé, ces pauvres 
gens qui ne sentoient que trop les effects de l'extrémité dans la- 
quelle nous fumes alors (n'estant resté de nos provisions q'une 
mesure de bled, ayant soutenu 22 semaines sans aucun secour de 
quoy que ce soit du Gouvernement ou de la Province) n'eurent 
pas de la peine de consentir a ce que ie leurs proposoit./ 69 Les 
ayant cependant consolé le mieux que ie pouvois avec insinua- 
tion de ce patienter encore un peu et de tennir bon, que je hate- 
rois mon voyage et ferois touts les efforts imaginables pour leur 
procurer un prompt secours tant de vivres que de monde avec 
les munitions neccessaires. Je commencay dont mon Voyage et 
partis par un beau tems et ce voyage ne fust pas heureux. Car 
desia le soir que nous fumes presq a l'embouchure de la Riviere 
pour entrer au sound (petite mere entre les dunes et la terre 
ferme) il ariva quelq chose assez remarquable après le soleil 
couché; tout au bout du mas il ce mist tout a coup une flamme 
de la grosseur de celle d'une bone chandelle allumée, faisant un 
bruit corne une fusée quand elle monte, cela dura environ un bon 
4 d heure, ce qui nous regardâmes avec une grande attention et 
grande surprise, demandant la dessus le patron du vaisseau ce 
que cela signifioit, rien de bon dit il, qu'avant la nuict nous 
aurons un grand orage bien dangereux et que cela s'estoit cer- 
tain, que nous ferions bien de faire voile contre Terre pour nous 
metrre a labris ; mais ne faisant aucune attention a cela avec un 
petit sousris ie luy dis de passer outre: a peine avions nous fait 
une lieu le vent se tourne et devient si impétueux, la nuict avec 
cela s'aprochant nous fumes bien aise de voir encore un peu de 



The Graffenried Manuscript C 153 

Terre pour nous en approcher affin de nous mettre a l'ancre, a 
peine pouvions nous atteindre le bord qu'un si terrible orage sur- 
vient que si avions resté sus le sound que nous aurions perils in- 
falliblement, accause des bancs de sable qu'il y a. 



En danger de périr sur un banc de Sable. 

Nous restâmes la nuict auprès d'un Planteur anglois de la 
secte des trembleurs, fort honest home, qui nous receust très 
bien nous faisant beaucoup de caresses, celuy, au commence- 
ment de mon établissement me fust d'un grand secour me four- 
nissant de vivres et de bétail pour un pris raisonables. Le 
lendemain après avoir remercié a notre bienfaiteur, le vent s'ab- 
baissant nous partîmes, mais au soir estants au milieu du sound, 
nous hurtames sur un banc de sable, et le bâtiment fist un si 
grand éclat que nous crûmes qu'il estoit fendu en deux, et nous 
fumes saisis d'une grande peur, cependant ne voyant pas couler 
notre vaisseau, nous reprimes courage et fîmes des grands efforts 
pour nous tirer de dessus ce banc, mais notre plus grande crainte 
fust que quand a la fin nous debarasserions le vaisseau quittant 
le banc de sable nous senterions seulement alors les effects de 
ce méchant coup, que le vaisseau estant libre la fente s'elargis- 
sant qu'infalliblement nous submergerions, mais par la Grace 
spéciale du Tout Puissant il n'y eust pas du mal, ainsi après 
que la marée fust montée et le vent un peu plus favorable nous 
tendimes touts les voiles et avec bien de la peine debarassames 
le vaisseau, remerciant au Bon Dieu de nous avoir délivré d'un 
si grand danger. 

Vent contraire nous tient plusieurs jours sur un banc parmi des 
roseaux hurtames encore sur un Roc d 'écailles d'huîtres. 
Le troiseme jour nous eûmes encore un vent violent et con- 
traire que nous fumes obligé de nous mettre a lancre sur un banc 
garnis de roseaux ou nous fumes a labris pour plusieurs jours, 
a la fin par un 4 d de vent nous passâmes par un canal qui tra- 
versoit ses roseaux et nous fumes encore si malheureux/ 70 qu'au 



154 The Graff 'envied Manuscript C 

bout du canal nous hurtames contre un roc ou un grand monceau 
d'huitres ou nous eûmes de la besoigne pour une demy journée 
pour nous debarasser de cett endroit et fumes d'obligation d'at- 
tendre que la marée fust haute pour en sortir avec un vent favor- 
able. Continuant notre route nous arivames a la fin l'endroit 
désiré et il estoit tems, car nous n'avions plus de provision, croy- 
ant au commencement de faire notre passage en deux fois 24 
heures nous eûmes passé 10 jours a ce trajet: voicy dont l'événe- 
ment de ce qui le Patron du Vaisseau nous prédit de ce signe 
de dessus le mas du vaisseau. 

Mon arrivé au Gouvernement chez M r . le Gouv. Hyde, séjour de 
6 semaines. Je prepare une Sloop ou bâtiment de provision 
pour mes Colonistes. Accident fâcheux, le feu se mist aux 
feuilles de tabac. 

Le Vaisseau tout en combustion par le feu qui prist au tonelet de 
poudre périt 6 e Contretems Capital. 

Ayant été obligé de m'arreter passé 6 semaines auprès de 
Mr. le Gouverneur Hyde, tant pour assister en conseil corne en 
estant membre, et pourvocquer aux autres affaires de la Prov- 
ince, que pour procurer les provisions neccesaires, tant de bouche 
que de guerre pour ma colonie presq désolée, i'ay pu a la fin, mais 
avec beaucoup de peine renvoyer ma sloop ou brigantin pourvu 
de bled, de poudre, plomb, tabac, un peu de brantvin etc. a Neu- 
berne. Mais, helas! quel malheur ne survient il pas mes pauvres 
gens s'attendoient bien en vain sur ce secours que ie leurs avois 
promis. Car quand le brigantin eust passé presq le sound et 
atteint l'embouchure de la Riviere de News, les mattelots se 
croyant hors du danger burent trop de brantvin tellement qu'ils 
s'endormirent, mais n'ayant pas eu soin d'éteindre le feu sur 
le foyer des eteincelles du bois qui bruloit encore sur le foyer 
sautèrent parmy les feuilles de tabac qui n'estoit pas bien éloigné 
de delà que le feu y prist, la fumée ayant éveillé ses dormeurs 
ils furent si surpris et épouvantez dans la crainte que le ton- 
nelet de poudre sauteroit en l'air, sans ce mettre en peine d'étein- 
dre le feu, ne manquants pas d'eau ils s'adviserent de ce sauver 



The Graffenried Manuscript C 155 

et ce mirent dans le petit barque, et, abandonant le vaisseau, et 
avant qu'ils feussent arive au bord a Terre le feu prist au ton- 
nelet de poudre qui sauta en lair et le vaisseau tout en combus- 
tion perist. 

Je laisse a penser le lecteur qu'elle trist nouvelle pour ces 
pauvres gens de Neuberne qui presq agonissant de faim a faute 
de vivres soupiroient a bouche ouverte après ce secours tant 
longtems désirez, et quell crevé coeur a moy de voir mon pauvre 
peuple frustré de cette assistance, sans parler de la perte con- 
siderable qu'il m'en ariva. Cependant m'imaginaut bien que ce 
petit secours ne suffiroit pas y ayant a peine pour se raffraichir 
un peu, ie fis touts mes efforts pour me pourvoir d'un plus 
gros vaisseau des même effects que l'autre, mais ie fus tant 
amusé et les choses trainerent tant en longueur, que j'en devi- 
ents tout chagrin prévoyant bien que telles tergiversations en 
semblables conjectures nous metroient dans un miserable état 
et qu'a la longue il seroit impossible de subsister de la manière; 
c'est pourquoy ie disposay mes affaires au plus seur, avec ordre 
que si les affaires n'aloient pas mieux et que la Province ne 
me soulagast pas, que mes colonistes s'en viendroient dans le 
même vaisseau avec M.M. qui en auroit la conduite pour chercher 
mieux et la on m'avoit fait des offertes si advantageuses mais 
j'avois beau proposer, j'eus tant de peine a faire les provisions 
susdites que ie ne croyois pas en venir about tout alloit si lente- 
ment et si mal auprès du Gouvernement que ie n'esperois plus 
aucune bone chose de cette province, tellement que ie ne hesitois 
plus pour aller en Virginie./ 71 Cependant avant que ie passe 
outre a la relation de mon voyage de Virginie, il sera bon de 
mentioner aussi ce que nous avons fait pendant ce long séjour 
auprès du Gouvernement pour le bien et seureté de la Province. 
Apres que jeus dont représenté a Mons. le Gouv. Hyde et Con- 
seil, qu'il faloit mettre meilleur ordre aux affaires, que sans 
cela vous risquions de périr entre les mains des sauvages; nous 
commençâmes examiner et considérer les choses de plus près, 
pour tacher de remédier au plus pressant mais jay esté tout sur- 
pris de trouver tant d'ignorants et de laches. 



156 The Graffenried Manuscript C 

Representations pour la seureté de la Province. 

i°. Il sagissoit avant touttes choses de trouver des vivres 
suffisants sans quoy il est impossible de faire la Guerre prin- 
cipalement avec les sauvages, cependant ses Carolins estoient si 
volages que bien loin de faire les provisions nécessaires ils ont 
vendu des graines et due salé hors de la Province pour ce sujet 
j'ay prié Mons. le Gouv. instament de publier un mandat severe 
de defence que persone aye a sortir ny vendre chose que ce soit 
hors de la Province sous des grandes amandes et punitions. 

2 . Quil faloit s'informer exactement si la Province pour- 
rait fournir des graines a suffisance pour soutenir une guère 
si longue, mais ayant trouvé qu'il en avoit pas assez de bien près, 
il estoit dont nécessaire de ce pourvoir dans les Provinces voi- 
sines. 

3°. Puisq ny la Province, ny les particuliers n'estoient four- 
nis, ny de poudre, ny de plomb, ny d'armes a suffisance qu'il 
en faloit faire venir d'autre part, mais on ne sceut ou trouver 
largent pour cela, et les Carolins estoient en si petite consider- 
ation qu'ils n'en auroient pas trouvé a credit ainsi ie fus d'obli- 
gation de voir si Mons. le Gouv. de Virginie ne voudroit nous 
tendre main. 

4 . Supposé qu'on auroit a la fin obtenu tout ce que dessus 
que faire avec une poignée de monde, a peine pouvions nous 
amasser 300 homes portant armes dant toutte la Province encore 
partie d'eux n'estoient ils pas trop bien équipez ny alloient ils 
de bon coeur a l'action. 

La dessus commission me fust donée de voir Mons. le Gouv- 
ern. de Virginie pour le disposer a nous fournir du monde et 
suffisantes provisions, ce quil offrit de faire au nom de la Reine 
de la Grande Bretagne, moyenant un salaire réglé aux soldats, 
et restitution de provisions de bouche et de Guère. Ce qui ne 
plust pas au Carolins, disants n'être pas en capacité de rendre 
telles sommes, que Mr. le Gouverneur devoit faire cela aux frais 
de sa Majesté, ce qu'on trouva ridicule, car pourquoy faudroit 
il que la Reine fournisse ces choses ne tirant aucun interest ny 
benefice de cette Province; les Lords Propriétaires en tirant les 
Revenus, il est juste qu'ils en ayent les frais et charges. Cecy 



The Graffcnried Manuscript C 157 

fust cause que quelques persones allèrent auprès de Mons. le 
Gouv. de Virginie pour sonder auprès de luy, s'il voudroit/ 
72 prendre en la Protection la Province de Caroline, ce qu'il re- 
fusa par bones consideration. 

5 . fust proposé qu'on devoit aussi fortifier un endroit de 
la Province tant pour pouvoir sy retirer dans la nécessité que 
pour y tenir un magazin, et s'y tennir en seureté, mais il n'y 
eust rien a faire. 

Deputation en Sud-Caroline pour du Secours. 
Que faire dont une si méchante situation d'affaires pendant 
touttes ses tergiversations, les sauvages passèrent outre, deve- 
nants fiers d'une si pauvre resistance, attaquèrent et pillèrent 
une Plantation après l'autre. La dernière ressource fust d'en- 
voyer promptement des députez en Sud-Caroline pour y solliciter 
du secours, ce qu'on obtint, et sans ce secours toute la Province 
auroit été perdue. 

Colonel Barmvell vient avec 800. Indiens: Tributaires §0. Anglois- 
Attaque du Col. Barnwell un Village de Cor, Le Roy et sa 
trouppe deffaits. 

Le Gouvernement de Sud Caroline envoya dont 800. sauv- 
ages tributaires avec 50 anglois Carolins, sous le comendement 
de Colonel Barnwel, touts bien pourvu de poudre et de plomb. 
Le Theatre de cette Guerre fust près de mon quartier de Neu- 
berne : Cest a l'arivée de ce secours, que la Guerre s'alluma en 
forme, et ses sauvages tributaires tout au comencement fondirent 
tellement sur une partie de la nation des Tuscaruros qu'ils en 
furent tout épouvantez et les sauvages de Nord Caroline furent 
obligé de ce retrancher dans un fort quils firent : La dessus le 
secours de Sud Caroline après avoir receu les ordres a Neuberne, 
marchèrent vers un grand village Indien nomé Core, environ 30 
miles de Neubern en chassèrent le Roy et sa trouppe, même ils 
y allèrent d'une si grande furie, qu'après avoir tué une bone partie 
pour sanimer d'advantage, ils mirent cuire de la chair d'un sauv- 
age d'un en bon point et le mangèrent, a ce secours de Sud-Car- 
oline nous ordonames 200 anglois de Nord Caroline sous le 



158 The Graff enried Manuscript C 

comandement du Colonel Boid avec quelques sauvages amys de 
la Province, item 50 homes de ma Colonie sous le comandement 
de Mr. M. 

Les Indiens bien retranchés et fortifies, près du Village de Ca- 
techna, tiennent bons, et les Carolins sont obligé de lever le 
Siege. 

Apres cette expedition ce corps mêlé d'européens et de sau- 
vages entra plus avant dans les bois, et ce posta devant un gros 
village Ind. nome Catechna, ou ie fus pris prisonier auparavant, 
dans ce village s'estoient retiré et postez nos Ennemys sauvages 
consistants d'un melange d'Indiens des Rivieres de Weetock, Bay, 
News, Cor, Pamptego et une partie de la Nation des Tuscaruros ; 
Ils y furent si bien retranchez et fortifié qu'a la premiere attaque 
on n'en put venir about, mais le sujet de cela fust que les ordres 
n'avoient pas bien été excutéz ou observez, l'attaque ce devoit 
faire en divers endroits d'un même temps, mais ce Capit. Brice 
avec sa bande brouillante furent trop prompts, commençant 
avant le tems fixé et que les autres fussent prests, ils furent cause 
que tout est allé en desordre, plusieurs de nos gens furent blessez 
et quelques uns tué, ainsi les nôtres sans faire aucun mail aux 
assiégez furent d'obligation de ce retirer./ 

73 Mon Sentiment de ce servir de quelq gros Canons en une se- 
conde attaque. Les Cannons susd. font un merveilleux effect, 
Les Ind: demandent Trêve accordée. 

Quand ses fâcheuses nouvelles furent raportées au conseil 
ou nous estions assemblés nous fumes fort occupez a trouver des 
expedients pour pouvoir tennir mieux tête a nos ennemis je jettay 
les yeux par hazard sur 6 ou 8 pieces de Canon de fontes de fer 
qui couchoient dans la cour tout démontez, enrouillez et plains 
de sable, et proposay d'en accomoder deux des plus petits le 
mieux qu'on pourrait et de les envoyer a nos gens pour s'en 
servir a la seconde attaque qu'on formerait, mais mon sentiment 
au premier abord passa pour ridicule, m'opposants qu'il estoit 
impossible de les passer par dessus les marets, fosséz et bois, je 
leur repliquay aisément, me souvenant encore de ce qu'un res- 



The Graff enried Manuscript C 159 

sortissant du Balliage d'Yverdon, le Capit. Jaccard de S te . Croix, 
ou ie renouvellay la justice, me dit me raccontant cornent il s'y 
etoit pris en un siege d'une fortresse considerable en Flandre 
(ce que même luy fist sa fortune) je proposay dont qu'on mene- 
roit chaque piece sur une espèce de brancar entre des chevaux ce 
qui fust exécuté ordonant plus outre ce qui etoit nécessaire, cela 
réussit parfaitement bien. Car après avoir fait les aproches 
convenablement, a peine eust on tiré deux boulets contre le fort 
avec quelques granades qu'on sceut adroittement jetter dedans le 
fort, les Indiens qui ne scavoient rien de semblables inventions 
et qui n'avoient pas ouis de si terribles eclats, en furent telle- 
ment épouvantez qu'ils demandèrent une Trêve : Apres avoir tenu 
conseil de Guerre, fust conclu, qu'on accorderoit cette Trêve 
dans l'intention de faire une Paix advantageuse ; ce qui dona lieu 
a telle pensée fust que les pauvres prisoniers chrétiens dont est 
fait mention p. 65 etoient detenus dans ce fort, qui crièrent hors 
du fort que si on prennoit le fort par assault et de vigeur qu'ils 
perdroient touts la vie misérablement. On capitula dont avec 
condition qu'avant touttes choses les pauvres prisoniers seroient 
élargis et délivrez ce qui fust exécuté. 

Retour de nos trouppes à Neubemc. Un contentement de Col. 

Barnwél. Stratagem perfide de Col. Bamwel. Rupture de 

Trêve. 

La dessus nos trouppes s'en retournèrent a Neuberne pour 
se raffrechir un peu, car on etoit mal pourvu de vivres, et corne 
la Province n'avoit pas repondu a l'attente du Col. Bamwel, son 
monde même n'ayant pas receu les provisions nécessaires, mal 
content, il songa a quelq expedient cornent s'en retourner chez 
luy avec son monde avec profit, et sous prétexte d'une Paix il 
attira une bone partie des Ennemis près du village de Core, ou 
il les fist touts prisoniers, ce qui accomoda bien ses sauvages 
tributaires, puis qu'on leurs avoit promis une certaine somme 
ou la valeur en marchendise par tête, ainsi s'en retournant en Sud 
Caroline tout joyeux avec leurs prisoniers sauvages mais ce 
Colonel Bamwel offusca par cette action noire tout ce qu'il avoit 
fait de louable auparavant. 



i6o The Graffenried Manuscript C 

Les Tuscoruros irrité de cette Rupture de Trêve, se fortifient 
mieux et font des grands ravages. Plaintes au Gouv. de Sud- 
Carol: contre Barnwell. Sollicitation pour un nouv. Secours 
accordé sons le Command: de Cap. More. Nouv. attaque, le 
fort pris par assaut, 200 Ind: bridé, en tout çoo tant homes, 
femes et enfants tués et prisoniers. 

Cette ruption de Trêve et action detestable d'un chrétien ou 
qui pretendoit en entre un, ne manqua pas d'irriter terriblement 
le reste des Tuscaruros et indiens Carolins, tellement qu'avec 
justice ils ne peuvent plus ce fier aux Européens, ie ne veu pas 
dire chrétiens, c'est pourquoi ils se fortifièrent encore mieux/ 
7 *et firent des terribles ravages le long des deux Rivieres News 
et Pamptego, ainsi les derniers troubles furent pis que les pre- 
miers: Ce que nous a obligé de faire des plaintes bien fortes 
contre ce Col. Barnwel, solicitant derechef pour un nouveau 
secours de Sud Caroline, lequell nous obtinmes quoy que pas 
si fort que le premier sous le comandement du Capit. More qui 
se comporta mieux que le premier. Apres qu'on eust assemblé 
autant de monde qu'il fust possible, on reccomanca l'attaque 
de ce fort Indien près du village de Catechna, on fust plus heur- 
eux en cett assaut on devient maitre de ce petit siege en peu de 
tems, il y eut dans ce fort en un coin une espèce de redoute a 
laquelle on sceut mettre adroittement le feu et 200 sauvages y 
furent bruléz, dans le fort on tua plusiers et ils ce défendirent 
très bien, même lors qu'on prist prisoniers les femmes et enfants 
qui furent cachez sous Terre et qu'on voulut prendre les pro- 
visions qu'ils avoient, il y avoit des sauvages blessez rempants 
sur terre qui s'efforcoient encore d'endomager les vainqueurs : 
dans cette expedition on conta qu'il y eust tant tuez que pris 
prisoniers, hommes, femmes et enfants près de 900, des nôtres 
aussi bien que des tributaires Indien il y en eust aussi beaucoup 
de blessez et plusieurs de tuez. Apres cela nous eûmes un peu 
de repos quoy qu'il y eust encore quelques uns de ceux qui res- 
tèrent écartez de ses endroits qui de tems en tems molestassent 
quelq Plantations. 



The Graff enried Manuscript C 161 

Acheminement pour la Paix. Paix conclue. 
Il sagissoit dont cornent se mettre en seureté pour le futur, 
contre les sauvages restants et leur voisins ; nous fumes citer les 
Roys voisins (N. B. ses Roitelets ne sont proprement que les 
chefs d'une certaine quantité d'Indiens, touttefois ce Titre est 
héréditaire et tombe sur la postérité, même il y en eust 6 ou 7 
de ses Roitelets qui parurent), après avoir conférez a diverse 
fois, nous fîmes une Paix telle que la souhaitions, tellement 
qu'alors il n'y avoit plus rien a craindre, puisque les Indiens 
situez riere Virginie et qui sont tributaires de cette Province, 
sont garants de cette Paix, et les restants Indiens Carolins sont 
présentement aussi devenu Tributaires de la Province de Nord 
Caroline ou plutost des Lords Prop./ 

Situation malheureuse de mes colonistes Quelque relâche accordé. 
Cependant nonobstant cette Paix nos pauvres colonistes res- 
toient pas du mieux, mais disperses ca et la, parmy des Plan- 
teurs anglois ou Carolins ; quelques uns retournèrent a Neuberne 
ou ils purent cultiver des Terres desia defrichéez au reste j'avois 
permis aux uns et aux autres de quitter leurs Plantations pour 
une couple d'années de ce mettre en service auprès des Planteurs 
les plus moyennes, affin de pouvoir amasser quelq petite chose 
avec leur subsistance, pour après se remettre sur leur Plantation, 
et pour ses deux années ils seroient quitte de leurs cences fon- 
cières, a M. M. et aux Bernois ie fis scavoir que suivant qu'on 
s'estoit entreparlé ie m'en allois en Virginie pour y mettre les 
ordres nécessaires affin d'y/ 75 faire un établissement plus asseuré, 
m'estant impossible de restaurer de mes propres forces et moy- 
ens une colonie si délabrée, d'autant qu'il y avoit un fort petit 
prospect et peu d'espérance pour aucune autre assistance de chez 

moy. 

Mon arrivée en Virginie. 

Apres dont avoir pris congé de Mons. le Gouverneur et con- 
seil de Caroline, ie partis pour voir Mons. le Gouverneur de 
Virginie que me receust très favorablement, et de qui j'obtiens 
qu'il maccorda un vaisseau de Guerre bien equippé pour convoy 
accause du danger des câpres, ce qui est beaucoup et une grande 



1 62 The Graff envied Manuscript C 

faveur a un particulier, La dessus ie donay advis a M. M. qui 
devoit avoir la conduite de mon Peuple, et qui effectivement 
se recontra a une place ou frontière de Virginie et de Caro- 
line en conference, avec les deux seigneurs Gouverneurs Hyde 
et Spotswood : Le jour fust dont nomé et fixé et l'endroit ou 
le vaisseau de Guerre devoit ce poster estoit a L'Isle de Cora- 
tuck en Nord Caroline, dans la ferme persuasion que tout cecy 
reussitoit parfaittement bien, ie pris mon chemin plus avant 
dans la Virginie le long de la grande Riviere de Potomack, et 
en Maryland, pour asseurer les quartiers et les provisions néces- 
saires de vivres et de bétail. 

Mon arrivée en Maryland auprès du Saut de Potomak. 

Lendroit de notre Rendez vous fust chez un très galant 
home le sieur Rosier, près de la chutte de Potomack ou quelques 
messieurs de Pensilvanie qui etoient aussi intéressez avec nous, 
m'estoient venu a recontre dans l'espérance de voir une fois 
ce qu'en seroit de cette belle et riche mine d'argent dont le sieur 
M. en fist tant de bruit et a quelle recherche ils avoient desia 
fournie tant d'argent. 

/ 'oyage au dessus du Saut. Arrivée a Canavest Le plan 6 b * 
Nous estant tenu assez longtemps a cette endroit sans ap- 
prendre aucune nouvelle, ny du Sr. M. ny de la colonie qu'atten- 
dions de jour a autre avec impatience; les demarches si étranges 
de ce M. nous firent presq douter et pas sans raison de la realité 
de ces advances. Cest pourquoy nous primes la resolution d'aller 
nous même visiter l'endroit des mines dont il nous avoit doné 
un plan. Nous nous préparâmes dont en meilleure forme pour 
ce voyage quoy que bien dangereux; et come j'avois formé ce 
dessein desia avant que j'eusse été advertis de ce rendezvous, 
ie pris mes precautions, communiquant mon dessein a Mons. le 
Gouverneur de Virginie qui me dona des Patentes, memement 
publia des mandats par lesquels il ordona qu'a ma premiere 
recherche ou sur les premiers advis les gardes des frontières 
dévoient me suivre et m'accompagner. Quand nous vinmes a 
un petit village nomé Canavest, endroit enchanté et bien plaisant, 

*See map facing p. 188. 



The Graffenried Manuscript C 163 

environ 40 miles au dessus la chute de Potomack nous trou- 
vâmes la un trouppeau de sauvages établis et principalement un 
francois de Canada, nomé Martin Charetier qui avoit épousé 
une Indienne ou Sauvage, qui etoit en grand Credit parmy les 
sauvages riere Pensilvanie et Maryland, et sur les beaux ad- 
vances du Sr. M. sy estoit placé, quittant pour ce sujet son en- 
droit ou il fust bien etabilis en Pensilvanie. 

''^Alliance avec les Ind: de Canavest. Montagne de Sngarlove. 

Retour vers la Chutte de Pottomak dans un navet d'ecorce 

d'arbre. 

Ce même Martin Charetier avoit aussi fait le voyage de 
Senantoux pour la recherche des mines avec le Sr. M. et y con- 
tribua une bone some d'argent; cett home nous advertit que les 
Indiens qui etoient dans le voisinage de cette montagne de S. 
ou dévoient être les mines, estaient fort allarméz de cette Guerre 
qu'avions avec les Tuscoruros, que nous ne devions pas nous 
hazarder dans un voyage si dangereux sans nécessité a quoy 
nous fîmes attention remettant ce parti pour une occassion et 
tems plus assuré. Cependant nous fîmes une alliance avec les 
Indiens de Canavest corne très nécessaire, tant par rapport des 
mines qu'espérions trouver par la aussi bien qu'accause de l'étab- 
lissement qu'avions résolu de faire en les endroits de notre 
petite colonie Bernoise qu'attendions. Apres cela nous visitâmes 
ses beaux endroits du Pays, ses Isles enchantées sur la Riviere 
de Potomack au dessus la chutte. Et delà a notre retour nous 
allâmes sur une montagne haute seule au milieu d'un vaste pays 
plat, nomée accause de la Sugarlove qui veut dire en francois 
pain de sucre, prenant avec nous un arpenteur; le susd. Martin 
Charetier et quelques sauvages. Des cette montagne nous vimes 
une grande étendue de Pays partie de Virginie, Maryland, Pen- 
silvanie & Caroline, nous servant du compas nous fîmes un plan, 
et observâmes particulièrement la montagne de Senantoua ou 
dévoient être les mines, trouvâmes que cette montagne etoit 
située riere Virginie et non riere Pensilvanie come on nous en 
avoit doné le Plan, et par hazard deux de ses sauvages connois- 
sant la situation de cette montagne nous dirent quils avoient 



1 64 The Graff enried Manuscript C 

desia rodé par la , qu'ils avoient presq visité touts les coins de 
cette montagne mais qu'ils n'avoient trouvé aucun minerai et 
que notre plan n'estoit pas juste de quoy nous fumes bien sur- 
pris. Nous découvrîmes de cette hauteur trois chênes de mon- 
tagnes toujours une plus haute que l'autre, un peu éloignées et 
des très beau Valons entre les premieres. Apres que fumes 
redescendus de cette montagne ou il y eust au bas une très belle 
et bone fontaine et bon terrein, nous allâmes coucher chez ce 
Martin Charetier ou nous fumes logez et traittéz a l'indiene. Le 
jour après nous partimes pour nous en retourner, nous descen- 
dîmes la Riviere a quell sujet les Indiens nous firent un petit 
batteau d'ecorce d'arbre a moins d'une demy iournée d'une 
adresse merveilleuse nous y entrâmes 5 de nous et deux sauvages, 
qui conduisoient le navet, nous y mimes encore notre bagage 
c'estoit un charme de voir en descendant le beau pays a coté et 
les jolies isles, mais quand nous vinmes auprès dun grand Roc 
au meilleu de la Riviere guère loin de la chutte come est a voir 
dans le plan No. C. nous trouvâmes le passage dangereux (car 
a lentour de ce Roc qui est presq une petite montagne ou il y 
a une jolie plaine dessus ou même il y demeuroit un Indien) il 
y a encore quantité de petit rocs et grosses pieres ce qui fait que 
les passages sont rapides étroits et méchants ; je ne voulus pas 
y descendre et sortîmes touts, hormis Mr. Rosier qui connois- 
sant l'addresse/ 77 des Indiens, l'hazarda, quand nous vimes de 
loin quels tours quil falut faire, de quelle adresse inexprimable 
il falut conduire ce canou ou navet, nous crûmes quasi qu'il y 
avoit de la magie dans le fait, et nous fumes bien aise d'etre 
dehors, principalement quand nous entendîmes chanter les In- 
diens lorsqu'ils passèrent d'une grande rapidité, hurlant presq 
a une grosse piere ou roche cela fist pourtant prier mon bon Sr. 
Rosier tant hardis qu'il put être : a une 4 d de lieu de delà ce 
méchant passage ils s'arrêtèrent et nous rentrâmes au batteau, 
le bon home Rosier encore tout pasle de peur nous asseura bien 
qu'il ne seroit plus si téméraire. Nous descendimes des la fort 
bien et doucement la Riviere, jusques a la chutte, a un 4 d de 
lieu de ça nous sortimes, les valets ayant amené nos chevaux, 
cependant avant que de monter a cheval nous regardâmes corne 



The Graff enried Manuscript C 165 

les Indiens portoient leur navet sur les épaules dans le bois pour le 
raccomoder s'estant bien gardé de nous dire que le avoit esté 
gâté en hurtant contre une roche, il falut raccourir le navet en 
couppant ce bout, après l'avoir bien raccomodé les Indiens le 
rapportèrent a la Riviere et furent assez téméraires que de de- 
scendre le saut ou la grande chutte de Potomack, ils passèrent a 
leur dire heureusement, mais pourtant ils nous mirent bien en 
peine en ce quils tardèrent beaucoup avant que de nous joindre 
chez Mons. Rosier, ou nous logames; je restois encore quelq 
tems chez ce mons. y attendant toujours mon Peuple de Croline, 
le reste de la Compagnie reprirent le chemin de Pensilvanie, mal 
satisfait des tergiversations de M. M. et de son étrange conduite. 

Raison qui font voir quil estoit facile detre dupe par M r . M: 
d'autres persones bien rusées ont donné dans le panneau. 

Il est a remarquer que le Sr. M. que ie nomme pas icy par 
des bones considerations, a bien dupé du monde par ses belles 
Relations et persuasions d'avoir trouvé des mines si riches et 
si jay doné aussi dans le panneau, il estoit facile de m'attra- 
per estant étranger dans ces Pays, mon fondement fust i°. que ie 
croyois un home de sa qualité et encore compatriot, incapable 
de semblables tours. 2° . le minerai quil avoit montré, ayant esté 
prouvé fust trouvé bien bon. 3 . Les serments qu'il fist. 4 . les 
Patentes qu'il demandoit a la Reine d'Angleterre pour ce fait, 
un trait bien hardis. 5 . puis que tant de persones de Pensilvanie 
et d'autres Provinces avoient fait le voyage tout ouvertement 
avec permission des Gouverneurs voisins pour la découverte de 
ses mines il paroissoit quelq chose de reel dans le fait. 6°. Entre 
autres il s'y etoient intéressé un marchand de Pensilvanie bien 
rusé et pas jeune, encore un habile orfeuvre et d'autres persones 
qui dévoient bien connoitre le Terrein par la, voyant que ceuxci 
habiles gens habitant dans ces pays des leurs jeunesse même, 
quelques uns natifs dans ces lieux y hazardoient des somes con- 
siderables, ie ne pouvois m'imaginer qu'ils n'eussent pas pris 
touttes leurs seuretéz et precautions. 7 . Nous fîmes un traitté 
formel avec des mineurs d'Allemagne pour acheminer le tout le 



1 66 The Graff enried Manuscript C 

S r . M. fist un voyage en Hollande pour s'entreparler avec le chef 
des mineurs qui devoit preparer touts les utensils et choses néces- 
saires pour/ 78 cette entreprise qui coustoient près de iooo escubl. 
8°. Monsieur Penn Propriétaire de Pensilvanie fist un Traitté 
avec nous ayant connoissance de tout ce fait a fond, qui nous 
favorisa beaucoup a cett égard même établis le Sr. M. Directeur 
general de touts les minereaux de sa Province. Qui après tant 
d'autres semblables demarches, douteroit plus de la realité du 
fait. De cette farce il y auroit une histoire entière a faire et 
assez grotesq, mais ie passe outre; pour moy ie m'en consolerois 
encore, mais ie plains les pauvres mineurs qui ont quitté le cer- 
tain qu'ils avoient en Allemagne pour aller chercher l'incertain 
en Ameriq ; pour une bone vocation qu'ils avoient, ils ont pré- 
sentement rien que ce qu'ils peuvent profiter de quelque terrein 
défriché ou ils sont obligé de vivre bien petitement. Le maître 
mineur même fust arrêté avec touts ses hardes et utensils par 
l'Ambassadeur de l'Empereur et en danger d'une grande peine, 
même de sa vie, si l'Ambassadeur d'Angleterre n'eust trouvé le 
moven de le libérer. 



Belle Situations des Terres dessus et dessous le Saut de Pottomak 
ou nous voullions établir aussi une Colonie. Vide le plan 
pag. 6 b . 

Je reviens a la petite novelle Colonie que voullions établir. 
Je crois qu'il y a guère d'endroits dans le monde, plus beau et 
mieux situé que celuy cy de Potomack et de Canavest lequell nous 
voulions partager en deux petites colonies. La premiere juste- 
ment dessus le saut ou chutte, ou il y a une très jolie Isle de très 
bon terrain, et vis a vis un coin entre la grande Riviere de Poto- 
mack et une autre petite Riviere nomée Gold Creek, en francois 
ruisseau d'or, comode pour recevoir tout ce qui vient d'en haut 
la Riviere, les plus gros navires marchands y pouvant faire voile, 
aussi bien que ce qui vient bas de dessus le saut ou d'alentour. 
L'autre Colonie devoit être établie près de Canavest come est a 
voir par le plan pag. $ b . 



The Graffenried Manuscript C i6j 

Un messager de Caroline apporte mauvaises nouvelles de mon 

Brigantin. 
N'ayant eu de deux mois de tems pas la moindre nouvelle 
de Caroline, il ariva a la fin un messager avec des fâcheuses nou- 
velles par lesquelles M. M. m'indiqua seulement en peu de mots; 
que le porteur de ce billet desiroit d'avoir le comandement de 
notre Brigantin, que ie devois accorder avec luy. Qu'après que 
le Brigantin eust amené a News le bled des longtems désiré, 
auroit échoué a son retour dessus un banc de sable qu'il estoit 
dans un pauvre état, et gâté par la vermine, par les grandes 
chaleurs qu'il avoit besoin de cordages et d'autres accomode- 
ments, outre quil estoit tellement enfoncé dans le sable qu'on 
auroit de la peine a l'en tirer; que je devois aller en Caroline au 
plus vite, faisant cependant aucune mention du vaisseau de 
Guerre envoyé de Virginie pour convoy et de ce qu'il s'estoit 
passé plus outre pendant un si long espace de tems et si ennuyant 
pour moy que j'estois presq pour mourir de chagrin et d'impa- 
tience; une nouvelle si contraire et un advis si étrange me sur- 
prist tellement qua la cervelle me devoit tourner, après tant de 
peines prises, touts les ordres donéz et les Provisions néces- 
saires faittes, et tout cela inutilement. Je renvoyay le Cap. pré- 
tendu de notre vaisseau pas trop content, pourtant avec ordre 
de raccomoder le Bâtiment/ 79 le mieux possible et au plus vite 
puis qu'il n'avoit a faire qu'un petit trajet le long des cotes 
de la merz. J'écrivis aussi a Mr. le Col. Pollock come a celuy 
qui etoit le mieux pourvu. Puisque le vaisseau etoit au service 
de la Province qu'on devoit procurer le plus nécessaire pour la 
nécessité, représentant que ie ferois desia le reste par la Vir- 
ginie ; mais tout fust trainé en longueur, si ie voullois que ma 
besoigne advancasse il faloit aller moy même. 

Mon retour du Voyage de Potomak, en Virginie, Arrivée chez 
M r le Gouverneur. Ses reproches sur la conduite de M. Le 
Vaisseau de Guerre envoyé inutilement. 
Lors qu'en chemin faisant j 'allay auprès de Mr. le Gouver- 
neur de Virginie, je trouvay un visage tout autre que cy devant, 
tout froid et indifférent, et ie ne pus deviner la raison pourquoy 



1 68 The Graffenricd Manuscript C 

pourtant avec des reproches sérieuses a la fin ce Seigneur luy 
même me sortit de peine, disant pour qui nous le regardions? 
qu'il auroit espéré que nous aurions mieux reconnu ses civilitéz 
et services, voir des services si considerables qu'il n'auroit pas 
fati a chaq particulier, qu'au lieu de la juste reconnoissance que 
luy devions nous agissions bien cavalièrement envers luy etc. 
Dans cette extreme surprise je m'excusay, sans scavoir encore 
que devienroit tout cela, demandant pourtant un éclaircissement, 
ainsi Monsieur le Gouverneur s'expliqua disant, oui, oui, votre 
beau M. m'a joué un vilain tour, me raccontant corne de la 
manière concertée il envoya un vaisseau de Guerre bien équipé 
pour quérir le Brigantin et mon monde, et pour le convoy. Le 
Capit. du vaisseau ay attendu près de 6 jours devant l'Isle de 
Coratuck devient à la fin impatient lors qu'il vist persone s'ap- 
procher, il envoya son lieutenant dans le barquet a bord pour 
s'informer si on apprendroit point de nouvelles du Brigantin de 
nos gens, mais persone n'en pouvant dire la moindre chose, lors- 
qu'il s'approcha plus outre d'unpetit village nomé Little River, 
il aprist a la fin que M. etoit a Neuberne et que le Brigantin estoit 
enfoncé dans un banc de sable en pauvre état et qu'on ne le pou- 
voit oster de delà. Apres que le lieutenant eust apris ces nouvelles 
il retourna promptement vers son Capitaine qui fust tout dé- 
concerté et outré pour avoir fait un voyage si inutile et perillieux 
et n'avoir pas esté advertis de bon heure de ce que s'estoit passé, 
car si une tempête ou grand orage etoit survenus en ce tems, 
il auroit été obligé de prendre le haut de la merz, ou il auroit 
infalliblement péris avec tout son equipage, s'il auroit poussé 
contre la Terre ferme, les Eaux étant fort basses en ses endroits ; 
ainsi sans s'arrêter plus longtems il fist voile vers la Virginie. 

2 e Contr éteins Capital. 
Cette relation fâcheuse étant finie jetois pour tomber en 
défaillance de surprise de chagrin et de honte de ce qu'un Seig- 
neur de ce caractère (a qui j'avois tant d'obligation pour tant 
de bien et de caresses, a qui même j'etois redevable de la vie 
après le Bon Dieu) eust été amusé de la manière je comencay 
a m'excuser le mieux que ie pus, représentant comme j'avois été 



The Graff enried Manuscript C 169 

joué moy même d'un étrange manière de ce miserable/ 80 tout 
étant desia établis et préparé vers la chutte de Potomack que 
j'etois bien en peine cornent me tirer dun semblable labyrinde. 
Apres que Mr. le Gouverneur m'eust présenté un verre de vin 
pour me raffrechir, il comenca a me plaindre que jeus a faire avec 
une tête si bizarre me conseillant de me séparer de luy, etc. 

Mon depart de Virginie pour Caroline et mon arrivée. Demande 
que mon Brigantin soit reparé aux frais de la Prov. puis qu'il 
a péris en son service ie leur ay même remis. 

Ayant passé la couchée chez Mr. le Gouverneur et receu 
beaucoup de caresses, ie partis a la haste pour la Caroline pour 
doner les ordres nécessaire corne dit ci dessus, javois aussi doné 
des ordres pour des voiles et cordages, affin de monter le Brig- 
antin en cas de nécessité. A mon arivée chez Mr. Hyde Gouv. 
de Caroline, j'appris seulement alors toutte l'affaire a fond et 
ie ne scay quoy de fâcheux avec. J'écrivis d'abord a M. M. pour 
me doner une information exacte de touttes choses, mais ie ne 
fus pas trop bien satisfait, ie le sollicitay la dessus de venir auprès 
de moy, affin que puissions prendre les mesures nécessaires sur 
l'un et l'autre affaire, mais ie ne pus l'obtenir. Je mis dont ordre 
autre part, ie sollicitay Mr. le Gouv. et conseil, que puis que le 
Brigantin auroit été si mal accomodé au service de la Province, 
qu'il n'etoit rien de plus juste qu'on me le remit en bon état, ce 
qui fust aussi approuvé ; on envoya dont un home entendu en 
ses sortes de choses, pour visiter et raccomoder le brigantin, mais 
il fust mal pourvu de vivres et autres moyens, qu'il revient même 
bien malade par les grandes chaleurs, m'informant aussi que le 
brigantin ne pouvoit tennir guère plus longtems pour avoir été 
exposé a la grande chaleur pendant tout l'esté et gâté de la ver- 
mine et qu'il le faudrait monter tout neuf, mais qu'il ne le valoit 
pas. Je remis dont le brigantin a la Province tell qu'il etoit et 
ie le voulus avoir taxé au même prix qu'il valoit lors qu'il entra 
en service de la Province, mais a peine m'avoit on adjugé la 
moitié, il n'y a encore rien de payé aussi peu que du petit qui périt 
par le feu ce mist au tonnelet de poudre corne en est fait mention 
pag. 70. 



170 The Graffenried Manuscript C 

Representations a M. des fâcheuses Conjonctures pour y trouver 
remède, point de Satisfaction. Oposition a la proposition de 
Mesesipy. 

Ou allez avec mes gens qui d'un coté ne pouvoient plus sus- 
sister et de lautre tout etoit prest pour les recevoir et bien établir 
ie veu dire en Virginie et Maryland et en Caroline ie ne voyois 
plus de jour pour moy; J'écrivis d'une manière forte a ce vaga- 
bond de M. désirant une conference dans des conjonctures si 
delicattes, sur tout que les créditeurs faisoient des mouvements 
et desiroient être payé, point de reponce, mais j'apris bien que 
M. empaquetoit tout sous prétexte de sauver mes affaires en des- 
sein d'aller en Sud Caroline ayant desia persuadé quelq Palatins 
d'aller avec luy; Un tour si soubsoneux et ie puis bien dire 
frauduleux me fist prendre d'autres mesures, et ie fus advertis 
que ie devois mettre mes affaires en meilleure seureté/ 81 mais 
trop tard. Sur cela, puis que le Col. Pollock, a qui ie devois une 
some considerable pour les Provisions advancées pour la Colo- 
nie comenca a former quelq soubson, corne de raison, ie le sollici- 
tay de faire inventariser le tout d'authorité par des jurez, tant ce 
qui apartient a la Colonie qu'a moy, mais mes meilleurs effects 
furent desia loin. De crainte que ma précédente lettre que jecri- 
vis a. M. ne luy fust pas parvenue j'écrivis encore pour la dernière 
fois, luy représentant qu'il etoit absolument nécessaire de s'abou- 
cher qu'il, y avoit periculum in mora mais au lieu d'une con- 
ference ie nobtiens rien qu'une lettre ambiguë et point satisfac- 
toire, ie crois qu'il etoit bien aise de trouver un prétexte a doner 
couleur a ses fourberies, et ce défaire de ce que selon ses propo- 
sez il ne pouvoit effectuer. J'aurois eu ample matière de me 
ressentir vivement contre un procédé si étrange et inexcusable 
mais pour épargner ses Parents considerables ie passe sous 
silence encore beaucoup de choses et ie n'aurois pas de l'honneur 
de me venger contre un malheureux de sa trempe. Il y avoit 
tant d'extravagances dans cette lettre qui faisoit voir clairement 
qu'il estoit un fourbe et qu'il nous avoit touts dupé autant que 
nous estions, un article principalement fist voir qu'il n'aloit pas 
le droit chemin ; C'est en proposant une nouvelle entreprise de la 



The Graff enried Manuscript C 171 

quelle il fist bien du cas, faisant touts ses efforts pour m'y per- 
suader, mais j'en avois desia assez sur mon conte; C'estoit de 
pousser outre contre Mexique il voulloit que ie transférasse la 
Colonie le long de la Riviere de Mesesipy, par la il a fait voir 
ou qu'il avoit perdu le bon sens ou qu'il etoit un fourbe, ie crois 
l'un et l'autre ensemble ; sans doute il avoit bu quand il écrivit 
cette lettre. i°. Cette Riviere de Mesesipy est bien éloignée de 
l'endroit ou nous estions en Nord Caroline, ou prendre les vivres 
pour tant de monde, et la voiture. 2 . Quelle seureté contre les 
câpres et les nations ennemies estant alors en guère avec la 
France. 3 . Cornent passer parmy tant de sortes de sauvages 
inconus, terrible danger et quelq chose de bien téméraire. 4 . Il 
y a 3 Nations qui y prétendent l'Espagne, la France et l'Angle- 
terre, il croyoit que Berne corne neutre obtiendroit ce pays fa- 
cilement, quelle pensée ! ce s'appelle bâtir des chatteaux en His- 
pagne. 5 . Considérez, l'incapacité de l'Etat de Berne qui pour 
n'avoir pas des forces maritimes ne scauroit soutenir un pays 
si éloigne. 6°. ce pays est desia marqué par les deux puissances 
l'Espagne et la France, la premiere possédant les pays delà de 
la Riviere contre le Mexique, la seconde ce qui est de ça la 
Riviere le prenant pour une dépendance ou plutost une bien- 
séance a la Canada, en ayant pris desia possession et y bâtis 
plusieurs forts come est a voir a la petite mappe de Mexique et 
la Nouvelle France; On voit par la que vrayement M. n'a pas 
bien fait son conte, et que telles alguerades, de Pensilvanie en 
Maryland, delà en Virginie, delà en Nord Caroline delà en Sud 
Caroline, et ala fin au Mesesipy, ne purent pas passer; la con- 
clusion dont pour les mines de Senantoua est bientost faitte, 
sil y a de la realité, pourquoy pas rester au voisinage, d'autant 
qu'il est si charmant, et qu'on y avoit desia tout préparé./ 

* 2 Dautres resolutions prises après tant de Contretems. Suis obligé 
de rester chez M r le Gonv Hyde pour la conclusion de la paix 
Indiene. 

Ayant fait mes reflexions sur ça que dessus & a la situa- 
tion fâcheuse de mes affaires; le peu d'assistance a espérer de 
Berne mes billets de change un après lautre protesté, et une fatal- 



172 The Graff enried Manuscript C 

ité toutte particulière en touttes mes entreprises, il sagissoit quell 
remède trouver dans une conjonture si fâcheuse et une néces- 
sité si urgente, pourtant ie songois a rien moins qu'a retourner 
en Europe, puis que j'avois encore deux nègres vers Mr. le Gouv. 
Hyde, ie voullois les prendre avec moy, dans le dessein de me 
servir d'eux vers Canavest auprès de quel Indien j'avois dessein 
de me retirer, et attirer peu a peu des Colonistes de Caroline a 
moins de frais a cett endroit dont plusieurs me temoignoient une 
grande envie de venir; mais Mr. le Gouv. Hyde me retient si 
longtems, (Puis que la Paix n'etoit pas encore ratifié tout a fait 
avec les Indiens, me voulant absolument avoir present a la con- 
clusion de celle) qu'un de mes créditeurs trouva l'invention de 
veiller subtilement sur ses nègres et fist si bien qu'ils ne purent 
echaper. 



Touts malades chez M" le Gouv. Mort de M r le Gouverneur. 
Cependant nous devinmes touts malades dans la maison de 
Mr. le Gouv. Hyde des grandes chaleurs sans doute de ce que 
nous avions mangé trop de pomes, pèches et autres fruits et Mr. 
le Gouverneur mourust , n'ayant été malade que 10 ou 12 jours, 
encore un coup fatal pour moy, car nous vivions corne des frères 
ensemble; cette mort mist Made, son épouse presq au desespoir 
fust presq inconsolable, cette pauvre Dame, quelle haste que jeus 
de partir, me sollicita instament le visage plain de larmes de ne 
la pas quitter dans une conjoncture si triste, mais de rester 
auprès d'Elle jusqu'à ce que tout soit liquidé, tant a legard des 
affaires du Gouvernement, qu'accause des pretentions et restances 
de Mr. son Epoux def. me représentant plus outre, que selon 
les loix et le rang le Presidial m'appartenoit corne estant Land- 
grave de la Province, et qu'elle avoit apperceu dernièrement a 
Londre des Lords Propriétaires, que s'il y auroit vacance, ils me 
confieroient le Gouvernement ; mais en la remerciant civilement 
ie repreesntay d'autres raisons qui m'empechoient de l'accepter; 
Pourtant ie promis de rester encore une couple de semaines, pour 
luy aider de mon possible a expédier ses affaires, quoy que les 
mienes pressassent bien autant. 



The Graffcnried Manuscript C 173 

Le conseil de Caroline m'offre le Presidial, je le refuse. Le Col. 
Pollock l'accepte. Les Lord Propr. tardent 6 mois pour 
l'élection d'un nouveau Gouv. Le Sieur Eden a la fin eleu. 

Apres l'ensevelissement de Mr. le Gouverneur, le Col. Pol- 
lock le plus ancien du conseil vient auprès de moy avec tout le 
Corp du conseil, pour me prier d'accepter le Presidial, ce que ie 
refusay, par bones raisons, represantant que Mr. le Col. Pollock 
le plus ancien en années et dans le conseil devoit accepter cette 
charge, que les affaires de la Province luy etoient aussi mieux 
connues qu'a moy, qui etois tout novice et étranger dans ces 
Pays, ce qu'il accepta a la fin avec beaucoup de compliments. 
Cependant les Lords Prop, furent advertis de tout ce procédé 
aux quels on fist entendre de loin que si on me voulloit confier 
le Gouvernement que ie le refuserais pas, mais que ie ne voullois 
pas le solliciter, ce qui fust aussi approuvé sans difficulté; mais 
sachants que j 'etois bien endebtéz en Caroline, d'autant que le 
secours et assistance qu'eux mêmes m'avoient promisse n'estoit 
effectué, qua/ 83 ce sujet quelques billets de change furent pro- 
testé, la chose fust dilayée, iusqua ce qu'on eust des advis de 
Berne, ou j'avois écrit pour scavoir a fond si les payements sen 
suivroient. Il est aussi la coutume que les Prétendants ce pré- 
sentent en Persone en telle Conjoncture, ainsi ce passèrent 6 
mois avant qu'on poursuivit a l'élection d'un nouveau Gouver- 
neur, quoy que pourtant plusieurs ce soyent présentez a Londre, 
et justement le Gouverneur d'apresent Mr. Eden devient impa- 
tient; D'autant que de si longtems on ne receut aucun advis ny 
de moy ny de Berne, les Lords Propriétaires ont a la fin élu et 
établis le cy dessus mentioné, sieur Eden, le quell j'ay encore 
recontré a Londre, et conféré avec luy, luy recomandant du mieux 
que ie pus mes interests aussi bien que ceux de la Colonie, ce 
qu'il me promis de faire, m'offrant en touttes sincérité ses offices ; 
ce qui luy fust aussi ordoné par les Lords Propriétaires même. 
En passant lors que j'arivay dernièrement a Londre, m'arrestant 
chez Mons. le Chevallier Baronet Colletton, aussi Lord Prop, 
come mon bon amy particulier, ie restay 7 jours en son bien de 
campagne 6 miles de Londre, il fust ravis de me voir, et en même 



174 The Graffenried Manuscript C 

tem bien chagrin de ce que ie venois trop tard, disant que si 
j'estois arivé seulement un mois plutost a cett heure Gouvern. 
de Caroline, ie n'en fus pas tant fâché puis que ie scavois bien 
par malheur qu'il ny avoit point de disposition a Berne, pour 
payer les debts, aussi peu des miens que de la société qui est dé- 
couragée de tant de contrarietéz. 



Mon depart de Caroline. Arrivée en Virginie. Continue ma 
route vers Maryland. Ne trouvant persone chez M r Rosier 
je rebrousse chemin pour Virginie. 

Je me suis presq dévoyé de mon chemin et au lieu d'aller en 
Virginie ie suis venus a Londre; je continue ou ie suis resté. 
Peu de jours avant que ie pris congé de Mad e . la Gouvernante 
Hyde, ie fis dire secrettement a mes nègres par mon valet, de 
passer la riviere de nuit et sans bruit de m'attendre de delà la 
Riviere pour aller avec moy en Virginie ce qui les rejouist bien, 
me connoissant pour bon maitre, mais ils ne furent pas assez 
adroits, ils furent apperceus et arrêtez, ce qui rompist bien mes 
mesures, pour moy ie passay outre avec mon valet et arivay 
bientost chez Mr. le Gouverneur Spotswood en Virginie a qui 
ie rencontay toutes ses traverses qui me plaignist beaucoup. 
Mais me souvenant du Rendezvous doné a un de mes intéressez 
ou associez sur la Riviere de Potomack, ie ne m'arrestay pas 
longtems a Williamsbourg continuay ma route vers Maryland 
dans l'espérance de le rencontrer chez Mr. Rosier vers le saut 
ou grande chutte et de prendre la les dernières mesures avec ce 
Monsieur, mais lors que ie voulus passer la Riviere de Potomack 
vers la pointe de Maryland, il y eust un gros vent qui m'empêcha, 
car la Riviere est bien large près de 4 ou 5 miles passage diffi- 
cile avec les chevaux; d'abord, que le vent cessa, ie passay 
outre mon chemin, lorsque j 'arivay a la maison de Mr. Rosier ie 
trouvay visage de bois, ny Mr. Rosier ny sa Dame, ny l'amy 
de question s'y trouvèrent, partierent justement le jour aupara- 
vant les uns en visite, et mon amy en Virginie. S4 Quoy que je 
fus fort fatigué d'un si long et pénible voyage sans m'arester que 
pour prendre un peu de nourriture, ie rebroussay chemin si viste 



The Graffenried Manuscript C 175 

que mes chevaux en furent foulez tellement que ie fus contraint 
d'aller un jour a pied devant que d'arriver a Williamsbourg. 
D'abord a mon arivée ie demanday si Mr. N. etoit la mais j'apris 
qu'il etoit a Hampton ou Guixuetan le premier port de merz de 
Virginie, j'y envoyay d'abord mon valet avec un cheval de louage, 
qui n'eust pas le bonheur de le recontrer, ce Mr. estant bien 
aise d'une occasion favorable pour son retour, ayant rencontré 
par hazard un vaisseau de Guerre tout prest a faire voile a la 
Nouvelle York, le Capit. du vaisseau étant son bon amy; après 
s'être informé de moy et de ma colonie et apris la mort de Mr. 
le Gouverneur Hyde, et que mes affaires alloient touttes a re- 
bour, me laissant une lettre laquelle ie n'ay jamais receue il 
partit pour la Nouvelle York. Ce Rendez vous important m'ay- 
ant manqué ie fus tout déconcerté, car il etoit ma dernière res- 
source, estant homme d'esprit, honeste, intègre et avec cela habile 
marchand. 

Mon Séjour pendant l'hyver chez un amy en Virginie. 

Que faire dans une conjoncture si fâcheuse, pour peu que 
j'aurois eu pour m'etablir a Canavest, i'y serois retourné au 
lieu d'aller chez Mr. le Gouv. Spotswood ie suis allé auprès d'un 
amy particulier, voulant faire encore un essay, i'envoyay mon 
valet en Caroline, en partie pour apprendre si M. n'avoit point 
laissé de réponse pour moy, dans l'opinion que peutetre il se 
seroit advisé autrement, aussi bien que pour scavoir quelle routte 
il auroit pris, jtem s'il n'avoit rien laissé de mes linges et meu- 
bles, item pour scavoir si peutetre mes nègres s'estoient eschap- 
péz, en cas que ie les aurois pu encore attrapper, cela m'auroit 
accomodé pour faire quelq chose a Canavest, car ils n'auroient 
pu planter du bled et soigner le bétail, mais mon valet revint 
sans avoir fait la moindre chose, pourtant on luy dit que si j'en- 
voyois un Brigantin ou autre bâtiment propre remplis de pro- 
visions, aux colonistes Bernois et quelq honestes Palatins, ils se- 
roient disposez de venir auprès de moy ; me consolant encore des 
mines que j'avois avec Mons. le Gouv. Spotswood. 



176 The Graffenried Manuscript C 

Dernière ressource pour m associer avec une persone bien moy- 
enée de distinction, J'y échoue accaus q'un marchant m' 
annonce les arrests pour un billet d'échange protesté 8e 
Contretenis. 

Sur cett advis ie m'adresse a une persone de distinction, 
home riche de credit, du conseil de la Reine, et mon intime amy, 
qui ce seroit associé avec moy pour cette nouvelle colonie, avec 
offre de nous pourvoir de tout les nécessaires; Estant au plus 
fort de cette besoigne, croyant d'avoir trouvé un moyen de me 
tirer ancore d'affaires, ie fus avertis, qu'un marchand qui avoit 
un billet de change protesté contre moy ce voulloit saisir de ma 
persone, l'arrest ayant desia été notifié a la maison ou j'avois 
mon logement me gardant bien de me produire. 

Sur cela ie consultay mes bons amys, m'informant si ie 
pourrais aussi être en seureté a Canavest parmy les Indiens ou 
en d'autres semblables endroits de l'ameriq, angloise en Terre 
ferme ;/ S5 mais on me repondit nulle part, car quand même ie 
serois parma les Indiens, ie serois découvert parmy les negotiants 
Ind. qui me mist bien en peine. Voyant qu'il ny avoit point de 
ressource pour moy en Ameriq, a moins qu'il y eust espérance de 
tirer des sommes immenses de chez moy, ou que ie trouvasse des 
associez nouveaux et bien moyennéz, qu'on auroit bien trouvé 
mais qui ne voulloient rien avoir a fair avec les vielles debtes. 

Advis de M r . le Gouv. de Virginie pour m'en aller en Europe. 

Quand ie fis reflexion sur quelques lettres que j'avois 
receues (qui me contentoient guère) allay tout chagrin vers Mr. 
le Gouv. Spotswood a Williamsbourg son lieu de residence pour 
luy représenter mon deplorable état et luy demander ses pru- 
dents advis; après avoir observé le tems favorable qu'il fust de 
loisir ie demanday qu'il eust la bonté de m'accorder audience 
laquelle j'obtiens d'abord. Apres que ie luy eus racconté mes 
traverses et adventures infortunées et qu'on m'avoit même voulu 
arrêter, Mr. le Gouverneur me témoigna qu'il prenoit beaucoup 
de part a mes malheurs, surpris qu'on me delaissoit de la manière 
principalement la société, ne sachant me doner meilleur advis 



The Graffenried Manuscript C 177 

que d'aller en Europe, m'ofrant une reccommandation a un bon 
amy qui devoit procurer qu'un Mylord de distiction et son patron 
eust la bonté de presenter une supplication en ma faveur a la 
Reine. Que ie devois aller après a Berne et représenter le tout 
efficacement a la société et solliciter le payement des billets de 
change, Je communiquay cett advis a plusieurs de mes amys qui 
furent du même sentiment. 

Mais puis que l'hyver etoit devant la porte et qua ce tems 
on ne trouve pas des vaisseux qui fassent voile en Europe ie se- 
journay auprès dun bon amy, et corne ie n'aymois pas retourner 
en Europe, bien moins chez moy, ie ne manquay pas de faire 
des prières ardentes et réitérées, que le Bon Dieu me voulust 
mettre en pensée ce que ie devois faire dans une conjoncture si 
delicatte, qu'il voulust conduire le tout selon sa sainte volonté 
afiïn d'avoir plus de benediction en mes dessein a l'advenir, et 
pour prendre une resolution qui fust la plus advantageuse a 
mon ame ; car si ie n'avois eu d'autres que de passer le reste de 
mes jours a vivoter seulement j'aurois encore bien trouvé un ex- 
pedient, mais ie me fasois de la peine de quitter la colonie ; 
Quand pourtant ie considerois ce que ie devois a Dieu perticu- 
lierement pour une délivrance miraculeuse, et come tout m'alloit 
de travers, cela me fist presque croire que ce n'estoit pas la 
volonté du Seigneur que ie restasse plus longtems dans ses pays 
ou ie ne voyois point d'étoile favorable pour moy, ie pris dont a 
la fin une ferme resolution de partir. Me consolant que peut- 
être les colonistes pourroient mieux subsister parmy les Caro- 
lins qui en ce tems les auroient pu secourir aussi bien et mieux 
que moy, qu'ainsi j'aurois moins a repondre; ce que ie faisois 
n'estoit pas d'intention de led délaisser tout a fait (quoyq pour- 
tant une bone partie des Palatins m'ayent doné assez de sujet)/' 
88 mais en cas que j'obtinse une audience favorable de sa Ma- 
jesté Britaniq, et plus d'assistance de Berne, ie pourrois retour- 
ner an Caroline avec plus de joye et de profit. Que si le mal- 
heur voulut que j'échouasse en cette negotiation ie serois con- 
traint de remettre cette colonie aux Lords Prop, et aux Créd- 
iteurs et me tennir tranquille en ma Patrie, passer le reste de 
mes jours avec un repentir du tems perdu dans une veritable 



178 The Graff enricd Manuscript C 

humiliation et un sincere amendement ne doutant pas que les 
pèches de ma jeunesse ne m'ayent attiré tout cela. Quoy que 
touttes ses visitations parussent bien fortes a la nature, pourtant 
elles n'estoient pas si dures corne ie les avois bien mérité; je dois 
dont quitter tous les soins superflus vains et mondains, et en 
contre soigner tant plus ma pauvre ame, a quoy Dieu me fasse 
grace. 

Le colonistes eux mêmes cause de touts ses desastre car leur vie 
impie et déréglée estant impossible d'attirer par la benedic- 
tion de Dieu. 

J'ay fait mention cy devant de cette colonie, quand même ie 
la delaisserois et que tant de malheurs les ont suivis, qu'ils ce 
les estoient attirez Eux mêmes. i°. Ils etoient la plus part in- 
fidelles & déserteurs a leurs véritables souverains, et présentement 
ils en agissent de même envers moy, m'ayant quitté dans les 
plus grand dangers et nécessité. 2° . Ils etoient des gens si scélé- 
rats et impies qu'on ne doit pas être surpris si le Tout Puissant 
les a châtié par les Payens, car ils etoient pis qu'eux, et si je les 
aurois conu si bien come a present, les Bernois aussi bien que les 
Palatins, ie ne m'en serois pas mêlé; pour ce qui est des Pala- 
tins ie coyois de choisir les meilleurs selon l'apparence, pour ceux 
qui sont mort sur la merz et avant mon arivée en Ameriq, ie n'en 
puis rien dire, mais en ceux qui sont resté le proverbe est bien 
vray, le méchant herbe ne périt jamais, car ie les ay trouvé presq 
la plus part impies et bien mutins, parmy lesquels il y avoit des 
brigands, larrons, paillards, adultères, jureurs teribles, calomnia- 
teurs etc. Quelles peines et soucis que j'ay pris, ie ne pus les con- 
tenir en leur devoir, ny admonitions, ny menaces, ny chatiements 
ont eu lieu, Dieu le scait ce que j'ay enduré; parmi les Bernois 
il y eust deux familles qu'on pouvoit dire, qu'ils etoient les ex- 
crements du canton. Je me faisois plus de peine de quitter un si 
beau et bon pays qu'un si méchant peuple, le proverbe est encore 
bien apliqué icy, Bona Terra Mala Gente; pourtant il y eust 
quelq bon grains parmy cette yvroy, ie veu dire quelq persons 
craignant Dieu, qui m'aymoient et que j'aymois, aux quels ie 
souhaitte toutte prospérité, le Seigneur convertisse le reste. 



The Graff enried Manuscript C 179 

Cornent entreprendre mon voyage d'Europe. 

Il sagissoit donc come entreprendre mon voyage, ie n'aurois 
osez partir de Virginie dans un vaisseau, les capit. ou maitre du 
vaisseau ne pouvant prendre aucune persone endebtée sans qu'elle 
ne ce soit acquittée des debts a contentement des créditeurs, sous 
peine d'en répondre; il falut donc voyager par terre jusques a 
la Nouvelle York, ainsi traverser la Virginie, Maryland, Jersey 
et Pensilvanie, longue traite, pour n'avoir pas bien de l'argent./ 

87 La nécessité de mon voyage representee à la colonie de 

Caroline. 
Cependant j'écrivis des lettres a la colonie, leurs représen- 
tant la nécessité de mon voyage accause de leur deplorable état 
aussi bien que du mien ; j'envoyay en même tems des lettres a 
monsieur le President et Conseil de Caroline leurs disant aussi 
mes raisons en reccomandant le mieux que ie pus la colonie dé- 
laissée et délabrée. 

Je prends congé de M r le Gouv. de Virginie. 
Apres que j'eus pris congé de Mr. le Gouv. Spotswood, qui 
me regala bien pour la dernière fois, ie commencay mon voyage 
par terre justement a Pasq et l'achevay heureusement jusques a 
la Nouvelle York, ou ie trouvay un lieu charmant, une belle ville 
très bien bastie a l'Hollandoise, sur une Isle ayant d'un coté un 
havre très beau et très commode, située entre deux Rivieres 
navigables avec un chatteau fort, la campagne d'alentour est très 
agréable, il y a trois temples dans la ville, un pour la nation Ang- 
loise, un pour les Hollandais et allemands et le 3e pour les Fran- 
cois, qui y sont en grand nombre ; il y a la abondance de tout 
pouvant avoir tout ce qu'on desire les meilleurs poissons de Ri- 
viere et de merz, bone viande, touttes sortes de graines, fruits 
et legumes, très bone bière et touttes sortes de vins exquis etc. 

Mon Séjour de 15 jours a la Nouv. York et mon depart. En 
grand danger sur Merz. 
Je restay 10 ou 12 jours dans ce joli endroit, après je fis 
voile en Angleterre, dans un très petit vaisseau qu'on apelle 



180 The Graffenried Manuscript C 

sloop, j'avoue que j'avois peur au commencement de passer ce 
grand Ocean dans un si petit navire, mais puis qu'on me per- 
suada qu'il n'y avoit pas tant de danger, come dans un gros ac- 
cause que 1°. on pouvoit mieux être le maitre des voiles dans des 
grands orages, puis qu'il n'y en a pas tant a gouverner. 2°. Cou- 
pant les ondes qu'il va plus viste. 3 . Ne branle pas tant corne 
les gros. 4 e . Il est plus comode a charger et décharger, et est 
très utile pour le négoce, faisant deux voyages pendant que le 
gros fait qu'un. En ce traject il ne ce passa rien d'extraordi- 
naire, hormis que nous fumes une fois bien en danger par la 
negligence de notre capitaine qui dans un très grand orage dor- 
moit bien a son aise, quoy que les mattelots l'advertissassent 
plusieurs fois il ne s'en pressa pas de regarder ce qui pouvoit 
manquer, tellement que le petit voile de dessus le beaupré fust 
engloutis par les ondes, les cordes rompirent, alors notre vais- 
seau passa au dessous les ondes tellement que nous fumes dans 
leau et touts mouillez, bientost après le baupré rompist qui est 
la pointe du vaisseau, et nous crûmes de périr, il faloit voir 
quell allarme et quelle besoigne a faire, il falust attacher les 
mattelots a des cordes et les plonger dans la merz fort agitée 
pour pécher les cordes voile, et principalement le beaupré, le- 
quell on eust bien de la peine de lever, ces pauvres mattelots 
furent bien moulliéz et battus des vagues il falut avaler quelq 
fois de leau salée, ala fin nous eûmes les choses/ 88 les plus néces- 
saires, on ce trémoussa beaucoup et on travailla a raccomoder le 
beaupré le mieux qu'on put le vent cessa un peu et on put racco- 
moder ce qu'il faloit plus a l'aise, mais après accause que le 
beaupré fust raccourcis, notre navire, n'alast plus avec cette vi- 
tesse corne auparavant. 

Découverte d'un grand monceau de Glace au niillicn de l'océan. 

Quelq jours après nous découvrîmes une chose assez curi- 
euse. La premiere fois nous crûmes de voir de loin un voile, ce 
qui nous obliga d'ordoner au petit garçon de monter au haut du 
mas. la il apperceut que ce qui paroissoit blanc estoit trop gros 
pour des voiles, a la fin il cria que c'estoit sans doute du ter- 



The Graffenried Manuscript C 181 

rein et nous bien en peine nous croyons au meilleu de l'Océan, 
nous examinâmes dabord la carte ou mappe geographiq, fîmes le 
conte des heures ou miles qu'avions fait, et trouvâmes qu'en 
cette latutude il n'y avoit point d'Isles; affin que nous ne hur- 
tions a cett endroit inconnu, nous tournâmes plus a la droite, a 
la fin nous decouvrimes que c'estoit un monceau de glace qui sans 
doute par un vent chaud s'estoit défait de ces glaciers du Nord, 
nous en aprochames de bien près et nous fumes surpris de voir 
une petite montagne de glace flottante au milieu de l'Océan. La 
forme et la figure en etoit corne une forteresse de hauteur, on 
a voyoit une espèce de remparts, des maisons, tournelets, etc. 
l'étendue en etoit même assez grande tellement qu'on eust cru 
que ce fust un fort si cela avoit paru en terre ferme en hyver ; la 
glacière flottant contre le sudwest et nous faisants voile contre 
nordost, nous la perdimes de vue. 

Avivée à Bristol. 

Quoy que nous eûmes le malheur d'avoir presq toujours des 
vents contraires et plusieurs fois des orages bien rudes nous 
arivames pourtant heureusement Dieu soit loué, a la fin de 6 
semaines a Bristol, cette ville peut bien être appellee la petite Lon- 
dre, accause de sa grandeur, de son bon port, son grand négoce, 
ses richesses & si peuplée. Je me reposay la quelques jours, et 
après je fis mon voyage a cheval en bone compagnie pour Londre, 
car il y avoit du danger dans la diligence accause des voleurs, 
même nous aprimes qu'un fiacre avoit été attaqué instement de- 
vant nous. 

Arrivée à Londre. ç e Contretems Mort subite du Duc de Beau- 
fort. Celle de la Reine Anne. 

A Londre je fis un séjour de quelques semaines espérant de 
pouvoir presenter ma supplication a la Reine Anne par le Duc 
de Beaufort, mon Patron, qui estoit le premier Lord Prop, de 
Caroline et Palatin de la Province, mais peu de tems avant qu'il 
voulust presenter ma supplication il est mort subitement, encore 



1 82 The Graff 'envied Manuscript C 

un coup de mon infortune bientost après la Reine mourust elle 
même, il ne faloit que cela pour noster toute espérance d'aucun 
retour./ 

89 La dessus il y eust tant dalteration a la Cour d'Angle- 
terre que ie ne pouvois espérer aucune faveur de longtems en 
cette nouvelle cour, quand même on pouvoit conjecturer qu'avec 
le tems ce nouveau Roy corne Allemand de Nation seroit enclin 
pour ma colonie ; allemande. 

10 e Contvetems. Arrivée inopinée des mineur Allemands, le 
grand embarass quils me causent. 

Je ne puis m'empecher de dire icy quelq chose de ce qui 
m'ariva a mon arivée de Londre, ie fus extrêmement surpris d'a- 
rendre que le maitre mineur etoit arivé avec 40 autres mineurs 
ce qui me causa beaucoup de peine, soins, chagrins et frais, puis- 
que ces gens vinrent si inconsidérément sans ordres, dans l'opin- 
ion de trouver touts leurs nécessaires pour leur entretiens et les 
travaux des mines, mais il n'y eust rien la pour Eux ; et ma 
bource estoit tellement vuide, qu'a peine avois'ie de quoy pour 
ma plus pregnante nécessité, ayant employé tout mon argent en 
Ameriq, et il n'y avoit encore point de billet de change de 
Berne pour moy ; ainsi il fust impossible d'assister une telle 
quantité de monde. Le lecteur peut aisément conjecturer quelle 
charge et embaras tout cecy me causa, puis que ses gens furent 
persuadez que selon le traitté j'etois contraint de les assister, ce 
qui auroit été bien ainsi sils étaient venus a mes ordres. Je leurs 
avois pourtant écrit plusieurs lettres d'Ameriq en Allemagne dont 
ils avoient receu quelques unes par lesquelles ie leurs donay 
advis, que le maitre mineur ne devoit pas venir jusqu'à nouveaux 
ordres, leur disant qu'il n'y avoit encore rien a faire avec les 
mines accause des troubles et de la Guerre Indiene survenue en 
Caroline, M. n'ayant pas encore indiqué l'endroit, mais que si 
le maitre mineur voulloit nonobstant venir tout seul ou un ou 
deux avec luy qu'il pouvoit pour en faire la vision seulement, 
mais sans faire attention a ce que ie viens de dire, il se prépara 
ft vint desia jusques a Londre avec son monde et tout l'attirai. 



The Graffenried Manuscript C 183 

Mineurs disposés envoyez en Virginie ic recommandez à M r le 

Gouverneur. 
Que faire icy? ie ne leurs pu doner meilleur advis que de 
s'en retourner chez Eux, cequi leur deplust fort, tellement qu'ils 
aymerent mieux servir pour valets 4 ans en Ameriq, cependant il 
n'y eust encore point de vaisseau prest a faire voile en Ameriq, 
il falust dont qu'ils séjournassent tout l'hyver a Londre, mais de 
quoy vivre ? Ce qui me fist une peine inconcevable ; a la fin ie 
me tremoussay beaucoup auprès de quelq gros Seigneur pour 
procurer a ses gens du travail et du pain, on les employa a faire 
ou raccomoder une grande digue, mais une pluye forte survient 
et tout fust renversé, il falut dont regarder pour des nouveaux 
expedients pour les faire subsister, ie trouvay place a une par- 
tie mais pas a touts. Cependant j'estois pressé daller chez moy, 
craignant de voyager en hyver sentant desia une atteinte de 
goûte qui ne s'accomode pas du froid. Je trouvay a la fin deux 
puissants marchands negotiants pour la Virginie, aux quels ie 
proposay et reccomanday le mieux cette affaire, avec cela ie 
consultay/ 90 un Seigneur de consideration a qui ie fus recco- 
mandé par Mr. le Gouv. de Virginie justement concernant les 
mines, affin qu'il me put servir et rendre des bons offices en Cour. 
Nous conclûmes, que ses gens dévoient mettre leur argent en- 
semble et en faire conte a proportion, et que l'un des susdite mar- 
chands devoit procurer le reste pour achever le transport et en- 
tretiens des mineurs; que Mr. le Gouver. de Virginie devoit les 
recevoir et soigner a leur arivées a Williamsbourg et payer le 
Capit. du vaisseau qui devoit restituer l'argent advance aux mar- 
chands de Londre. 

Depart des mineurs. 

Pour ce sujet j'écrivis une lettre bien ample a Mr. le Gouv. 
Spotswood, a qui ic représenta}' le mieux que ie pus l'un et 
l'autre affaire Iuy marquant que si les mines ne reussissoient 
pas a souhait, que les bones gens dévoient être destiné pour une 
colonie sur les Terres quavions ensemble en Virginie situées pas 
loin de l'endroit ou nous trouvâmes des minéraux crus, par les- 
quels nous présumions y avoir des mines d'argent, ou ils se 
pourroient placer par les bons ordres et soins de Mr. le Gouver- 



184 The Graff enried Manuscript C 

neur, et en cas qu'il n'y eust pas des indices suffisants pour des 
mines d'argent, de regarder autre part. Et puis quen Virginie 
il n'y avoit ny forges de fer, ny de cuivre, quoy qu'il y eust 
quantité de semblable minéraux on pourroit comencer par ceux 
cy, pour lesquelles nous n'aurions pas besoin de Patentes Royales 
corne pour celles d'argent. Espérant que cecy reussissoit ie rec- 
comanday ses bones gens au Tout Puissant leurs souhaittant un 
heureux voyage, ainsi ils parterent au comencement de l'an 171 3. 
[i7i4Ed.] 

Il paroit présentement que mes Traverses d'Ameriq sont 
finies, mais le même sort qui m'accompagna hors de ma patrie, 
me reconduisit encore chez moy, toujours infortuné. 

Mon depart de Londre. 
De crainte que mes créditeurs d'Ameriq (desquells le plus 
intéressé ce trouva justement en ce tems a Londre) donassent 
ordre vers les ports de merz pour me découvrir et m'arreter, je 
pris la resolution de me mettre dans un petit bâtiment qui etoit 
destiné pour St. Valeris, au lieu de prendre la route commune 
par Douvre ou Harwich, et de faire mon voyage plus court et 
plus asseuré. Le jour fust fixé, et come je n'osois point prendre 
de passeport de crainte que ie ne fusse découvert, le Capit. du 
bâtiment, a qui il falut confier que i'avois dans mon coffret quelq 
petite chose de contrebandes, pourtant sous un autre nom, me 
conseilla d'aller dans un petit batteau a Gravesand, pour l'y at- 
tendre, lors que ie fus a moitié chemin il s'éleva un si gros vent/ 
01 contraire, que ie fus contraint d'aborder et rebrousser un peu 
et de marcher a pied a Gravesand, ou ie couchay et restay un 
jour entier, mais y faisant cher vivre et ne sachant pas si ce 
vent contraire dura encore longtems, considérant avec cela que 
cecy etoit aussi un port, ie repris le chemin de Londre ou mon 
Capit. du vaisseau n'estoit pas encore prest, attendant un vent 
plus favorable, cependant ie restay a Southvik de delà la Tamise, 
jusques a nouvel ordre ; Lorsqu'il eust débarqué ie fus advertis 
de le suivre, et a Greenwich ie suis entré dans le vaisseau, et un 
peu hors de la ville de Gravesand me laissa sortir, me disant que ie 
devois attendre jusqueace qu'il eust accusé tout ce qu'il y avoit 



The Graff enried Manuscript C 185 

dans le bâtiment; Non obstant qu'il eust dit aux visitateurs que 
mon coffret apartenoit a un Gentilhome de St. Valeris, qu'il pou- 
voit témoigner que ce n'estoit que des habits et hardes, ils ne vou- 
lurent pas ce contenter de cela ; il m'envoya dont promptement un 
garçon pour m'advertir qu'il me falut ouvrir mon coffret, ce qui 
me mist en peine, pourtant ie tiens bone mine et parlay fran- 
cois, ie pris d'abord ma clef avec un demy Ecu d'angleterre et 
le donay au comis le priant de ne pas chifoner mes habits qui 
etoient si bien ployez, ce qui passa par bonheur, car sils avoient 
examiné tout j'aurois été découvert et en danger. 

Grand orage a Marget Port sur la Tamise. En grand danger au 
Port de Ransey. Tl e Contretems. Au lieu de 3 jours nous 
employâmes 5 semaines pour passer en France Port de Va- 
leris dangereux. A Fort d'Ecluse je faillis d'etre arrêté 
pour n'avoir pas de passeport. Arrivée à Geneve de la a la 
Vaut. Arrivée à Berne. 

Apres cela nous passâmes outre, lorsque nous fumes presq 
vers l'embouchure de la Tamise auprès dun port nomé Marguet 
il seleva un si terrible orage accompagné de toneres et d'éclairs 
que nous fumes en grand danger, qu'a peine nous pûmes retenir 
l'ancre durant la nuict. Le jour suivant lors que le vent fust 
un peu appaisé, nous fîmes voile plus outre, et lors que nous 
fumes sur le haut de la merz, un gros vent contraire nous poussa 
en un endroit plain de bancs de sable, tellement que nou fumes 
obligé de rebrousser et d'aborder a un autre port nomé Ramsey, 
si les gens de cette vilette et grand nombre de mattelots n'etoient 
venus a notre secours, nous serions péris infalliblement. Cest la 
ou nous fumes obligé de rester 8 jours accause du vent contraire 
et affin de pouvoir rapatasser nos voiles déchirez et accomoder 
d'autres affaires, ce qui me fust bien incomode, accause que ie 
n'avois pas beaucoup d'argent pour mon voyage de Paris, n'ay- 
ant pas fait mon conte de faire de la dépense hors du vaisseau. 
Lorsque le vent fust un peu apaisé nous sortimes, mais fumes 
repoussé pour la seconde fois ; a la fin le vent ce changea a Nord 
ost qui nous fust favorable, ainsi nous passâmes près de Douvre, 
après cela le vent ce changea encore une fois. Ce voyage ou 



1 86 The Graffenried Manuscript C 

traject me fist plus de peine que celuy ou ie passay deux fois 
l'Océan au lieu de 3 jours, nous eûmes 3 semaines pour St. Va- 
leris et ou il y a un entrée si dangereuse qu'il falust que des guides 
nous vinrent a la rencontre pour nous mener, car il fist un grand 
vent on ne put voir les marques./ 92 Je faillis encore detre ar- 
resté a St. Valerie pour n'avoir pas engraissé la pâte des comis 
du port qui d'une manière fort brusque me demandèrent le pas- 
seport, sans doute pour m'eppouvanter affin d'avoir la piece, mais 
come ie scavois que les Suisses avoient le passage libre dans 
toutte la France, ie ne fis pas grand façon avec Eux, et corne ils 
me citèrent devant le Gouverneur, j'y allay d'abord, et luy mon- 
tray un petit billet de change pour Paris par lequell il pouvoit 
voir que j'estois Suisse et Bernois, luy disant que ie n'avois pas 
demandé un passeport puis que les Suisses etoient en alliance 
avec la France, et que même une bone partie etoient au service 
du Roy, que moy même avoir passé et repassé en France que 
iamais on ne m'en avoit demandé, Mr. le Gouverneur fust satis- 
fait de ma reponce et ie suivis outre a mon voyage montant en 
haut la Riviere pour Abbeville ou i'entray dans la diligence pour 
Paris, ou ie ne fis qu'une couchée et partis dans la diligence pour 
Lion, de la j'alloy a cheval avec la chasse mare, mais au Fort 
d'Ecluse il falut encore monter au chatteau pour parler a Mr. le 
commandant qui fist plus de façon que le Gouv. de St. Valerie et 
ne voulust me laisser passer la dessus j'ouvris ma valise pour y 
prendre ma Patente que mon Souverain m'avoit donée pour le 
Gouvernement d'Yverdon, laquelle ie montray a Mr. le coman- 
dant luy disant ie n'avois pas dessein de passer par icy mais par 
Pontarlier connaissant particulièrement Mr. le Gouverneur corne 
ayant vescu en bon voisin avec luy pendant ma prefecture, que ie 
n'avois pas besoin de passeport et d'autres raisons que ie luy dis, 
il me laissa dont passer et ie continuay mon chemin a Geneve, de 
la vers notre vignoble a la Vaut près de Vevay, ou ie crus ren- 
contrer ma famille selon l'advis doné même dans l'intention d'y 
faire quelq séjour, mais j'y trouvay visage de bois, puis qu'Elle 
etoit partie 8 jours auparavant, il falut dont suivre quoy qu' avec 
regret, j'arrivay le jour de la St. Martin 1714 a Berne en bone 
santé Dieu soit loué, trouvant aussi tout en bon Etat a la maison. 



The Graffenried Manuscript C 187 

12 e Contretems. Abandonné de la Société, des amis et des Parents. 

Helas quell changement trouvay ie dans la ville ! Les vieux 
amys rafroidis, que d'orgueil? que de vanitéz! Enfin un grand 
changemena, mais plutôt en pis qu'en bien trop tedieux a racconter 
ce que j'ay apperceu et observé plus outre. Le pis etoit la ou ie crus 
trouver secours pour restaurer ma colonie délabrée, une partie 
m'econduisirent et ie ne pus pas venir a bout après des autres, les 
moyens me manquoient de faire un process contre ma société 
quoy que bien fondé en vertu d'un Traitté authentiq que j'ay en 
mains./ ,J3 J'avois présenté en Sénat une Supplication par la- 
quelle ie demanday seulement une comission pour m'entendre 
a ce que j'avois a proposer, mais ie fus econduit, ce qui ne m'en- 
couragay guère de playder; Abandoné des amys et parents et de 
la société, j 'abandoné aussi la Colonie malgré moy, faute de 
moyens et d'assistance, ce qui est bien fâcheux puis que d'autres 
pécheront en eau trouble et profiteront de ce que j'ay ramassé 
et a quoy i'ay travaillé avec tant de peines, de soins, de frais, de 
chagrins et de dangers. 

Les affaires en meilleur Etat en Caroline. Paix faitte. 

Car les affaires sont présentement en bon état en Caroline. 
Le Gouvernement estant mieux introduit, les sauvages en partie 
détruits, une bone paix établie, les principales difficultéz enle- 
vées, l'endroit de la colonie le plus comode extirpé et netoyé, cest 
pourquoy l'air y est plus fin et clairsis et ce district mieux peuplé ; 
tellement que ceux qui nous suivrons ce trouveront beaucoup 
mieux que nous; car touts les comencements sont difficiles. Le 
coeur me fait mal de quitter un si beau et bon Pays, ou il y a si 
belle apparence d'y prospérer avec le tems et de rendre la colonie 
florissante. 

Derniers efforts de redresser la colonie, mais point de réussite. 

Corne ie viens de dire cy dessus, ie n'ay pas seulement fait 
touts mes efforts auprès de mes parents, amys, de la société et a 
la magistrature de Berne, j'ay encore écrit en Allemagne, et ay 



1 88 The Graff enried Manuscript C 

fait encore un essay auprès d'une Republique voisine, mais ie nay 
pu réussir quelles raisons persuasives j'aye doné. Apres cela 
iay prié Mr. Stanion qui a été Envoyé extraordinaire de sa 
Majesté Britanique auprès du corp Helvetiq, luy ayant remis une 
suplication pour sa majesté avec une relation succinte et un 
mémoire mais ce Monsieur ayant été choisis pour l'Ambassade 
de Vienne et partis pour ce sujet, toutte ma besogne est restée la, 
et en un coin. J'avois fait encore une autre tentative, ma reponce 
fust que les troubles d'Angleterre n'estant pas encore calmée, il 
n'y avoit rien affaire pour moy présentement. 



NB. Math: 6. 
Au retour du Roy George de Hanover, croyant que tout etoit 
dissipé et que la nouvelle alliance avec la France et la Hollande 
affermiroit tellement la tranquilité au Royaume qu'il ny auroit 
plus rien a craindre, pour le Prétendant, j'aurois fait encore un 
dernier effort, mais me voicy encore renvoyé par la nouvelle 
conspiration découverte: Voyant dont qu'autant de fois qu'il me 
semble paroitre, une bone étoile pour favoriser mon dessein, et 
cependant il est toujours ou traversé ou empêché; il paroit qu'ab- 
solument la fortune ne m'en veut pas. C'est pourqui il n'y 
a rien de meilleur que de quitter mes projets, et de chercher les 
Trésors d'enhaut, que ny la vermine ny la rouillure mangent, et 
la ou les larrons ne peuvent dérober./ 94 J'aurois pu rejoindre 
icy une relation des Provinces angloise que j'ay vue dans le Con- 
finant ou Terre ferme d'Ameriq, mais puisque plusieurs Autheurs 
en ont écrit des relations ie my réfère. On peut lire B. Henne- 
pin, l'Amérique angloise de Bloom, la Grande Bretagne de 
Vischer, le Baron de la Hontan, de la Caroline en particulier le 
plus nouveau Traitté de Mr. Ochs, et le journal et description 
de Caroline de Lawson, ce même personage qui fust exécuté par 
les sauvages corne j'en ay fait mention cy dessus. 



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77 ?^L-^ 



The Graffenried Manuscript C 189 

Explication de la carte! 

A. Au bas de cette chutte ou saut, a coté nous voulions bastir une 

maison et établir une Plantation ; pour de la charier les 
marchandises, jusques a une demy 4<i lieu a ce saut les plus 
gros vaisseaux marchands peuvent voiler ce qui est bien 
comode pour le négoce. 

B. Justement au dessous de Saut on y prend une prodigieuse quan- 

tité de meilleurs poissons, au mois de may ils y sont tant en 
foule qu'on les tue avec le baton. 

C. Cette Isle est toutte escarpée du Roc au dessus de très belle & 

bone terre assez pour entretenir une famille entière il y de- 
meure des Indiens on en feroit un fort imprenable : Cest 
près de cett Isle que nous nimes pied a Terre en descendent 
cette Riviere depuis Canavest. 

D. Plantation du Col : Bell de 800 pause de Terre a vendre pour 

168 liv. Sterlin très propre et comode pour notre dessein, 
des la on prend la route de Canavest a cheval ou a pied. 

E. au pied de cette montagne il y a une très bonne source chaude, 

les Indiens l'estiment beaucoup et se guérissent de plusieurs 
incomodités. 

F. au milieu de cette montagne il y a une très belle source d'eau 

freche 

G. on peut monter cette montagne a cheval comodement jusques 

a un coup de fusil du sommet, au dessus il y a une jolie 
plaine ou il y a une étendue passable il y a des chesnes 
chattagnets et noyers sauvages. Cest des la ou nous avons 
découvert bien du pays partie de Virginie, Maryland, Caro- 
line et Pensilvanie. 

H. Isle de Canavest. Terre haute très bone ou les Indiens ou Sau- 
vages avoient planté du très beau bled Lombard, C'est sur 
cette Isle ou nous avions fait dessein au commencement de 
nous établir, corne très bien située pour negotier en Vir- 
ginie, Maryland & Pensilvanie, et a ce sujet nous avions 
fait arpenter presque tout ce qu'il y avoit de bonne terre 
cottoyant la Riviere. 

J. Etant fort curieux, a deux pieds de profondeur l'eau est toutte 
chaude pour avoir de l'eau freche bone a boire il y faut 
plonger une boutteille de verre attachée a une fisselle bien 
bas soit a 4 ou 5 pied profond et on aura de leau très ex- 
cellente freche comme glace. 



igo The Graffenried Manuscript C 

K. Par icy nous avions fait marquer 6000 pauses ou arpends de 
Terre choisie abondante et pleine darbres de sucre ses 
arbres sont très beau et gros come des chesnes ne vienent 
que sur des Terres très grasses, quand on y fait un coup 
de hasche au tronc de larbre il en sort un suc a 3 ou 4 pots, 
ce suc ou liqueur bouillie dans une mermite il reste au 
fond une matière douce et cest du sucre, on en fait des 
petits pains, ce sucre est un peu grisâtre et a un petit goust 
different de celuy des roseaux, mais bon ie m'en suis servis 
dans du Thé et caffé ie lay trouvé bon. 

L. De Canavest nous sommes venu embas la Riviere jusques a 
cett endroit dans un batteau ou navet que les indiens nous 
avoient fait tout exprès d'ecorce vide plus au long p. 75. 

M. La Plantation de Mr. Rosier, Gentilhome honeste généreux & 
Civile très bien logé, ou i'ay séjourné quelq tems. 

N. Endroit ou dévoient être les mines d'argent que M. M, nous 
avoit proposée. 

O. Partie de Pensilvanie. 

P. Salines, Un endroit ou on a découvert des eaux salées. 

O. charmante Isle de très bone terre et d'arbres, d'un coté escar- 
pée de Rocher de lautre d'un abord comode pour les ba- 
teaux, cett endroit avec la Plant : de colonel Bell nous auroit 
bien accomodé. 

Si l'Arpenteur General Lawson ne nous avoit détourné 
de notre premier dessein, qui fust de nous établir au com- 
encement icy, ou nous aurions été plus en sécurité mieux 
assisté et mieux soutenu, a toutte aparence nous n'aurions 
pas échoué en notre Entreprise mais ce Mr. n'auroit pas eu 
le benefice de larpentage, cependant il auroit mieux valu 
detre privé de ce benefice que de la vie qu'il a perdu misér- 
ablement come est a voir pag 43. Il est vray quoutre les bel- 
les paroles de Lawson c'estoient les belles promesses des 
Lords Propriétaires qui nous avoient tante de nous établir 
premièrement en Nord Caroline.